Vers une écoeurantite aigüe?

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Les élections fédérales font rarement tripper le monde. La preuve en est le taux de participation des électeurs qui ne cesse de diminuer au point d'atteindre difficilement les 60 % de participation.

Quand on en avait fait la remarque à Jean Chrétien, alors premier ministre, il avait répondu que c'est parce que les citoyens canadiens étaient satisfaits de son gouvernement qu'il en était ainsi, parce qu'autrement, ils se seraient précipités aux urnes pour le renverser. On était quand même encore à ce moment-là dans les 70 %.

La prochaine campagne s'annonçait pourtant d'un certain intérêt. Après dix ans au pouvoir et un dernier mandat majoritaire, le gouvernement conservateur de Stephen Harper montrait une certaine fatigue, à tout le moins rien d'enthousiasmant. Ce qui ne faisait pourtant qu'entrouvrir la porte à un changement possible à la tête du pays car sondage après sondage, les conservateurs n'ont jamais été déclassés. Certains sondages les placent même encore en avance légère sur les autres partis, en particulier sur le NPD qui s'est révélé depuis quelque temps, on pourrait dire au bon moment, le plus susceptible de remporter la victoire sur le plan national.

Cette perspective d'un premier gouvernement néodémocrate au pouvoir à Ottawa n'a fait qu'ajouter à l'intérêt momentané que pouvait susciter la prochaine campagne fédérale. D'autant qu'au Québec, le NPD a fait une percée magistrale aux élections de 2011 au Québec en emportant la majorité des sièges, ce qui force à regarder différemment certains de ses députés qui sollicitent un second mandat, car quelques-uns d'entre eux deviendraient du coup ministrables.

Sauf que si les élections sont déclenchées dimanche ou lundi, ce seront les plus longues depuis 150 ans. À 78 ou 79 jours, elles dureront le double d'une campagne habituelle. De quoi essouffler les organisations électorales, rendre comateux leurs candidats et développer, comme on dit au Québec, une écoeurantite aigüe de la politique chez les électeurs. On trouvait déjà ça morne et long 37 jours de campagne, on imagine à peine l'ampleur de la lassitude et l'indifférence qui risquent cette fois de gagner ces derniers.

Il faut comprendre que les dossiers qui relèvent du gouvernement fédéral sont pour beaucoup en liens moins directs avec les citoyens que ceux qui relèvent d'un gouvernement provincial. Mais il y a aussi, en campagne électorale, que les chefs des principaux partis politiques ont tout le Canada à couvrir. À l'exception du chef du Bloc québécois qui se concentre au Québec, les passages des différents chefs de parti ne peuvent qu'être disséminés et furtifs, et encore, il arrive que leur course à la saute-moutons les force à ignorer certaines régions. Aux élections de 2011, Stephen Harper, entre autres, n'a pas mis le pied en Mauricie. Peut-être parce qu'il n'en avait aucune attente.

La Loi sur les élections à date fixe oblige le gouvernement à les tenir le 19 octobre. Mais elle ne contient aucune contrainte sur le moment de leur déclenchement. Est-ce que les conservateurs abusent de la situation? C'est probable. Ils présument à leur avantage de faire durer le «plaisir» électoral pendant deux mois et demi, convaincus que cela leur sera profitable parce que leurs coffres sont beaucoup mieux garnis que ceux de leurs adversaires. Ils pensent parvenir à les épuiser, financièrement. Ils ont plus d'argent que tous les autres partis réunis. Comme aux États-Unis, on entre dans la «piastrocratie» électorale. Ce qui ne veut pas dire que les électeurs ne leur en tiendront pas rigueur.

La longueur de la campagne pourrait se révéler très difficile financièrement pour les formations politiques satellites, comme peuvent l'être le Bloc québécois ou le Parti vert sur le plan national au point de les marginaliser complètement, faute de moyens de subsistance.

Gilles Duceppe peut bien s'offrir une randonnée cycliste de trois jours comme il le fait en ce moment, il ne pourra quand même pas pédaler jusqu'en octobre.

Il faut par contre admettre que la date des élections étant déjà connues, tous les grands partis étaient déjà entrés dans une pré-campagne qui avait toutes les allures d'une campagne électorale.

Après le chef du Bloc jeudi, ce sera au tour du chef libéral Justin Trudeau de s'arrêter à Trois-Rivières samedi pour assister au Grand Prix. La différence est que toutes leurs dépenses n'avaient pas à être comptabilisées pour fins de remboursement partiel, ce qui ne sera plus le cas. À 50 % pour les partis politiques et à 60 % pour leurs candidats, ces dépenses seront désormais aux frais des contribuables. On va devoir payer pour écouter leurs chants de sirène.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer