Conquérir les votes à vélo!

Dans leur parcours à vélo mercredi, Pierre Karl... (photo: Stéphane Lessard)

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Dans leur parcours à vélo mercredi, Pierre Karl Péladeau et Gilles Duceppe se sont arrêtés au restaurant Archie de Yamachiche.

photo: Stéphane Lessard

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Ce pourrait normalement être considéré comme un sacrilège que de s'arrêter pour le lunch du midi chez Caillette, à Maskinongé, sans dévorer une poutine remplie de fromage en grains, en dessus et en dessous.

On peut comprendre qu'on néglige d'envoyer des salutations aux têtes de vache et de boeuf accrochées au mur du célèbre restaurant qui se dandinent à l'arrivée des clients depuis plus de cinquante ans, maintenant sans beuglement cependant, mais de ne même pas au moins s'empiffrer de fromage en «crotte»...

On pardonnera tout de même à nos deux chefs souverainistes, Gilles Duceppe et Pierre Karl Péladeau de ne pas avoir voulu trop s'alourdir. Car pour pédaler par la chaleur humide écrasante qui régnait mercredi, même si on est en bonne forme physique, faire grimper les calories lourdes, ce n'était pas très indiqué. N'empêche que le chef bloquiste avala un «grilled cheese» - c'est de même qu'il l'a commandé -, une frite et une liqueur. Mais le chef péquiste s'est contenté d'un sandwich végé qu'il a mangé en compagnie de ses deux enfants qui l'attendaient à une table.

Les deux hommes sont de grands amateurs de vélo. Une passion qui était déjà bien connue chez Pierre Karl Péladeau, mais il se trouve que Gilles Duceppe parcourt aussi chaque jour une vingtaine de kilomètres à vélo pour garder la forme. On s'étonnera quand même, compte tenu de cette pratique intensive, que les deux hommes arborent un petit ventre en expansion.

L'idée leur était venue de trouver une occasion de faire ensemble une randonnée cycliste à saveur politique. Vers la fin de la semaine dernière, les organisations politiques des deux hommes ont établi que cela pourrait se faire mercredi et ont désigné le parcours, de Repentigny à Trois-Rivières, ce qui représente une centaine de kilomètres.

L'événement n'avait pas été publicisé. Ce n'est que mardi que les médias ont été prévenus de cette excursion commune. Par contre, les organisations politiques des circonscriptions électorales qu'on allait traverser le savaient depuis quelques jours.

Si on espérait que des dizaines et des dizaines de militants enfourcheraient leurs vélos pour les accompagner, au moins pour un bout de route, ce fut raté. Seuls quelques membres de la garde rapprochée et le candidat bloquiste dans Berthier-Maskinongé, Yves Perron ont pédalé dans leur sillage. Il faut dire qu'on est dans les grandes vacances et que la chaleur accablante de mercredi n'avait rien de stimulant pour grimper sur un vélo. Il faut aussi comprendre que Duceppe et Péladeau possèdent des vélos très technos et qu'ils roulent en moyenne à 30 kilomètres/heure, Ce qui n'est sûrement pas donné à une majorité de leurs militants actifs qui allaient déjà chez Caillette, il y a cinquante ans.

N'empêche qu'on ne planifie pas un tel exercice, à la veille du déclenchement officiel des élections fédérales, sans en espérer un certain éclat. Le petit peloton n'était même pas escorté d'une patrouille de la Sûreté du Québec et peu de gens, le long de la route, auraient pu se douter en les voyant passer qu'il s'agissait des chefs politiques souverainistes.

S'ils avaient espéré que le vent électoral pourrait se lever et leur souffler dans le dos, il s'est trouvé qu'il y en avait justement très peu mercredi.

Il y avait quand même une vingtaine de partisans ultra-convaincus qui les attendaient chez Caillette, agitant des fleurdelisés et même un drapeau des patriotes. À leur descente de vélo, l'ambiance se prêtait donc bien aux échanges simples et chaleureux et aux prises de photos.

À Gilles Duceppe, on multipliera les félicitations pour avoir repris du collier et à Pierre Karl Péladeau, on lui parlera de «Julie c'est un phénomène», ce qu'il approuvera d'un oui très sonore, on lui demandera c'est quand le mariage et on lui distribuera quelques encouragements à ne pas lâcher.

Les salutations faites, les deux hommes ont pu prendre leur lunch bien tranquillement avec chacun son monde, et sont remontés sur leur selle pour Louiseville, mais il ne restait déjà presque plus de militants pour leur faire des bye bye.

C'était comme une tournée des casse-croûtes car après Caillette, l'arrêt suivant était le Pignon Rouge à Louiseville et le restaurant Archie, à Yamachiche. Qu'on se rassure. On ne s'est pas gavé de frites à chaque arrêt. À Yamachiche, les deux hommes se sont même séparés, car Duceppe avait accepté l'invitation d'un militant à venir se rafraîchir dans sa piscine alors que Péladeau continua de pédaler jusqu'au parc Pie-XII, à Trois-Rivières, pour un petit rassemblement cycliste avant de finir la journée au Musée québécois de culture populaire pour une visite de l'exposition En chair et en muscles: le phénomène des hommes forts au Québec. Question d'envoyer par là un genre de message subliminal qui suggérerait que, avec l'épreuve physique qu'on vient de faire, la preuve en est qu'on est de cette race d'hommes forts du Québec. Peut-être...

Il reste qu'il y aura une campagne électorale et pour que l'humeur électorale à l'endroit du Bloc québécois se redresse, il faudra pédaler encore plus fort.

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