Comme maire ou comme bedeau?

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Le maire de Louiseville est décidément intarissable. Ils ont probablement été nombreux ce mercredi matin à renverser une fois de plus leur café au comptoir de Michel Ringuette et il faut espérer qu'Émile Gélinas, le barbier, n'ait pas perdu la maîtrise de son clipper en prenant connaissance des «attentes» de leur maire.

Là, il n'exprimait pas sa peine de constater qu'au train où vont les choses, on ne croira bientôt plus au père Noël, mais une fois de plus, en récidiviste, il a réclamé le rétablissement de la peine de mort au Canada.

Invité à dresser la liste de ses doléances à l'endroit du gouvernement fédéral comme maire de Louiseville, Yvon Deshaies a fait une première déclaration dans laquelle il demandait l'aide du fédéral pour la construction d'égouts. On peut tenir pour acquis qu'à ce moment-là, il portait son chapeau de premier magistrat de la ville.

Mais un quart d'heure plus tard, quand il a rappelé mon collègue Gabriel Delisle, on peut s'interroger sur quel chapeau il avait alors sur sa tête. Peut-être son petit chapeau à plumes qui lui donne un look tyrolien, ou, s'il existe, celui de bedeau.

Quand il avait pour la première fois en fin d'année 2014 fait une première sortie en faveur de la peine de mort, il avait pris la précaution de demander à deux chefs de service de quitter son bureau, à la fin d'une rencontre avec la presse portant sur le budget, pour donner libre cours à ses réflexions. Aurait-il cette fois-ci, après avoir défini sa courte liste d'épicerie pour sa ville, quitté son bureau de maire pour traverser la rue et pénétrer dans l'église paroissiale où il fait office de sacristain afin de recevoir un petit signal d'approbation de saint Antoine de Padoue? La question se pose.

Car sur le plan personnel, Yvon Deshaies en a des demandes: le retour de la peine de mort pour les plus méchants des criminels, l'abolition d'un Sénat déjà agonisant et une amputation à la Charte des droits et libertés pour en exciser le droit au port du niqab, cette espèce de moustiquaire derrière lequel camouflent leur visage, souvent archi-maquillé d'ailleurs, certaines femmes musulmanes.

Si Kathleen Wynne, la première ministre de l'Ontario a le droit de s'immiscer comme on ne l'avait jamais fait dans cette province dans la campagne fédérale, le maire de Louiseville a bien le droit de le faire lui aussi. Sauf que Mme Wynne le fait sans ambiguïté en faveur du Parti libéral du Canada, alors qu'il est difficile de savoir vers quel parti penche le coeur d'Yvon Deshaies ou lequel oserait s'en réclamer.

C'est sûr que s'il rêve de faire griller des criminels sur la chaise électrique, de les voir suspendus au bout d'une corde ou recevoir une injection létale comme aux States, il ne peut mettre ses espoirs en ce sens que du côté des conservateurs. Sauf que si plusieurs en ont l'idée, le rétablissement de la peine de mort n'a pas encore été inscrite dans le programme électoral du parti. Aussi bien dire qu'il ne sera pas exaucé. Et il serait persona non grata dans tous les autres partis politiques. Exit même pour le Bloc.

Bon! Avec l'abolition du Sénat, il rejoint à peu près l'opinion de tous les partis politiques que dans sa forme actuelle, ça n'est déjà plus qu'un grand dortoir avec des concours de ronflements ou de qui peut sommeiller le plus longtemps sans tomber en bas de son fauteuil sénatorial, avec compte de dépenses tronqué.

Avec l'interdiction du niqab en toutes circonstances, il heurte cette fois le NPD et s'éloigne du Parti libéral, où il serait bien difficile à un certain Justin d'entailler une charte qui a été conçue par un certain Pierre... Elliott Trudeau.

Par contre, dans un esprit de grande ouverture, Yvon Deshaies est tout à fait d'accord avec le hijab, ce voile que portent sur leur tête, mais à visage découvert, d'autres femmes musulmanes.

Sauf que son explication pour ce qui l'amène à «ne pas trouver ça laid» est plus que douteuse. Ce serait parce que Mémère Bouchard, dans Le temps d'une paix, portait un foulard sur sa tête. Mémère Bouchard, ça le faisait tripper?

En bon bedeau qu'il est, il doit plutôt trouver qu'un voile, ça fait tellement beau quand c'est sur la tête de la Sainte Vierge et qu'il serait cruel d'en arriver un jour à devoir en décrocher les statues parce qu'elles constitueraient une représentation choquante de ce qui n'est plus autorisé par la loi dans le grand pays du sarrasin.

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