Nos villes assistées sociales

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Serions-nous en Mauricie pauvres, sans s'en apercevoir, et en conséquence heureux comme des bienheureux? Après tout, le palmarès annuel des villes du bonheur classe maintenant Trois-Rivières et Shawinigan dans le top ten de celles-ci au Québec.

Mais statistiques après statistiques, on doit réaliser que la population régionale est parmi les plus vieillissantes du Québec et que sur le plan des données économiques, en particulier en ce qui a trait au revenu disponible brut ou net, par ménage ou par habitant, moyen ou médian, peu importe la référence, on rivalise toujours avec une région comme la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine pour le premier rang... qui se trouve être le dernier rang des régions du Québec. 

Le récent panorama annuel des régions de l'Institut de la statistique du Québec est encore venu il y a moins d'un mois nous le rappeler. On est la région des chèques gouvernementaux et des bas salaires, après avoir été pendant des décennies celle des gros salariés, parmi les mieux payés du Canada, en raison de la grosse industrie qui s'était accrochée un peu partout aux flancs de la rivière Saint-Maurice pour en dévorer ses pouvoirs d'eau et électrique. Ces pouvoirs sont encore là mais la grande entreprise a galopé vers d'autres ailleurs.

Faut-il s'étonner que dans le programme de péréquation municipale du gouvernement du Québec, trois villes de la Mauricie figurent encore dans le top ten: La Tuque, Shawinigan et Trois-Rivières? Ce n'est pas une nouveauté.

Pour le versement per capita, c'est La Tuque qui vient au premier rang des municipalités du Québec qui en reçoivent, avec un montant de 128,02 $ par habitant, soit plus du double de Thetford Mines, qui la suit au deuxième rang. Cela signifie une rentrée d'argent dans les coffres de la ville de 1,4 million $. Shawinigan n'arrive pas loin, au quatrième rang, avec 48,30 $. À presque 2,4 millions $, ce n'est cependant plus la ville qui touche le plus gros montant de toutes les villes «soutenues» du Québec, comme c'était le cas depuis quelques années.

C'est maintenant Trois-Rivières, qui en est un peu gênée, qui ferme le top ten, mais qui avec 3 millions $ de péréquation est devenue de loin à cet égard la plus «gâtée». Par habitant, cela fait 22,70 $. 

Il faut comprendre cependant dans le cas de Trois-Rivières qu'une grosse partie de l'évaluation municipale s'est effondrée en raison des dommages causés à des milliers de résidences par la pyrrhotite. On peut prendre pour acquis qu'à la Ville, on préférerait de loin se soustraire à la péréquation que de vivre l'érosion fiscale causée par la pyrrhotite. 

Sauf que la conséquence en est que l'évaluation municipale uniformisée s'en retrouve réduite. C'est, avec le coût moyen des loyers et des résidences, un des facteurs qui est pris en compte pour déterminer les villes éligibles à la péréquation municipale du gouvernement du Québec et dans quel ordre.

Comme les évaluations municipales des villes de la Mauricie sont plus basses que celles de la majorité des autres villes du Québec, cela impose à ces administrations des contorsions, lors de l'adoption de leurs budgets, et en général l'imposition de taux de taxe plus élevés, pour parvenir à offrir les mêmes services à leurs citoyens. Si les propriétés valent moins chères, il faudra bien les taxer davantage pour compenser. C'est souvent une source de confusion. Le contribuable qui découvre que pour sa maison de 150 000 $, il paie plus de taxes municipales que pour une valeur de 150 000 $ à Montréal ou dans plusieurs grandes villes, peut faire une montée de lait en apparence justifiée. Le problème, c'est que dans ces villes de référence, sa même propriété vaudrait le double. Ce qui veut dire que même avec un taux inférieur au sien, son compte de taxes serait plus élevé ailleurs.

Il reste que cette péréquation est révélatrice du fait que les régions du Québec sont toujours à la traîne sur le plan économique et que les gouvernements devraient avoir un préjugé plus que favorable à leur endroit. Ce sont souvent leurs décisions qui ont mis en grande partie ces régions en difficultés. En Mauricie, on en sait quelque chose.

Comme beaucoup de leurs citoyens, nos villes dépendent de l'aide publique. 

Mais avec des services municipaux qui restent bon marché, des prix de loyers, de condos ou de maisons au plancher, et bien d'autres choses qu'on peut obtenir à bon compte, ce n'est pas ce qui contribue à ce qu'on appelle cette «belle qualité de vie» dont on ne cesse de se vanter?

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