CHRONIQUE

Nos entrepreneurs se crachent dans les mains

Le professeur en économie de l'UQTR, Frédéric Laurin.... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Le professeur en économie de l'UQTR, Frédéric Laurin.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Quand ils se sont retrouvés le 14 avril pour la grande assemblée de fondation du Partenariat économique Mauricie-Rive Sud, la quarantaine de personnes présentes, avant tout des entrepreneurs mais aussi des professeurs de l'UQTR, ont éprouvé comme un sentiment de vivre un moment qui s'inscrira dans l'histoire régionale.

Il faut que cela se confirme, que cette grande rencontre entrepreneuriale aille au-delà de l'impression ressentie et qu'elle devienne effectivement le mouvement de départ de la grande avancée économique qu'on veut insuffler à cette région Mauricie-Nicolet-Bécancour. C'est essentiel qu'il en soit ainsi et c'était pour cela que toutes ces personnes avaient été réunies ce jour-là.

Des personnes qui avaient en commun une volonté de vouloir faire quelque chose parce qu'elles avaient toutes compris qu'on en est rendu à l'urgence d'agir.

Il faut dire que l'instigateur de ce mouvement, Frédéric Laurin, professeur en économie à l'Université du Québec à Trois-Rivières et chercheur à l'Institut de recherche sur les PME avait de quoi sensibiliser les entrepreneurs et les perturber.

L'Institut de la recherche sur les PME a réalisé en 2013 une étude sur la performance économique des différentes régions du Québec. Une quinzaine d'indices ont alors été mesurés comme le taux de croissance, le taux de chômage, le niveau des exportations, le niveau de scolarité, les revenus... Le constat a eu l'effet d'un coup de masse dans le front.

En faisant la synthèse de tous ces indices, il est apparu que la Mauricie arrive aujourd'hui au dernier rang des régions du Québec sur le plan de la vitalité économique. C'est un non-sens. C'est incompréhensible et surtout inacceptable.

Bien sûr, il y a eu la fermeture de la centrale Gentilly-2 qui a fissuré, comme l'a fait la pyrrhotite dans les solages de nos maisons, les fondations de notre économie régionale. Mais cela ne peut tout expliquer qu'on en soit descendu à un tel seuil.

«Nous avons des collèges, une université, deux ports, un aéroport capable d'accueillir des Boeing, un réseau autoroutier, des dessertes ferroviaires, une position géographique centrale, un passé industriel, des infrastructures industrielles, un fonds de diversification économique, une qualité de vie, tout, jusqu'à Fred Pellerin», énumère le professeur Laurin comme pour démontrer que c'est impossible qu'une région qui possède tout comme la nôtre puisse se retrouver dans les bas-fonds économiques du Québec. Qu'elle soit la pire des régions, classée en-deçà des régions les plus éloignées qui sont pourtant loin de disposer des avantages, des facilités et des ressources dont on dispose ici.

Or, la région ne manque justement pas d'entrepreneurs compétents et en croissance, engagés dans des créneaux porteurs.

Le professeur Laurin a compris que c'est à partir d'eux que la prise en main économique régionale peut et doit se faire. Il a donc pris son bâton de pèlerin pour aller à leur rencontre. Il a découvert un grand front du refus. Le refus d'accepter qu'il en soit ainsi accompagné d'une volonté très affirmée de faire quelque chose, d'être pro-actif.

Il en a découlé un regroupement qui s'appelle pour l'instant Partenariat économique Mauricie-Rive Sud, car le nom définitif pourrait être autre, qui réunit déjà une trentaine d'entrepreneurs de tout ce territoire qui englobe Nicolet-Bécancour jusqu'à la Haute-Mauricie. D'autres sont appelés à s'y ajouter. C'est une zone économique naturellement imbriquée. «On doit former une pensée régionale.» Ces entrepreneurs veulent s'impliquer et ce sont eux qui vont financer leur association. Elle ne vient pas en concurrence avec les autres organismes de promotion économique déjà existants, comme les CLD. Elle leur sera complémentaire. Elle sera aussi résolument apolitique.

Ça pourrait devenir une voix régionale extrêmement forte et efficace, mais aussi stimulante pour les entrepreneurs, car elle accentuera leur mise en réseau et l'émergence de nouveaux projets d'affaires. «On ne manque pas de capital d'investissement dans la région. On manque de projets», a analysé le professeur Laurin. «C'est d'abord à partir de nos entrepreneurs, de nos PME que pourra s'amorcer la relance de notre économie», ajoute-t-il. «On ne réinventera pas la roue».

La forme de regroupement qu'il a proposée est inspirée de l'expérience de Cleveland, aux États-Unis. Des entrepreneurs de la place refusaient d'accepter que leur ville soit en déclin. Ils étaient sept. Ils ont formé la «Cleveland Tomorrow», qui est devenue la «Greater Cleveland Partenership». Ce fut comme un électrochoc.

Avec leur esprit d'entrepreneur, on a fait en sorte que les choses bougent et vite, que les résultats soient là et mesurables. On sent la même détermination dans le nouveau regroupement Mauricie-Rive Sud.

Tant mieux s'il veut s'imposer le succès, s'y condamner même. C'est l'initiative la plus prometteuse qu'on a vue depuis longtemps. On n'a même pas le choix qu'elle réussisse.

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