Saint-Tite: la rançon du succès

Voilà près de 50 ans que le festival... (Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

Agrandir

Voilà près de 50 ans que le festival existe et les graves écarts de conduite qu'on recense restent marginaux compte tenu de l'ampleur de la foule de Saint-Tite.

Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Ce devait être un bilan sans histoires, sans mauvaises histoires tant la météo estivale, à l'exception de quelques grains de pluie égarés, s'était invitée au Festival western de Saint-Tite comme le font chaque fois 10 000 motorisés. Tant mieux si le beau temps est tombé sous le charme du festival et qu'il veuille y apporter sa précieuse contribution.

La première impression qu'en retient le directeur général Pascal Lafrenière, c'est justement qu'il flaire que le festival a probablement connu sa plus grosse année de fréquentation.

Pourtant, ce qu'une partie de la population risque de retenir, c'est les agressions sauvages dont ont été victimes trois festivaliers. Remarquez qu'il y a eu bien d'autres accrochages, mais en raison de la brutalité gratuite de ceux-ci, les grands médias en ont fait beaucoup état. Quand ça roule en boucle sur les chaînes en continue, ça focalise l'attention sur cet aspect.

Est-ce que cela risque d'entacher l'image du festival de Saint-Tite et laisser l'impression dans le grand public que l'événement serait devenu dangereux? On peut penser que tout le monde a bien compris que ce genre de dérapages, même bestiaux, est malheureusement inévitable quand une petite municipalité est prise d'assaut à chaque fin d'été par 600 000 personnes, pour un bon nombre des festivaliers en état d'esprit très festif, pour le moins qu'on puisse en dire. Il s'en dévisse tôt dans les enclos des caravaniers et il s'en dévisse davantage encore sur les différents sites d'activités du festival au fur et à mesure que la soirée avance. C'est d'ailleurs un des aspects qui a toujours été remarqué et la surprise, c'est probablement que malgré tout, on ne relève pas davantage d'incidents tristes.

Voilà près de 50 ans que le festival existe et les graves écarts de conduite qu'on recense restent marginaux compte tenu de l'ampleur de la foule de Saint-Tite, de son intensité dans les rues étroites de la municipalité et des libertés éthyliques... et autres que beaucoup se consentent et qui en ont fait, en dehors de son aspect western, un peu sa marque de commerce. C'est peut-être l'esprit de l'univers country et ses références aux grands pâturages, à la vie grandeur nature des cowboys et des fermiers, qui induit un tel sentiment de liberté chez des gens qui n'ont de cowboy qu'un chapeau bon marché ou des bottes d'apparat.

On peut comprendre que dans son bilan à chaud de la dernière édition qu'il en a dressé, Pascal Lafrenière n'a pas retenu comme des faits marquants ces quelques histoires de tabassage.

L'événement est devenu immense et offre une distinction et une couleur uniques. Il a raison de le décrire comme «un succès de masse populaire». Il n'y a pas d'équivalent dans ce sens dans tous les grands événements touristiques qu'offre le Québec.

Par contre, le directeur du festival n'a pas caché son irritation de la présence de 3000 syndiqués du secteur de l'enseignement qui ont pris d'assaut, après entente quand même avec la Ville et la Fabrique, le vaste parterre qui s'étend de l'église à la rue Notre-Dame. Des membres de la CSQ qui sont venus, dans une certaine bonne humeur, sensibiliser les festivaliers aux compressions que veut leur imposer le gouvernement.

Pascal Lafrenière a ressenti cette démonstration syndicale comme un «show dans son show». C'est le nombre de participants qui a pu le surprendre et le faire grimacer. De là à croire qu'il puisse y avoir eu là comme un détournement du festival et de son esprit, on peut en douter. Comme on peut, comme lui, douter que l'exercice ait pu faire évoluer l'opinion des festivaliers en faveur des revendications qu'on y exprimait.

Le FWST est «victime» de son succès. Si ce n'était pas un gros événement de masse populaire, distrayant et dépaysant, la CSQ n'aurait pas convaincu tant de ses militants de s'y rendre. On pourrait aussi suggérer que si les politiciens, ceux-là même qui décrètent les compressions dans les finances publiques, aiment eux aussi tant s'y faire voir, il faut bien accepter la contrepartie.

Ces derniers n'y vont pas davantage que les syndiqués du secteur public pour l'amour du cheval. S'il fallait d'ailleurs enlever à Saint-Tite tous les vendeurs de n'importe quoi, tous ceux qui s'y bousculent pour y faire des affaires, et qui n'ont aucun rapport avec le western ou le country, le FWST ne serait pas ce qu'il est. Son esprit de grand bazar fait aussi partie de son caractère.

Quant à la place de l'église, elle est occupée, selon l'heure du jour, par toutes sortes de clientèles sans rapport entre elles. Quand la nuit s'installe, c'est le lieu de rendez-vous des jeunes et de tous ceux qui ont besoin de boucane ou de chimique. Un syndiqué d'allure bourgeoise qui vous tend un tract de revendications, ça doit être pas mal moins heavy.

Le directeur général du FWST - et il a bien raison - a lui aussi conclu son édition en réclamant une meilleure compréhension financière des gouvernements... de ceux qui vont justement s'y faire voir mains tendues et tout sourire, en jeans et chapeau de cowboy sur la tête, pour tenter de se rendre sympathiques aux milliers d'électeurs qui s'y massent.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer