Voter le pouvoir. Mais pour qui?

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Sans peut-être le réaliser, le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque joue un jeu ambigu qui pourrait ne pas être sans conséquence sur ses futures relations avec celui qui sera élu député fédéral de Trois-Rivières cet automne.

Le maire invite ses concitoyens à voter stratégique le 19 octobre. Il leur demande de choisir parmi les quatre candidats déjà annoncés et qui représentent les principaux partis politiques fédéraux au Québec celui dont le parti formera le prochain gouvernement, de voter en fonction du pouvoir.

Yves Lévesque tient à ce que celui qui sera le député fédéral de Trois-Rivières fasse partie du prochain gouvernement et, idéalement, qu'il soit nommé à un cabinet ministériel.

Même s'il n'a jamais croisé le fer sur la place publique avec l'actuel député néodémocrate Robert Aubin, il a en quelques occasions exprimé sa déception que sa ville soit représentée à Ottawa par un député de l'opposition. Il est vrai qu'à observer la générosité avec laquelle le gouvernement de Stephen Harper a semblé gâter les circonscriptions conservatrices qu'il détenait au Québec, il y avait de quoi, pour un maire comme Yves Lévesque, éprouver un petit sentiment de jalousie.

Même si, dans les faits, à l'exception du pathétique dossier de la pyrrhotite pour lequel le gouvernement s'est montré d'une cruelle désinvolture en dépit de l'ampleur du drame humain vécu qu'il représente et du dossier des vols internationaux à partir de l'aéroport de Trois-Rivières dans lequel il se traîne les pieds, le ministre Denis Lebel s'est quand même souvent arrêté à Trois-Rivières pour distribuer un peu de la grosse manne fédérale. Le dernier cas en étant le port de Trois-Rivières qui va recevoir 16,27 millions $ d'Ottawa alors qu'il n'en espérait que dix pour aller de l'avant avec sa phase 2.

Un beau cadeau, qui tombait opportunément à quelques semaines de la campagne fédérale. Comme on dit, peu importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.

Malgré tout, Yves Lévesque est convaincu qu'en dépit de toute la gentillesse et la bonne volonté que peut démontrer un député, sa ville en obtiendra moins du gouvernement si celui-ci est dans l'opposition.

Il avait fait le même appel à voter dans le sens du pouvoir aux dernières élections provinciales et à avoir un ministre à Trois-Rivières. On ne peut affirmer que c'est en raison de ses incantations, mais les électeurs ont effectivement élu un député qui allait être au pouvoir à Québec et qui a été nommé ministre. Est-ce que le maire s'en déclare plus heureux aujourd'hui, d'autant que Jean-Denis Girard avait été à un moment son agent d'élection lors de sa lutte à la mairie? On ne peut pas dire qu'on l'entend remercier tout haut le ciel pour avoir été exaucé et qu'on l'a vu peu souvent serrer par le cou son ministre en signe d'appréciation.

Yves Lévesque remet ça avec la présente campagne fédérale. Il faut voter pour le pouvoir.

Il ne va pas plus loin. Le problème, à ce moment-ci de la campagne, c'est que les électeurs qui seraient tentés de lui faire plaisir en votant du bon bord, ne peuvent savoir lequel pour lui, est le bon bord. Yves Lévesque, là-dessus, ne s'est pas vraiment compromis. Certes, il a flirté à un moment avec les libéraux de Trudeau puis avec les conservateurs de Harper pour sa propre candidature dans Trois-Rivières. Selon l'heure ou l'humeur, il pourrait donc être d'un bord comme de l'autre. Il y a bien deux personnes de sa garde rapprochée qui ont joint l'organisation du conservateur Dominic Therrien. Il ne faut pas pour autant en tirer une conclusion sur ses préférences politiques fédérales. On comprend cependant qu'André Valois du Bloc québécois est éliminé, son parti ne pouvant jamais aspirer à occuper le pouvoir à Ottawa.

Reste, comme parti potentiel pouvant former un gouvernement à Ottawa, majoritaire ou pas, il est plus qu'impossible d'éliminer le NPD de Thomas Mulcair. Tous les sondages pointent en ce moment dans cette direction. Pas sûr qu'Yves Lévesque ressentent de grandes sensibilités néodémocrates. S'il en a, il les a bien camouflées jusqu'à présent, tout comme ses sentiments à l'égard du député sortant, Robert Aubin, qu'il pensait affronter.

Or, non seulement le potentiel des néodémocrates de former le prochain gouvernement est élevé, mais il se trouve qu'Aubin est plutôt bien vu de son chef Mulcair, qui pourrait le récompenser en lui offrant un ministère.

Tous ses voeux satisfaits, est-ce que le maire bondirait de joie dans un tel cas de figure?

À ce moment-ci de la campagne, c'est beaucoup trop tôt pour détenir la certitude de pouvoir voter dans le sens du pouvoir. On n'en est qu'aux présomptions. Et qui sait si à la fin de la longue campagne, la question de qui va gagner pourra être tranchée avant même de déposer son bulletin dans l'urne.

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