Cusson dans la ville en déclin

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) Même si c'est tôt mardi matin qu'il s'est arrêté à nos bureaux du Nouvelliste, ce n'était pas parce qu'il voulait se faire le plus discret possible.

Mettre les pieds à Trois-Rivières, trois mois à peine après avoir qualifié la région et sa capitale régionale d'endroits en déclin, ce qui avait plus qu'offusqué son homologue Yves Lévesque, on pouvait penser qu'il était périlleux pour le maire de Drummondville de venir s'y faire voir à découvert.

Alexandre Cusson ne pouvait avoir oublié les réactions outrées que certains de ses propos avaient soulevées lors de son passage annuel à la Chambre de commerce de sa ville, au mois de mars. Choqué du flirt public avoué du maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, avec la ville de Trois-Rivières, mais surtout que ce dernier ait exprimé son inconfort à évoluer dans la région administrative 17, le Centre-du-Québec, et pris position en faveur de l'implantation à Trois-Rivières du Centre intégré en services sociaux et de santé, le maire Cusson n'avait pu contenir ses pulsions.

Alors qu'il dressait un bilan plutôt éloquent des investissements réalisés au cours de l'année précédente à Drummondville et de la forte croissance à plusieurs égards de sa ville, il n'avait pu réprimer une forte montée d'émotions qui lui avait fait dire qu'au Centre-du-Québec, on ne serait «pas des cocus contents» et que si le maire de Bécancour n'était pas à l'aise dans sa région, il n'avait qu'à la quitter et qu'il l'aiderait même à le faire. Il avait surtout dit: «Si Bécancour croit que son développement passe par une association directe avec une région en déclin plutôt que la capitale du développement, c'est son choix...»

Le maire Dubois avait jugé plus sage de ne pas vraiment répliquer aux reproches de son collègue et de demeurer plutôt zen. «Les coups de gueule, merci pour moi», avait-il simplement commenté avant d'ajouter qu'il préférait «braire et laisser braire». Mais le tempérament sanguin d'Yves Lévesque fut plus dur à maîtriser et s'il se contenta d'ironiser en brandissant un taux de chômage fortement à la baisse dans Trois-Rivières-Bécancour, on avait compris qu'il piaffait d'impatience d'en découdre avec son homologue.

Yves Lévesque est bien en selle depuis maintenant quinze ans à la tête de sa ville alors qu'Alexandre Cusson est fraîchement élu de novembre 2013. Alors que le maire de Trois-Rivières multiplie les contestations à l'intérieur de l'Union des municipalités, retenant une partie de sa cotisation et menaçant de s'en retirer, le maire de Drummondville est devenu au dernier congrès deuxième vice-président de l'UMQ, dans laquelle il joue un rôle actif.

Mais les deux hommes ont une personnalité forte et, malgré leurs différends, ont en commun d'avoir leur franc-parler, de défendre bec et ongles leur territoire et de ne pas craindre la controverse ou d'en payer le prix, tout en demeurant parlable.

C'est ce qu'ils ont justement fait. Alexandre Cusson était délibérément arrivé à Trois-Rivières la veille et il avait passé la soirée à la salle à manger du Kinipi, à l'invitation d'Yves Lévesque. Les deux hommes n'ont pas pris de bains froids, mais il ont copieusement échangé. Certes, le maire de Trois-Rivières n'avait pas ouvert les portes de son hôtel de ville pour qu'Alexandre Cusson vienne y lancer son invitation (le prétexte pour mettre les pieds à Trois-Rivières?) à participer aux festivités qui marqueront le 200e anniversaire de fondation de Drummondville, les 27, 28 et 29 juin. Mais on peut dire que la glace est cassée entre eux.

On peut présumer que le maire Cusson n'a pas raconté à son vis-à-vis qu'il considérait Trois-Rivières comme faisant partie de la banlieue de Drummondville... comme Montréal, Québec, Sherbrooke et plusieurs autres villes du Québec. Une façon humoristique pour lui d'expliquer qu'en raison de sa position géographique centrale, 70 % de la population du Québec se retrouve autour de Drummondville, dans un rayon de 90 minutes. Ce qui est tout autant vrai pour Trois-Rivières. C'est peut-être ce qui explique que ces deux villes, à travers leurs maires passés et actuels, aient toujours éprouvé un sentiment de concurrence obligatoire.

Certes, Trois-Rivières a plus d'histoire et est plus populeuse. Mais pour combien de temps? Drummondville atteint aujourd'hui 75 000 habitants, sauf que sa croissance démographique est plus soutenue que celle de Trois-Rivières.

Où les deux villes en seront-elles rendues dans dix ou quinze ans? Après 26 ans de règne, l'ex-mairesse Francine Ruest-Jutras avait laissé sa ville en pleine prospérité. La question se posait si le nouveau maire parviendrait à garder cette impulsion.

Les seuls investissements manufacturiers ont atteint 220 millions $ en 2014 à Drummondville, un record qui sera vraisemblablement fracassé en 2015. Oui, Drummondville souffle dans le dos de Trois-Rivières et ce n'est d'évidence pas son nouveau maire qui va ralentir le galop.

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