Traînons Hydro-Québec en cour

Le niveau de la rivière Saint-Maurice est anormalement... (Photo: Audrey Tremblay, Le Nouvelliste)

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Le niveau de la rivière Saint-Maurice est anormalement bas entre Saint-Roch-de-Mékinac et La Tuque. On voit ici le quai de La Tuque.

Photo: Audrey Tremblay, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

C'est là qu'on réalise comment l'absence d'une structure régionale pouvant intervenir au nom de l'ensemble de la Mauricie, comme l'était la Conférence régionale des élus qui a été abolie ce printemps, peut peser lourd dans certains dossiers.

On peut comprendre l'exaspération du maire de La Tuque, Normand Beaudoin, quand il constate la longueur de la passerelle rendue nécessaire pour rejoindre un minimum de profondeur d'eau dans la rivière Saint-Maurice afin d'y faire flotter le quai municipal destiné à accueillir les embarcations de plaisance. Quand il réalise aussi qu'avec ce qui reste en ce moment de tirant d'eau dans le chenal, sa ville ne pourra accueillir les plaisanciers venant du bas de la rivière, car il n'y a plus assez de tirant d'eau pour ces embarcations dépassé Saint-Roch-de-Mékinac.

Sa ville, comme les autres municipalités riveraines de la Saint-Maurice, comme Shawinigan mais aussi l'ancienne CAR mais avant tout, Tourisme Mauricie, ont mis tellement d'efforts et d'argent pour rendre à nouveau navigable la rivière entre Shawinigan et La Tuque, que la situation actuelle ne peut que justifier un violent grondement de colère. On comprend que le maire Beaudoin se retient, une fois de plus, pour ne pas la faire éclater au grand jour. Parce qu'il attend une réponse dans les prochains jours de celle qui est depuis le début pointée comme responsable de cet état de fait et qui rend parfois impossible, souvent périlleuse la navigation sur la rivière, malgré son balisage: Hydro-Québec.

La société d'État n'a jamais vraiment voulu collaborer à ce vieux «rêve de 150 ans» qu'a entrepris de réaliser la communauté mauricienne de la moyenne et de la haute Mauricie.

Lors du lancement des opérations de balisage, aux Piles, en mai 2013, elle avait fait figure de grande absente des célébrations qui avaient marqué l'événement historique. Ce qui n'avait déplu à personne, mais permis à des porte-paroles et des élus, et le maire de La Tuque était du nombre, de faire connaître avec beaucoup de liberté leur état d'esprit à propos d'Hydro-Québec, qui s'était révélée un adversaire dans le projet de balisage de la rivière. Beaucoup s'étaient sentis assez à l'aise pour exprimer le fond de leur pensée et ça ne faisait pas vraiment dans la dentelle. On peut dire que ce n'était que bien mérité.

Non seulement Hydro-Québec a refusé toute contribution financière à ce projet, mais elle invoque qu'elle ne peut assurer le débit d'eau minimal qui est requis pour une navigation sécuritaire dans la section Saint-Roch-La Tuque. La société d'État tente d'expliquer qu'à l'exception de Gouin, les centrales de la Saint-Maurice sont au fil de l'eau. Qu'elle ne dispose donc pas de réservoirs desquels elle pourrait réguler le débit en fonction des besoins des amateurs d'activités nautiques. On a aussi fait valoir à Hydro-Québec que la production hydroélectrique de la Saint-Maurice est au coeur de la fiabilité de sa production d'électricité et que cette «fiabilité ne peut... souffrir d'exception au gré des saisons.» Bref, que la Mauricie prenne son trou.

C'est vrai qu'en raison de l'absence de réservoirs dans lesquels on pourrait accumuler l'eau, on ne peut moduler la production d'électricité. En oubliant que le réseau mauricien est intégré à celui du complexe de la Baie-James et qu'il suffirait simplement de compenser la baisse de production ici par un accroissement là-bas, le temps d'une saison, ou au moins quelques jours durant l'été, les week-ends et les jours fériés, comme le suggère modestement le maire Beaudoin.

C'est vrai qu'Hydro-Québec est propriétaire de tous les droits hydrauliques de la Saint-Maurice, du barrage Gouin jusqu'à Trois-Rivières. Est-ce que cela implique qu'elle soit propriétaire de l'eau de la rivière et qu'elle ait autorité pour assujettir tout le reste de la population à ses stricts besoins? Elle qui ne verse déjà pas un sou en redevances, sauf pour ses deux petits barrages de Rapide-des-Coeurs et Chutes-Allard.

Il ne faut pas oublier que la Saint-Maurice possède un statut de rivière navigable, ce qui implique qu'en dehors de Mère Nature, personne ne devrait détenir l'autorité d'en restreindre le débit de navigabilité. Il y a effectivement un bon débat juridique à mener avec Hydro-Québec. Car ce n'est vraiment que les tribunaux qui pourraient lui faire entendre raison. Un organisme comme la CRÉ aurait pu dégager des fonds à cette fin, au nom de l'ensemble de sa communauté.

Hydro-Québec se comporte comme les anciennes compagnies forestières qui ont longtemps considéré la rivière comme un convoyeur privé pour le transport de leurs pitounes, et qui avaient invoqué jusqu'à la fin les scénarios les plus catastrophiques pour maintenir leurs privilèges. On connaît la suite. L'arrêt du flottage a permis de redonner la rivière à ses citoyens. Il reste encore un vieux récif à franchir. Il a un nom.

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