Cooke: triste et déplorable

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

«Le ton est différent», a reconnu mercredi matin le directeur général du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux Mauricie-Centre-du-Québec, Martin Beaumont. «Il est différent parce que le contexte est différent», s'est-il expliqué.

Avec le rapport d'analyse interne sur les «incidents» survenus le 14 juillet au centre d'hébergement Cooke quand deux personnes avaient été découvertes étendues au sol par une personne venue rendre visite à sa mère, il y a assurément de quoi «remettre les yeux dans les sockets», selon l'expression du d.g. du CIUSSS.

Autant l'homme avait pu laisser la mauvaise impression d'avoir cherché à banaliser les incidents lors de sa première rencontre avec les médias, autant il s'est appliqué hier à tenir des propos qui témoignaient de compassion de sa part à l'endroit des résidents de centres d'hébergement en garantissant avec fermeté que toutes les recommandations, au nombre de treize, contenues dans le rapport interne qu'il avait commandé, seront appliquées dans les délais les plus courts possibles. Il en sera de même des recommandations additionnelles ou différentes qui pourraient être soumises dans le rapport indépendant commandé cette fois par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. On s'attend à ce qu'il soit produit dans quelques jours.

Il faut dire que le premier d.g. du nouveau CIUSSS n'a pu faire autrement que d'être secoué par cet événement. Le ministre Barrette l'avait rapidement rabroué en déclarant qu'il n'y avait rien de «raisonnable» et «d'acceptable» dans ce qu'il avait vu, reprenant pour les contredire les mots mêmes de Martin Beaumont à propos du délai d'intervention des intervenants de Cooke. Une fois qu'ils avaient enfin pu être retracés par Johanne Panneton, qui a capté toute la scène sur vidéo. Un ministre, dont on disait pourtant qu'il était un ami de longue date du d.g., qui n'a pas hésité à décréter sur le champ la tenue d'une enquête séparée.

Sans compter que loin d'être entendue, l'invitation du directeur du CIUSSS aux médias et à la population d'éviter de faire «une tempête dans un verre d'eau» avec cet incident a plutôt pris des allures d'ouragan, tant dans les médias que dans le public ou dans les réseaux sociaux qui se sont déchaînés d'indignation.

Pour cette première véritable sortie publique de l'homme depuis son installation, l'affaire s'est comme transformée en gaffe monumentale.

Il ne faut donc pas s'étonner que dans les circonstances, on accorde le plus grand sérieux et qu'on affiche la meilleure et la plus grande des volontés à faire en sorte d'appliquer des mesures propres à réduire les chutes des résidents en hébergement public et leur gravité et d'écourter les temps d'intervention lorsqu'il s'en produit. Et qu'on veuille en convaincre le public qu'il en sera ainsi. Il faut quand même comprendre qu'un certain nombre de ces résidents sont des cas assez lourds et parfois fortement médicamentés. À moins de les contraindre contre leur volonté ou celle de leurs proches, il est impensable qu'il n'y ait jamais d'accidents. Sans atteindre la perfection, on s'attend toutefois à ce qu'un maximum de mesures soient mises en place, avec le personnel requis, pour que les erreurs deviennent des raretés.

C'est peut-être un enchaînement de circonstances qui a généré les événements du 14 juillet au Centre d'hébergement Cooke. La moitié des six employés en services à l'unité B2 était à la cafétéria et les trois autres occupés dans des chambres aux portes hermétiquement fermées à prodiguer des attentions ou des soins à leurs occupants. De sorte que parmi le personnel présent, en nombre présumément suffisant selon les normes retenues, personne ne pouvait entendre l'alarme, les clignotants d'alerte ou les appels pressants à l'aide de Mme Panneteton qui a arpenté pendant plusieurs minutes les corridors avant de pouvoir signaler le problème à une personne responsable.

Trois employés sur six qui mangent en même temps... On veut réviser cela. Mais encore faudrait-il que dans la pratique ce soit possible, ce qui n'est pas évident. Et ce rideau manquant parce que brisé, qui a fait en sorte qu'on a dû fermer la porte insonorisée de la chambre d'un patient, annulant la capacité de réaction de l'intervenante qui s'y trouvait.

Martin Beaumont est allé lui-même vérifier les lieux pour constater que les portes sont fortement insonorisées de l'intérieur et réparer de ses mains un de ces fameux rideaux d'intimité, souvent manquants, mais qu'on installera désormais dans tous les centres d'hébergement du territoire afin d'éviter les portes closes. Au CIUSSS, on en a fait une «rideauphobie».

Quant au personnel, sur une base de 24 heures, il était en nombre correct selon les normes... sauf sur l'heure du repas. À moins de demander au personnel d'apporter leur lunch et de le manger sur le comptoir du poste de garde, on doit bien constater qu'à plusieurs moments de la journée, il y a un problème d'effectifs. On pourrait donc considérer la possibilité d'allonger un peu de budget pour régler la déficience de l'heure du lunch, mais ça reste à voir.

«C'est notre problème, c'est mon problème», a tranché Martin Beaumont.

Fallait-il attendre la diffusion grand public d'une vidéo montrant deux personnes âgées laissées à elles-mêmes sur le plancher de leur chambre pour qu'on agisse? C'est triste et déplorable.

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