La Madame achève

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Le maire de La Tuque, Normand Beaudoin, a décidément un franc-parler qui peut être décapant et il ne s'en prive pas. Sa liste d'épicerie dans la présente campagne électorale fédérale peut paraître d'un cynisme consommé, mais il ne se trouvera personne dans la classe politique régionale pour le retrousser.

«Je demande d'avoir un député présent», s'est-il contenté de dire, ce qui était en réalité un solide coup politique asséné à la députée sortante, Lise Saint-Denis, qui ne se représente pas, au grand soulagement de tout le monde.

Le maire de La Tuque lui a reproché ses longues absences dans sa ville, assurant qu'il ne l'avait pas vue au cours des deux dernières années alors que La Tuque, qui bouge et se développe, aurait eu grand besoin d'être appuyée du coté d'Ottawa.

Il n'est pas le seul à ne pas avoir croisé la députée ou à ne pas l'avoir remarquée. Car même si elle a plus que souvent brillé par son absence dans les événements qui ont ponctué la vie de la Mauricie et sa circonscription de Saint-Maurice-Champlain au cours des quatre dernières années, elle s'y était quand même présentée en quelques occasions. Sauf qu'elle avait la faculté de se fondre dans le décor mondain.

Dans une région qui a connu comme députés des Jean-Pierre Jolivet, Julie Boulet et un certain Jean Chrétien, des personnalités politiques affables, à l'entregent naturel, proches du monde, à tu et à toi avec les uns et les autres et toujours disposés à défendre corps et âme les dossiers de la place, Lise Saint-Denis n'aura été qu'un coup de vent fantomatique.

Depuis un an, les gens avaient plutôt tendance à croire que c'était François-Philippe Champagne le député. L'homme, qui est le candidat libéral, s'est fait voir dans tous les recoins de sa circonscription et a probablement distribué de dix à vingt fois, on ne se tromperait sans doute même pas en suggérant cinquante fois plus de poignées de main que la réelle députée qui a probablement profité de cette présence libérale de substitution pour s'effacer, si c'était possible, davantage de sa circonscription.

C'est évidemment par accident que Lise Saint-Denis est devenue la députée fédérale de Saint-Maurice-Champlain, un comté dont elle ignorait tout. Un terrible accident. Pas pour elle mais pour sa circonscription qui a pris tous les airs d'une orpheline politique au fédéral.

D'autant qu'élue dans la vague orange néodémocrate, Lise Saint-Denis a rapidement quitté son parti pour se joindre aux libéraux. Elle avait alors justifié son défroquage de mésententes avec la direction du parti dans certains grands dossiers politiques. Aujourd'hui, elle invoque plutôt la contrainte que le parti voulait lui imposer de contribuer à même le financement de son bureau à l'installation de bureaux satellites pour le parti. Il y a sans doute du vrai dans les deux explications qui en cachent peut-être une autre. À moins de trois mois de son départ, cela n'a plus grande importance. Disons que lorsqu'elle a traversé la Chambre, des néo-démocrates de la région se sont amusés à lui faire quelques complications, comme de détourner beaucoup d'appels vers son bureau. Mais ils n'ont échappé aucune larme pour l'avoir perdue.

Lise Saint-Denis n'avait pas présenté sa candidature néodémocrate dans l'espoir d'être élue. C'était comme des dizaines d'autres candidats au Québec comme «poteau», qu'en tant que militante du NPD, elle avait accepté que le parti la présente comme candidate dans Saint-Maurice-Champlain. En s'occupant de réunir pour elle les signatures requises et de s'organiser avec le dépôt électoral. On ne lui demandait même pas qu'elle aille faire un tour dans le comté.

Comme probablement une cinquantaine d'autres candidats au Québec, qui ne s'y attendaient pas plus qu'elle, elle a été élue. En découvrant, on imagine sur une carte routière, Saint-Maurice-Champlain, elle en a eu des vertiges tellement c'était vaste.

Bien sûr, on pourra invoquer qu'elle était déjà septuagénaire lors de son élection involontaire, qu'elle aurait éprouvé par la suite des problèmes de santé, qu'elle avait mis en place un collaborateur pour régler les dossiers. On n'a quand même jamais eu l'impression que Lise Saint-Denis avait quelque intérêt que ce soit à assumer correctement les fonctions qui venaient avec le job... et la paye.

À la grande différence de la députée néodémocrate de Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen Brosseau, qui avait pourtant fait se glousser un peu tout le monde, parce qu'au lieu de venir dans son comté désigné durant la campagne, elle s'était plutôt envolée pour Las Vegas. Et qu'en plus, malgré son nom de famille, elle était plutôt presque unilingue anglaise, ce qui était suffisant dans le petit bar universitaire d'Ottawa où elle gagnait sa vie, mais embêtant à Louiseville.

Si après quatre ans, Lise Saint-Denis peut traverser son comté sans qu'on l'identifie, c'est aujourd'hui tout le contraire de Ruth Ellen Brosseau, qui a mérité son salaire.

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