Kruger: Trois-Rivières respire

Joseph Kruger et Philippe Couillard étaient tout sourire... (Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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Joseph Kruger et Philippe Couillard étaient tout sourire lors de cette annonce.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

C'est peut-être Québec qui met l'argent, enfin le gros de l'argent, mais ce n'est pas le premier ministre Philippe Couillard, mais bien Joseph Kruger qui a été gratifié des applaudissements de loin les plus nourris et, on peut le penser, les plus sincères, au point qu'on se demandait s'ils allaient finir par se rompre. Le président et chef de la direction de Kruger a même eu droit, à la fin de son intervention, à une ovation debout.

Il faut dire qu'en plus de la présence d'une forte délégation de la haute direction de Kruger, l'atelier d'expédition où avait lieu la conférence de presse avait été investie pour l'occasion par la plupart des employés, parce qu'on les y avait invités, qui s'affairaient à ce moment-là dans l'usine du groupe papetier du boulevard Gene-H.-Kruger.

Il est aussi vrai que l'annonce d'un investissement de 250 millions $ qui permettra au cours des vingt prochains mois de transformer la machine à papier journal no 10 en façonneuse de carton léger pour l'emballage vient mettre un terme à beaucoup d'inquiétude qui planait sur l'avenir de l'usine.

La haute direction avait bien promis il y a quelques mois que si les employés consentaient à des conditions de travail allégées pour une longue période, cela permettrait à l'entreprise de procéder à des investissements majeurs dans l'usine propres à en assurer la pérennité.

C'était un peu promesse tenue de la part du président et chef de la direction de Kruger, après la signature d'une entente de travail de dix ans avec les employés.

Si pour ces derniers, la transformation partielle de l'usine en cartonnerie avait de quoi les rassurer sur leur avenir, la nouvelle apporte aussi un grand soulagement collectif. Même si l'usine, qui a déjà fourni de l'emploi à plus d'un millier de personnes, ne compte plus aujourd'hui que 270 employés, il était difficile d'imaginer qu'elle ne puisse plus faire partie de l'environnement industriel trifluvien. La menace était pourtant bien réelle, dans une région qui a vu au fil des ans presque toutes ses grandes papeteries fermer les unes après les autres. On a évité, de près peut-être, un énorme traumatisme social.

Dans cet investissement de 250 millions $, c'est le gouvernement du Québec qui fait le plus gros effort avec une prise de capital de 106 millions $ et l'octroi d'un prêt avec intérêt venant d'Investissement Québec de 84 millions $. En accédant au capital de l'entreprise, Québec devient détenteur de 25 % d'une société qui s'appellera Kruger Holding S.E.C. qui regroupera les activités de cartonnage de Kruger. La nouvelle société affiche des actifs de plus de 600 millions $ et comptera 800 employés, dont 600 au Québec.

Le premier ministre Couillard s'est félicité d'une telle intervention gouvernementale dans un projet technologique qui implique «audace et innovation», dans un marché, le carton d'emballage léger, qui est en progression mondiale, y compris dans le nord de l'Amérique.

Le premier ministre, qui s'est félicité de passer de «subventionnaire» à «partenaire», n'a pas caché qu'il voulait envoyer un message au reste de l'industrie forestière. Le gouvernement est prêt à investir dans ces entreprises dès lors qu'on veut s'engager dans de nouvelles transformations de la matière ligneuse provenant de la forêt québécoise. Il a même identifié des entreprises comme Produits forestiers Résolu ou Remabec, si elles exprimaient des volontés dans ce sens. Un message qu'a aussi repris avec force le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Laurent Lessard, pour qui il faut désormais viser les nouveaux marchés à valeur ajoutée.

L'usine Kruger de Trois-Rivières continuera quand même de produire du papier journal. Ce sera encore le cas pour dix-huit mois sur la machine no 10. Mais après, on s'en tiendra à la seule production de la machine no 7. Et on explore d'autres avenues comme le papier alimentaire ou le filament de cellulose.

Lors de son inauguration, dans les années 1980, la machine numéro 10 s'était révélée l'orgueil du groupe papetier car elle était considérée comme l'une des plus modernes et des plus performantes au monde. Sa construction et son installation avaient coûté 400 millions $ à l'entreprise. Elle symbolisait alors l'avenir de l'usine de Trois-Rivières. Elle le sera encore, mais avec une vocation nouvelle.

C'est, on le sait, la technologie du numérique qui a plombé toute l'industrie du papier et en particulier, celle du papier journal. Mais c'est cette même technologie qui a fait exploser le besoins d'emballage, puisque les consommateurs commandent de plus en plus de produits par Internet. C'est un peu comme si la 10, avec les employés qui la font ronronner, prenaient leur revanche.

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