CHRONIQUE

Lévesque a raison, mais...

Le projet de colisée au District 55....

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Le projet de colisée au District 55.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Au déjeuner annuel des autorités du club Richelieu de Trois-Rivières, en janvier 2014, l'ex-députée de Champlain, Noëlla Champagne annonça qu'elle avait en sa possession un chèque de 26,5 millions $ pour la construction de l'amphithéâtre sportif. On a même pu croire à un certain moment qu'elle allait le sortir de son sac à main et l'agiter devant son auditoire.

«Je l'ai dans les mains», avait-elle dit, jusqu'à ce qu'on comprenne que c'était au figuré, un effet de style. Dans les faits, ce que l'ex-députée alors au gouvernement voulait laisser savoir, c'est qu'il y avait bel et bien un engagement gouvernemental en ce sens et qu'en conséquence, l'argent était disponible. Mais elle ajouta: «Je ne veux pas le donner à n'importe qui». Dans son cas, le «n'importe qui» en question, c'était l'Université du Québec à Trois-Rivières qui venait de faire connaître ses intentions de construire un colisée de 5000 places, qui entrait en concurrence avec le projet du Complexe sportif Alphonse-Desjardins.

On connaît la suite. Le projet du CSAD s'est évaporé dans la nature et celui de l'université a été totalement abandonné. Il ne reste que le projet du Groupe Robin, au District 55, qui comporterait en annexe trois petits arénas de poche.

Mais s'il ne faisait pas de doute à l'ex-députée Champagne que l'argent était disponible, on peut commencer à se demander si c'est encore vraiment le cas, même si on assure que c'est inscrit, mais en «planification», dans le Plan québécois des infrastructures 2014-2020. Des mots qui peuvent vouloir ne pas dire grand-chose, selon les intentions que l'on a et les interprétations accommodantes qu'on peut bien en faire.

Le gouvernement rechigne à faire suivre cette subvention dans le projet public-privé que le maire Yves Lévesque caresse maintenant plus fort que jamais avec le Groupe Robin et celui-ci commence à s'impatienter. Il est vrai que le maire ne peut plus jouer un projet contre l'autre, comme il s'est appliqué à le faire dans le passé, avec ses plans A, B ou C. Il ne peut plus parler des deux côtés de la bouche dans l'espoir d'obtenir plus d'avantages.

Le gouvernement ne voit pas trop de problème à s'engager dans des PPP quand il en est un partenaire, mais il a toujours jusqu'ici fait la vie dure aux autres administrations publiques, aux villes en particulier, quand ces dernières, pour s'éviter entre autres de l'endettement, ont examiné cette avenue.

Le maire veut se rendre à Québec pour tenter de leur expliquer ce que là-bas on ne voudrait pas comprendre et il semble qu'il n'a pas songé à se faire accompagner du ministre régional Jean-Denis Girard. Il veut plaider lui-même ses affaires au ministère des Affaires municipales. Bonne chance!

On peut s'étonner que le Groupe Robin puisse construire, comme il l'a prétendu, un colisée de 5000 places avec trois glaces adjacentes, pour une quarantaine de millions $, incluant la subvention de 26,5 millions $. L'UQTR prétendait y arriver pour 53 millions $, mais avec deux petites glaces en moins et au CSAD, on en était à devoir retrancher un millier de sièges pour rester dans le budget.

Avec moins de contraintes et beaucoup plus de liberté d'action, on peut reconnaître que le privé peut faire réduire les coûts d'un tel projet, mais à ce niveau, ça tiendrait du prodige. C'est peut-être, en dehors de ses grands principes, ce qui inquiète Québec. La ville peut bien signer à long terme, à des conditions très avantageuses par rapport à ce qu'il lui en coûterait de construire et d'opérer elle-même un tel complexe, mais il reste un cas de figure qui ne peut être ignoré. Qu'adviendrait-il si la société privée formée pour réaliser le projet déclarait faillite après trois, quatre ou cinq ans. La ville se retrouverait le bec à l'eau et probablement contrainte à reprendre l'équipement, car il lui faudra toujours fournir des heures de glace à sa clientèle. Envolées alors, les économies du privé. Autrement, Yves Lévesque a raison. Une location pour vingt-cinq ans d'heures de glace à des conditions connues, dans un complexe qu'elle n'a pas à construire et à opérer, constitue la meilleure affaire pour la ville. Il faut savoir que les arénas Jean-Guy-Talbot et de Trois-Rivières-Ouest sont rendus à bout de souffle et qu'il faudrait soit les remettre à niveau ou en reconstruire de nouveaux, ce qui serait très cher. Sans compter qu'opérer un aréna lui coûte environ 500 000 $ par année. En plus, avec un projet privé, la ville perçoit des taxes municipales.

Le calcul est facile à faire.

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