Saint-Tite, ce macadam cowboy

À l'exception d'une petite douche durant le défilé...

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À l'exception d'une petite douche durant le défilé de dimanche qui n'a éloigné personne, il suffit de regarder la météo dont profite le festival depuis son ouverture et qui persistera jusqu'à dimanche pour déjà se demander si on ne connaîtra pas un record de fréquentation.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Est-ce qu'on pourrait croire qu'à Saint-Tite, pendant le festival western, ça manque de «liseuses»?

Il en manquerait pas mal beaucoup, selon Pierre DesJardins, auteur de Trois pères pour une vie, un roman cinématographique, parce que le récit devrait en principe être porté au grand écran en 2017.

Avec la jaquette de son livre, DesJardins croyait bien, entre les chapeaux de cowboy, les lainages d'alpaga, les bobettes griffées (par qui?) à six pour 20 $, les ceintures en cuir à 5 $ et en vrai cuir à 20 $, les verres fumés polarisés «pour vrai», détenir le produit vendeur par excellence à Saint-Tite.

C'est que la pochette de son livre représente les trois héros de son récit historico-fictif: un colon français de l'époque de la Nouvelle-France dont la ferme a été incendiée, un soldat britannique dans sa livrée écarlate qui a été torturé et, au centre, dans toute sa splendeur, un cheval canadien, qui a été trahi. Les trois se détestent.

Juste avec ce dernier, qui célèbre cette année ses 350 ans d'existence, le bouquin aurait dû s'envoler comme les poutines des restos fumants de Saint-Tite. Cheval/Saint-Tite, ce devait être l'équation parfaite.

Mais voilà. En dépit de cette belle tête de cheval, DesJardins a dû se résigner à constater que le festival western, ce n'était peut-être pas l'endroit de prédilection pour les oeuvres littéraires. «Je ne suis pas une grande liseuse», s'est-il constamment fait répondre. Évidemment, quand on n'est pas une «liseuse», on «lise» pas beaucoup.

Mais qu'on ne s'inquiète pas, DesJardins assure avoir quand même pu vendre des exemplaires de son livre, suffisamment pour couvrir les frais de location du petit espace qu'il occupe sur Notre-Dame, face à l'église, à quelques pieds d'un joli tas de juteuses et luisantes boulettes bien formées et bien grasses, échappées là comme un trophée, par quelque vrai cheval.

On est à Saint-Tite, même si, curieusement, le crottin semblait moins abondant hier après-midi que par certaines années sur les voies publiques. La chaleur accablante se chargeait de compenser la faiblesse du volume en faisant exploser ces odeurs d'écurie. Mais encore là, qu'on se rassure. L'odeur dominante àSaint-Tite, ce n'est pas celle des pommes de route, mais des friteuses et des plaques de cuisson.

Il faut bien nourrir tout ce monde et il y en a. À l'exception d'une petite douche durant le défilé de dimanche qui n'a éloigné personne, il suffit de regarder la météo dont profite le festival depuis son ouverture et qui persistera jusqu'à dimanche pour déjà se demander si on ne connaîtra pas un record de fréquentation. Déjà qu'à 650 000 visiteurs en moyenne en dix jours, cela tient du phénomène.

Il vaut peut-être mieux ne pas chercher à comprendre pourquoi ce festival attire d'année en année autant de monde. Une armée de sociologues ne suffirait peut-être même pas à apporter la véritable explication à ce phénomène social inédit. Peu importe ce qui serait avancé, ça ne ferait pas consensus. Et puis, il y a des mystères qu'il vaut parfois mieux ne pas percer. Laissons à Saint-Tite tout son parfum de country.

Même si mercredi après-midi, chaleur oblige, c'était plus le festival de la gougoune que de la botte de cowboy, qui allonge la ligne de jambe des femmes en faisant ressortir leurs beaux mollets et redonne au mâle, au moins une apparence de virilité rugueuse.

D'ailleurs, même devant l'étalage de Dos Locos, qui vend sur Du Moulin des importations sud-américaines et du linge érotique, le «pappy chanteur» qui se donnait des airs de Patrick Normand et qui déclenchait des danses en ligne n'avait rien de western sur lui. En échange de deux chapeaux faits sur place, il avait promis au propriétaire de la boutique de lui attirer du monde. Promesse tenue, chapeaux remis.

Cela faisait au moins un chanteur western de rue de plus. Car ils semblent en voix d'extinction à Saint-Tite. Dommage, car ils apportaient de la couleur. Mais à 10 $ le CD, ça peut être dur pour en arriver à payer son petit bout de trottoir. C'est un royaume du «cash only».

Heureusement, il y avait quand même Jonathan Godin, avec sa chaude voix country à la Zone Nashville et Véronique Labbé, qui ne cessait, chapeau bien vissé sur la tête, sourire dévastateur, de signer des autographes sur Notre-Dame.

Il y avait aussi ces Péruviens, sur Saint-Paul, qui jouaient de la flûte de pan, au grand dam de Guylaine, qui, dans son stand à smoothies, enrobait des fraises de chocolat en avouant: «Je suis tannée des entendre...» Elle aurait préféré du Johnny Cash, ou du Deraîche ou du Welly... «En tout cas du western. On est àSaint-Tite.» Non loin de là, sous une grande tente, un Africain en robe jouait du tam-tam...

C'est tout cela Saint-Tite. On y amène son âme country et une tête à tout vent qui vagabonde dans toutes les contrées.

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