Louiseville s'amuse à «se rétrospecter»

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Louiseville) C'est une mignonne fillette, avec un regard espiègle, de belles nattes d'or qui s'échappent de son béret, une robe bouclée qui lui descend jusqu'aux genoux, qui orne la couverture de Louiseville, des souvenirs plein la valise, qu'a publié aux éditions GID, Michèle Gélinas, dans le contexte du 350e anniversaire de Louiseville.

«C'était le cousin germain de ma mère», commentera pourtant au comptoir de la Tabagie Grand-Père, Pierrette Bastien, en voyant l'album souvenir rempli de notes historiques et de photos anciennes que je tenais à la main.

«Ce n'est pas une fille, c'est un garçon», s'amusera-t-elle à préciser. Tout le monde s'y méprend. Il faut se rendre à la page 185 du livre souvenir pour y apprendre qu'à l'époque, on habillait les enfants en «version miniature d'un adulte, l'habit long porté autant par les femmes que les hommes», explique l'auteur. La photo a quand même été prise en 1927, mais cette habitude vestimentaire persistait depuis le Moyen-Âge. Ce n'est qu'à l'âge de sept ans, qu'on appelait alors l'âge de raison, que les garçons passaient à la culotte. Or, la vedette de la photo, le petit Jacques Ferron n'avait encore que six ans et demi.

Oui, Jacques Ferron, le célèbre écrivain-docteur de Louiseville à l'humour caustique et à la plume acérée, fondateur du parti Rhinocéros, ce qui lui correspond bien, qui habitait l'une des grosses maisons à l'entrée de la ville.

La commémoration du 350e de Louiseville l'a remis au goût du jour, ce qui est loin d'être une mauvaise affaire, car son esprit aussi libre que moqueur et cinglant n'a rien perdu de sa pertinence.

Quelques instants auparavant, sirotant son café quotidien assis sur une des banquettes d'habitués de la tabagie, Raymond Beauregard se plaisait à identifier les joueurs de l'équipe de baseball du Louiseville qui apparaissaient sur la vieille photo qu'était allé chercher dans sa vitrine Michel Ringuette, le propriétaire de l'établissement. Malgré ses 87 ans, l'homme jouit encore d'une mémoire exceptionnelle. Lui, un ancien de la Textile, qui a déjà monté dans le bois, mais qui à onze ans distribuait le lait dans les maisons de Louiseville, connaît tous les «anciens», vivants ou disparus. Il pointait les joueurs l'un après l'autre en les nommant lorsqu'il s'arrêta net, le doigt pointé sur un joueur: «Lui... c'est moi». Il venait de se découvrir.

C'est comme ça un peu partout à Louiseville. Sur la terrasse du Valentine où s'agglutine chaque matin une ligue du vieux poêle pour placoter sans rien dire, sinon se faire quelques peurs, on s'arracha le livre pour le consulter. Chacun y retrouve une maison que parents ou grands-parents ont habitée, repère de vieilles connaissances ou s'arrête sur une photo qui évoque de vieux souvenirs à propos desquels on ne veut pas fournir de détails, surtout quand c'est l'hôtel Lafleur, l'hôtel Windsor ou un rappel de la grève de 1952 à la Textile.

En cette année de son 350e, Louiseville se plaît à redécouvrir son passé. On ressort les photos anciennes qu'on expose dans les vitrines de la Saint-Laurent. Surtout, la population a découvert le goût de s'exprimer en famille, de se retrouver. Toutes les activités organisées par Doris Scott et son équipe ont remporté jusqu'ici un incroyable succès. À chaque événement, la foule afflue et lorsqu'il y a des billets en vente pour un spectacle ou autre, on les écoule chaque fois à la vitesse de l'éclair et on en manque.

On monte une pièce de théâtre comme on l'a fait en avril et il faut rajouter des représentations. Il en a pris seulement 48 heures pour vendre les 800 places du spectacle de clôture des fêtes, en décembre. Il y a une liste d'attente. 

On se demande ce qui se passera en fin de semaine avec cette grande journée des retrouvailles à laquelle sont conviés tous ceux qui un jour ou l'autre, ont habité Louiseville. Pour le Festival de la galette, on va reconstituer un rang, celui du 350e, avec des artisans à l'ancienne. On va aussi faire arriver des Amérindiens, car ils font aussi partie de la longue histoire de Louiseville. 

La population a fortement répondu jusqu'ici à tout ce qui lui était proposé et on sait déjà qu'il en sera ainsi jusqu'à la fin des festivités. Un signe, s'il en faut un, que la communauté avait le goût de se célébrer.

À se demander si à l'automne de 1665, quand Charles du Jay, représenté par une statue où il a l'air tout droit sorti d'une oeuvre d'Alexandre Dumas, accompagné de 32 soldats et de trois officiers du Régiment de Carignan, s'est installé, sous les ordres de son roi Soleil, à l'embouchure de la rivière du Loup pour y passer l'hiver et tenter d'y fonder un établissement, pouvait imaginer ce que son lieu deviendrait, 350 ans plus tard.

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