La misère financière du GP3R

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

La liste des personnalités politiques majeures qui ont assisté à un moment ou l'autre au Grand Prix de Trois-Rivières est probablement plus longue que le circuit.

On comprend que c'est un endroit plus qu'excellent pour eux pour s'y faire voir, avec des estrades bondées de dizaines de milliers d'électeurs et quelques autres dizaines de milliers encore pour peu qu'on descende les saluer au centre-ville.

Car le Grand Prix de Trois-Rivières c'est un immense happening qui se déroule dans un esprit un peu glamour sur le site des compétitions et fortement festif au centre-ville.

Et cela n'échappe pas aux politiciens avides d'événements de masse.

Le dernier week-end n'y a pas échappé avec entre autres la présence du ministre fédéral Denis Lebel, lieutenant de Stephen Harper au Québec, qui, comme on le sait, en a profité pour procéder à deux lancements, celui de sa propre campagne électorale et celui de la Nascar Canadian Tire, la course principale du GP3R.

Comme tous les autres politiciens qui sont passés par le Grand Prix, il n'a eu que des éloges à l'endroit de l'événement, pour la qualité de son organisation et de son envergure.

Ce même constat qu'ils font tous devrait être suffisant pour les amener à convaincre leur gouvernement de la pertinence d'améliorer leur aide financière.

Pourtant, tant le maire Yves Lévesque, le président du Grand Prix, Joël Saint-Pierre et son directeur général, Dominic Fugère ont tour à tour déploré la relative faiblesse du soutien financier que le GP3R reçoit de leur part et qui ne reflète pas vraiment la valeur et la portée de l'événement.

Ce qui les irrite le plus, c'est quand on fait la comparaison de ce soutien par rapport à ce qui est versé par ces mêmes gouvernements aux organisateurs du Grand Prix de Montréal afin de satisfaire à la gloutonnerie honteuse du manitou de la F1, Bernie Ecclestone. Ce n'est pas qu'on reproche tant leur générosité à l'endroit du GP de Montréal, mais que ce soit sans commune mesure avec l'obole qui est versée à Trois-Rivières.

Les gouvernements de Québec et d'Ottawa et la Ville de Montréal ont conclu en 2011 une entente en vertu de laquelle ils verseront 187 millions $ sur une période de dix ans, sur la base d'une offre de départ de 15 millions $ indexée à 2 % par année.

Pour se justifier, on s'est livré à des calculs complexes sur les retombées économiques de l'événement et les taxes qu'on pourrait en retirer, en considérant que pour une bonne part, c'est de l'argent neuf qui rentre au pays, compte tenu du pourcentage d'amateurs qui proviennent de l'extérieur.

On peut se montrer beau joueur et en conclure que c'est plein de bon sens. Mais est-ce qu'on peut considérer, que ce soit sur le plan sportif ou économique, que le Grand Prix de Montréal mérite vingt fois ce qui est accordé au GP3R? Quand il se réfère à cette proportion qu'il juge disproportionnée, le maire Yves Lévesque entre dans tous ses états. On le sait, il a le tempérament sanguin naturel, mais dans ce cas, il n'a pas tort de réagir comme il le fait. Il en éprouve un grand sentiment d'injustice et d'iniquité et, pourrait-on ajouter, de condescendance mesquine à l'endroit de l'événement.

C'est que le poids financier que doit supporter la Ville de Trois-Rivières pour son Grand Prix est énorme par rapport à celui de Montréal. Cette dernière assume le tiers de la subvention à Bernie. À Trois-Rivières, sur un budget de près de 6 millions $, la contribution de la Ville en aide directe est de 908 000 $ et en services municipaux de 665 500 $, soit près de 1,6 million $ au total. Cela représente 27 % des coûts du Grand Prix.

Une entente tripartite à l'exemple de celle de Montréal impliquerait que Québec et Ottawa contribueraient chacun pour environ 1,5 million $. Avec une aide de Québec, par exemple, de 235 000 $, bloquée à ce niveau depuis 2011, alors que le GP3R est en pleine expansion événementielle et budgétaire, tandis que la subvention pour Montréal atteint maintenant les 6 millions $, c'est vraiment choquant.

Quant au fédéral, il établit des critères qui se fondent sur le rayonnement international des événements et les touristes étrangers qu'ils attirent pour moduler son aide financière. On a vu comment cela était compliqué de faire affaire avec le fédéral lors des célébrations du 375e de Trois-Rivières.

Le Grand Prix de Trois-Rivières peut revendiquer un rayonnement au moins nord-américain. Mais avec l'arrivée du Rallycross, c'est la fenêtre européenne qui peut s'ouvrir toute grande.

L'organisation du GP3R a fait la démonstration, avec son premier week-end de courses, qu'elle était totalement en mesure de relever ce nouveau défi du Rallycross et d'internationaliser son événement, qui est déjà le deuxième en importance et de loin en courses automobiles au Québec... et au Canada.

Pour cela, il faut des moyens.

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