La vente de garage de Gentilly

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) Ce qui révolte dans la vente par Hydro-Québec au prix de 75 000 $ d'une turbine qui avait été payée 79 millions $, c'est l'apparente insouciance dont semble avoir fait preuve la société d'État.

Une perte de 78 925 000 $ sur une seule pièce d'équipement de la centrale nucléaire déclassée de Gentilly-2 ne semble pas avoir fait sourciller qui que ce soit à Hydro-Québec.

Les explications fournies à la vérificatrice générale sont apparues aussi vagues que molles et celles qui sont venues par la suite pas plus convaincantes. Qu'Hydro-Québec ne dispose pas d'expertise dans la liquidation d'équipements de centrale nucléaire, on s'en doute.

Mais quand vous avez pour au moins un milliard $ de matériel récemment acquis, on peut penser qu'en gestionnaire responsable, on ira chercher à l'externe l'expertise manquante afin de maximiser le retour sur la revente de ces équipements. Ne serait-ce que pour minimiser les dégâts. C'est comme ça qu'on agit normalement quand on est un gestionnaire responsable. Ce n'était quand même pas une liquidation de failli. Hydro-Québec avait tout le temps voulu devant elle pour disposer au mieux des actifs de Gentilly-2.

C'est quand même tout près d'un milliard $ qui avait déjà été dépensé pour la réfection de la centrale quand le gouvernement du Parti québécois, fraîchement arrivé au pouvoir, a décrété l'arrêt des travaux et sa mise au rancart. Ce fut d'ailleurs sa première décision comme gouvernement, ce qui donne une idée de la fiévreuse impatience qui régnait dans les rangs ministériels péquistes.

Quand on pense qu'on s'est contenté d'appeler quelques ferrailleurs pour obtenir des prix afin de disposer de la turbine au plus sacrant, on se demande si ce qui comptait avant tout, ce n'était pas de faire disparaître au plus sacrant tout ce que l'on pouvait de cette centrale, perçue à l'intérieur d'Hydro-Québec par beaucoup de monde comme une verrue, un corps étranger dans cet univers parfaitement maîtrisé par ailleurs de production d'hydro-électricité. Tout est à brader, en autant que ça sorte vite.

Pour éviter des frais? On se bidonne en entendant cette explication. Pour espérer obtenir peut-être 40 000 $ de plus pour la turbine, il aurait fallu prolonger la location pour son entreposage, ce qui aurait coûté à peu près 40 000 $. De l'argent qui, au moins, serait resté à Gentilly, que la fermeture de la centrale allait dévitaliser.

On n'a pas ce genre de préoccupation sociale à Hydro-Québec.

On a aussi rapidement procédé à la démolition du centre administratif puis à la vente de 24 roulottes presque neuves au prix de 34 000 $. On se demande bien dans ce cas de quelle expertise rare ne disposait pas Hydro-Québec pour en obtenir un meilleur prix. Une turbine, on peut comprendre que c'est difficile à refiler si personne ne construit ou reconstruit dans le monde de centrale de type CANDU. Mais avec de belles roulottes pas usées, encore toutes clinquantes, on devrait pouvoir assez facilement obtenir un peu plus que le prix de leur métal à la cour de scrap. On a vendu le lot au prix de même pas celui d'une seule roulotte.

On serait tenté d'ajouter que le plus drôle dans l'affaire, le problème c'est que ça ne l'est pas du tout, c'est qu'Hydro-Québec a dû tout de suite après louer des roulottes pour les remplacer faute d'endroit encore disponible afin de loger les ingénieurs toujours sur place et payés à se tourner les pouces.

Le député caquiste de Nicolet-Bécancour, Donald Martel a bien raison quand il affirme que ce que le rapport de la vérificatrice générale confirme, c'est que l'histoire de la turbine, ce n'est que la pointe de l'iceberg. Il est plus que jamais permis de le penser.

D'autant que si Hydro-Québec avait récemment dépensé près d'un milliard de dollars dans l'achat d'équipements pour la réfection de la centrale, dont on a dû disposer, il faut comprendre qu'il y avait aussi en plus du matériel existant qui devait aussi avoir une certaine valeur. C'est toute une liquidation, qui ne pouvait être exécutée comme une vente de garage.

François Legault est allé plus loin hier en exprimant des soupçons sur l'honnêteté de certaines personnes à Hydro-Québec qui auraient pu tirer avantage du bradage des équipements, au moins dans le peu qu'on en sait.

C'est vrai qu'Hydro-Québec a radié dès 2012 l'ensemble des actifs de la centrale. Cela donne une valeur de zéro aux livres. Mais seulement aux livres. C'est une stricte opération comptable qui ne justifie pas l'impression d'«over my dead body» qui se dégage des restes de Gentilly-2.

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