Ce «wow» prévisible et mérité

L'arrivée des bateaux de croisière au port de... (Émilie O'Connor)

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L'arrivée des bateaux de croisière au port de Trois-Rivières constitue une expérience où la curiosité est partagée autant par les croisiéristes que par les Trifluviens qui assistent au débarquement de ces visiteurs d'un jour.

Émilie O'Connor

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On ne devrait pas s'étonner de l'effet «wow» qu'exerce l'escale de Trois-Rivières sur les croisiéristes.

Il faut toujours bien sûr faire en sorte qu'il existe, mais on pouvait penser que pour peu qu'on y fasse un minimum d'efforts, il était quelque part prévisible.

Les habitués des croisières dans les Caraïbes, une destination prisée des Québécois, connaissent bien ces petites îles d'escales où les villages d'accueil et leurs habitants vivent au rythme des arrêts des super paquebots des mers. Ils ne vivent d'ailleurs souvent que de cela. Les boutiques, les restos, les cafés et les bars ouvrent leurs portes quand les croisiéristes débarquent le matin de leur luxueux bateau et ferment les volets à l'heure du réembarquement. Jusqu'à l'arrivée du prochain palais flottant, avec une population à son bord qui est parfois supérieur à celle de leur patelin.

C'est toujours une expérience agréable avec quelques fois une belle plage à offrir pour quelques heures aux touristes ou une tournée de l'île dont le prix peut varier, selon ce qui a pu être négocié dans la horde des harangueurs qui vous sautent dessus à chaque descente de bateau. Cela fait partie de la routine.

Trois-Rivières n'a au départ rien de ces allures de bazar, ce qui doit rassurer ces visiteurs fluviaux et faire le bonheur de plusieurs d'entre eux.

Mais son charme va bien au-delà de cela. D'abord, la vue de la ville, quand on arrive du fleuve, offre un beau coup d'oeil. On y accoste à un parc portuaire invitant où se masse à chaque arrivée, une foule de Trifluviens. Même s'il y a beaucoup de bancs publics, certains par prudence y apportent même leur chaise pliante pour ne rien manquer du spectacle toujours flamboyant qu'offre un chic bateau de croisière et assister au débarquement de ses passagers d'évidence en bonne humeur devant un tel accueil.

En ce moment, un chapiteau les attend où on leur offre en vente des produits vraiment locaux, mais où on leur fournit aussi des renseignements sur la ville et sur les excursions et les visites qu'ils auront le temps de faire. Ils ont à peine mis un pied sur les quais qu'ils comprennent que leur venue est plus qu'appréciée.

Avant tout, ils débarquent directement dans un centre-ville qui existera avant et qui poursuivra ses activités après leur départ, un centre-ville qui n'est pas un souk et dont l'offre en biens, services et rafraîchissements, distractions, expériences de toutes sortes dépassent largement les petites escales des Caraïbes. Pas besoin de taxis ou de transports pour y arriver. C'est là devant soi tout comme le secteur historique, ce qui n'est pas rien dans une ville d'histoire et de culture dont la fondation remonte aux premières heures de la Nouvelle-France et de toute l'occupation européenne de l'Amérique du Nord.

Quand on sait que l'âge moyen des croisiéristes est au-delà des soixante ans, cette grande proximité du centre-ville, des rues historiques et même de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, avec Boréalis et cet intrigant amphithéâtre immense qui surplombe l'est du port, c'est plus que parfait. Il n'y a pas beaucoup d'endroits où l'on peut retrouver une telle proposition urbaine si concentrée.

Le marché des croisières est en explosion dans le monde mais aussi sur le Saint-Laurent. À Trois-Rivières, on est passé de quatre bateaux en 2014 à dix-huit cet été et 7500 passagers ou membres d'équipage. Est-ce que c'est payant?

On parle beaucoup de retombées économiques et les études varient... et manquent sur les dépenses que laisse en moyenne chaque passager lors d'une escale qui ne dure en général que quelques heures. On avance que ce serait une centaine de dollars. On peut en douter. Tous les croisiéristes n'ont pas les poches aussi profondes que ceux qui sont débarqués de l'Insignia, ce week-end. La grande démocratisation des croisières qui explique sa popularité croissante dans le monde suggère une clientèle plus prudente sur la dépense. Sans compter que les armateurs sont habiles à faire en sorte que le budget de vacances de leurs passagers reste au maximum sur leur bateau.

Il est clair par contre qu'il y a bel et bien des retombées économiques non négligeables à chaque arrêt d'un bateau de croisière et pas seulement pour l'administration portuaire qui perçoit des droits d'accostage.

Ce qui est surtout intéressant dans le cas de Trois-Rivières, c'est que l'escale est rapidement devenue le coup de coeur des croisiéristes qui s'y sont arrêtés, sans que cela coûte une fortune à la ville pour y arriver.

Même avec une prochaine gare maritime dans laquelle Trois-Rivières devra investir 257 000 $, les investissements qu'il a fallu faire demeurent modestes par rapport à ce qui a dû être fait ailleurs et promettent une rentabilité de ceux-ci. À Saguenay, par exemple, la réfection du quai et le pavillon d'accueil ont coûté 45 millions $. C'est encore vrai à Trois-Rivières même si on inclut l'escalier monumental, dont on dit qu'il a été construit pour éblouir les visiteurs à leur arrivée, mais qui sert aussi à toute la population.

Il y a enfin qu'à chaque débarquement, cela fait glamouret qu'il y aura cet été près de8000 touristes à déambuler dans les rues du centre-ville, ce qui ajoute à l'ambiance acquise et qui contribue aussi à façonner le charme de Trois-Rivières, ce charme qu'ils apprécient tant.

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