CHRONIQUE

Rapport dévastateur dans un climat guerrier

Le ministre de l'Éducation, de la Recherche et... (Photo: La Presse Canadienne)

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Le ministre de l'Éducation, de la Recherche et de l'Enseignement supérieur, François Blais, a avisé Nadia Ghazzali, mercredi, qu'elle ne jouissait plus de sa confiance et qu'en conséquence, elle devait quitter son poste de rectrice.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

La joute était devenue politique et elle a été jouée rapidement.

Malgré les grands efforts de la haute direction de l'Université du Québec à Trois-Rivières pour dédramatiser mercredi matin le rapport tant attendu de la vérificatrice générale du Québec et la réaffirmation déterminée de la rectrice Nadia Ghazzali dans ses intentions de poursuivre son mandat, cette dernière n'aura pas survécu une demi-journée à sa publication.

La rectrice Ghazzali a été contrainte de remettre sa démission après avoir reçu un appel du ministre de l'Éducation, de la Recherche et de l'Enseignement supérieur, François Blais, l'avisant qu'elle ne jouissait plus de sa confiance et qu'en conséquence, elle devait quitter son poste de rectrice. On ne peut l'interpréter autrement, car c'est bec et ongles qu'elle justifiait quelques heures auparavant ses interventions et celles de ses proches collaborateurs dans les différents dossiers analysés par la vérificatrice générale.

Le président du conseil d'administration, Yves Tousignant s'est aussi résigné à remettre la sienne. Une décision qu'il n'a dans son cas que devancée. Il était déjà prévu que sa présidence prendrait fin dans moins de deux semaines, le 8 juin. C'est que le président Tousignant avait été personnellement mis en cause dans le rapport du fait qu'il ne pouvait occuper ce poste en vertu d'une règle de la Loi sur l'administration publique qui interdit à un élu d'être président d'un organisme public. Or, Yves Tousignant est maire du village de Saint-Pierre-les-Becquets. À l'UQTR, on contestait cependant cette interprétation en s'appuyant sur un avis juridique contraire.

Le rapport, qualifié de «très critique» et «d'accablant» par le ministre Blais, comporte en effet suffisamment de lignes assassines pour justifier son intervention politique.

Les rapports du vérificateur général du Québec ne sont jamais à l'eau de rose. Ils ont toujours un contenu «crunchy» et ce n'est pas celui sur l'UQTR qui est venu changer la tradition.

Les blâmes sont à profusion et laissent comprendre, bien que ce ne soit très souvent que dans le ton, les pires incuries administratives et de gouvernance. «Des étapes liées à la saine gestion de projets immobiliers n'ont pas été suivies.» Dit comme cela, dur de ne pas conclure que ça a forcément été au détriment de l'université. «La gestion du projet de campus à Drummondville présente des déficiences.» L'UQTR s'y serait donc embourbée de la pire manière. «L'UQTR n'a pas toujours respecté la réglementation et les saines pratiques de gestion lors de l'attribution et de la gestion de certains contrats professionnels.» Comment ne pas en déduire qu'il y a là des choses graves qui ont été commises. «Le conseil d'administration et la haute direction n'ont pas assumé pleinement leur rôle en matière de gouvernance.» On suggérerait une destitution générale des hauts dirigeants de l'UQTR que cela semblerait aller de soi.

Dans son rapport d'une cinquantaine de pages, la vérificatrice générale détaille les raisons qui l'ont amenée à faire de tels constats et ses observations doivent être prises au sérieux. Ce qui avait aussitôt été promis mercredi en conférence de presse par cette haute direction qui a répliqué en présentant un important plan d'action dont les deux-tiers sont déjà en cours de réalisation et avec lequel on serait allé chercher l'appui de la communauté universitaire. La haute direction a bien sûr cherché à adoucir la portée générale de plusieurs éléments du rapport en lui reconnaissant une grande «valeur pédagogique», mais en lui reprochant du même souffle d'avoir négligé la mise en contexte des éléments soulevés. D'où une frustration, sans doute légitime, de traitement injuste.

La reconfiguration administrative implantée par la rectrice, de lourds frais juridiques questionnables, liés à sa chaire universitaire, le CERAS avec son projet mal ficelé d'un colisée de 5000 places, autant de points qui ont prêté flanc à des critiques sévères de la vérificatrice générale. Mais le dossier qui fait le plus mal à la haute direction de l'UQTR, c'est celui du campus de l'UQTR à Drummondville.

On y soulève beaucoup de «risques» qui ont été pris par l'Université, dont un échéancier de construction très serré, des projections de clientèle discutables et une possible cannibalisation en faveur de ce campus des effectifs étudiants de Trois-Rivières. Le problème, c'est que le campus est en voie de réalisation, à l'intérieur des coûts et de délais qui seront respectés. Depuis 1969 que l'UQTR dispense des cours à Drummondville, cela lui donne une bonne connaissance de ce marché et il se trouve qu'alors que beaucoup de collèges sont en pertes d'inscriptions, celui de Drummondville est en pleine croissance. C'est donc un bon coup et peut-être un «beau risque» qu'y a finalement pris l'UQTR.

Tous les reproches soulevés par la vérificatrice générale sont loin d'être fondés et s'ils reposent sur une pratique de gestion et de gouvernance idéale, la réalité impose parfois quelques souplesses.

Par contre, c'est troublant d'apprendre que l'UQTR a fractionné un contrat de 266 000 $ en six contrats, afin de se soustraire à son obligation d'aller en appel d'offres, pour les accorder à une même firme d'ingénierie de Drummondville, ce qui a placé cette firme en position privilégiée pour remporter par la suite un contrat plus juteux de plus de 400 000 $, lancé à la veille de Noël, à la faveur de bureaux concurrents fermés pour la période.

Le rapport allait donner beaucoup de munitions aux détracteurs de la haute direction de l'Université et ils étaient nombreux à vouloir voir des têtes rouler. On admettait mercredi matin à l'UQTR qu'on ait pu commettre des erreurs, mais on faisait en même temps ressortir que le rapport ne relève aucun cas de malversation, ni scandale, ni collusion. L'Unité permanente anti-corruption n'a d'ailleurs donné aucune suite à ce jour aux investigations menées à l'université.

Malgré certaines lignes corrosives du rapport de la vérificatrice générale, c'est probablement davantage le climat guerrier persistant, entre l'actuelle haute direction et des membres de la communauté universitaire et d'anciens hauts dirigeants malmenés qui a mis la table aux démissions forcées de mercredi... et à d'autres qui ne manqueront pas de venir. Même si elle ne le soupçonnait pas, ou qu'elle ne voulait pas le voir ainsi, la situation était devenue empoisonnée pour la rectrice Ghazzali.

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