CHRONIQUE

Le «no way» empressé des conservateurs

Environ un millier de personnes ont profité du... (Photo: François Gervais)

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Environ un millier de personnes ont profité du beau temps, samedi avant-midi, et ont pris part à la marche organisée par les victimes de la pyrrhotite.

Photo: François Gervais

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

C'est à se demander si le gouvernement fédéral conservateur n'avait pas des taupes, pour ne pas dire des espions, parmi les milliers de personnes qui sont venues marcher samedi dans les rues de Trois-Rivières pour tenter de le «sensibiliser» à la catastrophe économique et sociale qu'a causée et que cause toujours la pyrrhotite dans le béton des fondations de milliers de maisons en Mauricie.

Les derniers marcheurs avaient à peine eu le temps de regagner leurs maisons que le fédéral, par le biais d'un communiqué aussi bref que laconique, signifiait avec fermeté son «insensibilité» déjà très affirmée sur ce problème. Ça ne le regarde pas et tout indique qu'il était impatient de rappeler qu'il le concevait ainsi.

Le communiqué aurait été écrit avant la marche, ou même pendant, expédié depuis le cellulaire ou la tablette électronique du «vigile» fédéral, qu'on n'en serait pas surpris.

Il a en effet été reçu au Nouvelliste à peine 15 h passées, sans fla-fla, sans les habituelles identifications pompeuses des communiqués fédéraux et simplement signé de Scott French, porte-parole du ministre d'État aux Sciences et aux Technologies, Ed Holder. Il était inutile d'essayer de rejoindre Scott pour tenter d'obtenir un peu plus d'explications. Son communiqué d'une dizaine de lignes bien tassées comportait bien une dizaine de fautes d'accord ou d'orthographe, mais aucun numéro de téléphone.

Votre manif de solidarité, vous pouvez bien vous la mettre quelque part. Mais c'est aussi samedi, alors dérangez-nous surtout pas à Ottawa. Pas d'achalage.

Pour l'actuel gouvernement fédéral, la pyrrhotite, c'est de compétence provinciale, comme s'il pouvait y avoir de la compétence dans un drame de l'ampleur de celui causé à des milliers de victimes qui sont pourtant encore des citoyens canadiens, qui envoient des taxes et des impôts à Ottawa, mais il est vrai, qui n'ont pas voté conservateur aux dernières élections, à celles d'avant et même d'avant-avant et qui ne manifestent pas vraiment dans leurs intentions de vote actuelles une montée suffisamment perceptible de fièvre bleue.

Difficile de comprendre autrement l'indifférence du gouvernement fédéral et son absolue absence de compassion dans ce dossier. Comme une aiguille de gramophone accrochée à un vieux disque, parce que les provinces peuvent adopter sur le pourcentage de pyrrhotite acceptable dans le béton leur propre norme ou appliquer un modèle national qui ne serait finalement qu'une suggestion, on nous a répété que ça ne le regardait pas. C'est n'importe quoi pour se soustraire à sa responsabilité de gouvernement. On surveillait la marche samedi, du moins du coin de l'oeil lointain d'un porte-parole ministériel, probablement plus emmerdé qu'autre chose par cette contrainte de week-end de déchausser sans délai ces marcheurs. Il fallait que ceux-ci sachent rapidement qu'ils n'ont fait qu'user leurs espadrilles, qu'ils ont marché pour rien.

Cela s'est fait sans souci pour leur candidat conservateur dans Trois-Rivières, qui lui aussi s'est trouvé à venir y perdre son temps. On va finir par prendre en pitié Dominic Therrien et lui suggérer de modérer les frais, lui qui a sauté dans l'avion à plusieurs reprises depuis qu'il a annoncé sa candidature. À moins qu'il ait des centaines de milliers d'Air miles en banque, un voyage Vancouver-Montréal, c'est quand même le prix d'un billet aller-retour pour Paris. On ne peut pas dire que son parti l'aide beaucoup. On n'utilise même pas de formules électoralistes mielleuses ambiguës pour y insérer un petit «peut-être que...» ou «nous pourrions reconsidérer certaines choses, à la lumière de ce que nous en dit Dominic». C'est plutôt «débrouille-toi comme tu veux, Dear Dom-Dom».

Peut-être parce que le maire Yves Lévesque s'est résigné, ou qu'il a compris qu'il n'y a rien à attendre dans le dossier de la pyrrhotite de la part du gouvernement conservateur, il a presque autant critiqué le gouvernement à Québec que les conservateurs à Ottawa, en s'étonnant tout haut que des élus au pouvoir marchent pour faire pression sur leur propre gouvernement pour ajouter de l'aide aux victimes de la pyrrhotite. Les «élus» en question, c'est évidemment les cinq députés libéraux de la Mauricie, le ministre Jean-Denis Girard en tête.

Il est vrai que le ministre Denis Lebel ne gratte plus le dos du maire de Trois-Rivières comme il le fait encore très fort avec le maire Régis Labeaume de Québec, qui peut lui faire cligner les yeux d'enthousiasme en lui présentant une liste d'épicerie de 200 millions $.

Ç'aurait peut-être été différent si le béton mauricien avait intégré des agrégats composés de bitume sablonneux transporté par un train dérailleur ou par des tuyaux corrodés.

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