L'amphi, ce «beau dommage»

Si l'Amphithéâtre est unique, son coût l'est aussi...

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Si l'Amphithéâtre est unique, son coût l'est aussi avec une facture globale qui dépassera les 70 millions $.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Si c'est un éléphant, comme certains le prétendent ou espèrent qu'il devienne, on pourra au moins dire que c'est un éléphant élégant.

La forme très épurée, aérienne, très dominante aussi sur sa pointe de terre qui surplombe le fleuve Saint-Laurent et l'embouchure de la Saint-Maurice lui confère une grâce altière qui a frappé jusqu'ici tous ceux qui ont pu l'admirer, de près ou de loin.

Il n'est pas impensable que l'oeuvre de Paul Laurendeau s'impose comme une référence sur le plan architectural pour une salle de spectacles. On peut bien chercher, on ne retrouvera rien de comparable ailleurs au Québec et probablement aussi dans tout le Canada.

Est-ce que l'Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, qui a été officiellement inauguré hier soir par la présentation du premier spectacle du Cirque du Soleil pourra devenir le «land mark» de Trois-Rivières, l'élément de distinction qui identifie immédiatement la ville? Ce n'est pas impensable. Il déclasserait alors dans l'esprit des gens le pont Laviolette qui a toujours jusqu'ici été cet élément de référence.

On n'ira pas jusqu'à le comparer aux coquilles juxtaposées de l'Opéra de Sydney en Australie, qui s'est rapidement imposé comme le symbole de la ville et même du pays. Dès que la célèbre structure, devenue une pièce du patrimoine architectural mondial, apparaît sur une photo ou dans une vidéo, tout le monde sait de quoi il s'agit et que c'est Sydney qui se découvre en arrière-plan.

Il fallait quand même que l'amphithéâtre de Trois-Rivières ait un grand éclat, qu'il soit saisissant à tous égards. Car s'il est unique, son coût l'est aussi avec une facture globale qui dépassera les 70 millions $ en considérant les équipements dont il a fallu le doter et les aménagements paysagers et autres qui étaient nécessaires, dont les éventuelles traverses d'une voie ferrée où on ne voit jamais de trains passer.

C'est bien sûr l'amphithéâtre de toutes les controverses, qui a été au coeur de tous les débats depuis une dizaine d'années, qui a provoqué les plus vifs échanges à l'hôtel de ville, qui a divisé son conseil municipal, mais aussi carrément en deux les citoyens de Trois-Rivières. Les sondages d'opinion ont chaque fois révélé que la population était partagée en parts égales, ou presque, sur ce projet et cela s'est reflété dans les résultats des deux dernières élections à la mairie. Si Yves Lévesque l'a chaque fois emporté, ce fut par une mince pluralité des voix.

On comprend que l'homme, qui s'est tellement identifié au projet, «contre vents et marées», comme il le rappelle, veuille tirer aujourd'hui la plus grande fierté de cette réalisation. Il ne faudrait pas que cela tourne à la vanité. S'il souhaite vraiment que tous les Trifluviens partagent sa fierté, s'il veut se faire rassembleur, il doit cesser de se réclamer comme un quasi-martyr de l'amphithéâtre. Les blessés et les morts au combat de ce projet sont ailleurs.

Il était normal et même sain en démocratie qu'un projet d'une telle envergure, qui a nécessité les investissements les plus lourds de l'histoire municipale de la ville, donne lieu à de l'opposition dans la mesure surtout où il a été systématiquement soustrait à toute consultation populaire. Les seules fois où des citoyens ont pu s'exprimer concrètement sur le projet, c'était lors de la tenue de registres pour des règlements d'emprunt, qui ont tous été défaits et dont les résultats négatifs ont rageusement pris le chemin des poubelles sans autre considération.

Cependant, en même temps, s'il y a eu contestation, cela ne veut pas dire que les opposants n'apprécient pas aujourd'hui leur amphithéâtre et sa superbe architecture. L'heure est à la réconciliation citoyenne, peut-être même politique, pas à l'exclusion.

Peu importe les opinions contraires qui ont pu être exprimées dans le passé, qu'on l'ait voulu ou non, l'amphithéâtre existe. Il est d'une facture exceptionnelle et il est de l'intérêt des Trifluviens qu'il fonctionne au mieux.

Il ne fera pas ses frais, chacun peut en convenir. Mais il n'y a aucun avantage à ce qu'il ne génère pas sur le plan du divertissement, du tourisme, du marketing et des revenus, tout ce qu'il peut fournir.

Alors, qu'on se gonfle un peu moins le torse d'un côté et que l'on rumine moins de rancoeur de l'autre. C'est l'équipement de tous les Trifluviens. Il faut quand même le payer. C'est, pour faire plaisir aux uns et aux autres, un «beau dommage».

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