Banalisation des manifs?

Les manifestations se multiplient dans la région.... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Les manifestations se multiplient dans la région.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Il y avait encore deux manifestations jeudi dans la région pour protester contre les offres qu'entend peut-être imposer le gouvernement libéral à Québec à ses employés.

Des infirmières ont profité de l'heure du midi pour, encore une fois, faire connaître leur mécontentement en érigeant une ligne de piquetage symbolique au CHRTR, non pas à l'entrée principale, là où le public aurait pu mieux les voir, mais comme à l'arrière, devant les portes de la faculté de médecine. On convient que l'endroit a peu d'importance, dans la mesure où les médias vont en rendre compte.

À Shawinigan, ce sont des psychologues du réseau de la santé qui, pour une première fois, ont sorti les pancartes. Ils ont voulu se faire un peu plus visibles en occupant le coin Trudel et Champlain.

Des manifs comme toujours très pacifiques pour signifier au gouvernement qu'on est en total désaccord avec ses propositions, que les troupes sont mobilisées et pour tenter de sensibiliser en leur faveur une population qui ne semble pas vraiment vouloir s'émouvoir des conditions qui pourraient être les leurs.

Il y a des périodes où deux manifs, ça devient événementiel. Certes les médias se sont déplacés, les kodaks ont flashé, les journalistes et reporters ont pris en notes ou enregistré les commentaires de leurs porte-paroles. On en a fait des comptes-rendus.

Mais en même temps, sans mettre en cause la justesse de leurs causes, il faut bien constater qu'on vit comme une banalisation de ces mouvements de contestation. En raison de leur nombre et de leur fréquence, car rares sont les journées où il n'y en a pas, mais aussi parce que les coupes gouvernementales sont tellement généralisées, qu'elles ont déjà atteint tant de monde dans la société qu'il devient difficile à quelque groupe que ce soit d'employés de l'État d'attirer l'attention sur son cas en particulier et d'obtenir des sympathies d'un public qui n'est plus loin de l'indifférence.

Sondage après sondage, on constate que l'offensive gouvernementale pour rétablir l'équilibre budgétaire est appuyée par au moins autant de monde qu'il n'y en a qui la conteste. La preuve en est que si des élections devaient avoir lieu aujourd'hui, en dépit d'une année dite d'austérité, le gouvernement de Philippe Couillard serait plus que vraisemblablement réinstallé au pouvoir. Les récentes élections partielles dans Jean-Talon et Chauveau étaient l'occasion de lui faire savoir dans les urnes le désaccord public sur le train de mesures qu'il a imposées jusqu'ici et qui vont se poursuivre dans la grande ronde de négociations qui va se jouer à l'automne.

On l'a vu. Non seulement il n'a pas fléchi dans l'électorat, mais il a même arraché le siège de Chauveau à la CAQ. Même si la région de Québec apparaît parfois plutôt singulière sur le plan électoral par rapport à l'ensemble du Québec, les résultats du scrutin peuvent être interprétés, comme le suggère le premier ministre, comme un fort signal d'appui à sa politique de «rigueur» administrative. Ce n'est rien pour l'inciter à modérer ses transports.

Pendant qu'on brandissait des pancartes devant un hôpital à Trois-Rivières ou à la vue d'automobilistes à Shawinigan, l'Institut du Québec concluait hier dans une étude que le report de l'équilibre budgétaire, comme le réclament les syndicats et bien d'autres acteurs dans la société, «ne tient pas la route». L'Institut du Québec est certes présidé par Raymond Bachand, l'ancien ministre libéral des Finances. Mais il ne fait pas partie des auteurs de l'étude qui proviennent plutôt des Hautes études commerciales.

Pour ces derniers, le retour à l'équilibre budgétaire «est urgent». Il n'y a qu'en éducation qu'on émet de sérieuses réserves, prévenant même que les coupes, qui atteignent maintenant un milliard $ dans ce secteur, pourraient à long terme «nuire grandement à la compétitivité économique du Québec.»

On peut penser que le gouvernement récupérera la première partie du rapport pour justifier sa démarche, mais qu'il tombera amnésique sur les effets néfastes de ses compressions en éducation dont on l'a prévenu.

Les multiples démonstrations de mobilisation nous annoncent un automne chaud et qu'une grève générale des employés de l'État devrait être déclenchée. Des syndicats, comme celui des employés de Revenu Québec, l'ont déjà votée.

Est-ce que cela fera trembler le gouvernement? C'est peu probable. Il sait qu'il peut avoir recours à des décrets pour les forcer à réintégrer le travail. C'est presque toujours ce qui arrive.

À cette différence qu'au lieu de les laisser une journée ou deux dans la rue, il choisisse cette fois de patienter une bonne grosse semaine, peut-être un peu plus, avant d'adopter sa loi spéciale. Le temps d'engranger de substantielles économies de salaire dont il pourra se servir pour se montrer beau joueur en acceptant quelques concessions monétaires. Les employés se trouveraient à payer leurs propres augmentations. Ça s'est déjà vu.

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