CHRONIQUE

Lévesque ne jouera pas seul à Batman

Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque.... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Yves Lévesque s'est présenté au congrès de l'Union des municipalités du Québec en brandissant de nouveau sa menace de quitter l'organisme s'il lui apparaissait que ne sera pas réglé dans les prochaines semaines, comme convenu, le nouveau pacte fiscal du gouvernement avec les municipalités du Québec.

Il a d'ailleurs entre-temps retenu la moitié de la cotisation annuelle de la Ville de Trois-Rivières à l'UMQ. Mais pour ce qu'on en observe depuis l'ouverture des assises jeudi, on ne lui a pas répliqué en coupant en conséquence, ou en représailles, de moitié son droit de parole.

On peut douter qu'il en arrive à mettre à exécution sa menace. De la rappeler, à la veille de l'ouverture du congrès, lui a sans doute permis d'attirer un peu l'attention, de prendre une certaine importance dans les corridors du congrès et de détourner sur lui une parcelle de l'intérêt médiatique qui est accordé à l'événement.

On ne va pas lui reprocher d'être cohérent avec les sorties virulentes qu'il avait faites cet automne après que l'UMQ eut signé avec le gouvernement, en présence euphorique des maires de Québec et de Montréal, un pacte fiscal provisoire qui ponctionnait les municipalités du Québec de 300 millions $ pour l'année en cours. Ce qui signifiait un manque à gagner de 3,8 millions $ à la Ville de Trois-Rivières.

La colère du maire de Trois-Rivières s'était transposée sur l'Union des municipalités, même si cette dernière se défendait, comme l'avait aussi regretté le maire Michel Angers, de Shawinigan, qui siège à l'exécutif de l'organisme, d'avoir dû signer le pacte «le couteau sur la gorge». Quelques maires publiquement, mais beaucoup discrètement, avaient apporté leur appui et leur encouragement à Yves Lévesque et partager sa frustration d'une UMQ jugée insuffisamment revendicatrice et peu encline à passer aux affrontements épiques avec le gouvernement.

L'idée d'une scission au sein de l'UMQ, dont Yves Lévesque était pointé comme le leader, avait beaucoup circulé. C'est pour calmer le jeu qu'on avait finalement consenti à adopter une résolution sommant l'UMQ de renouveler le pacte fiscal à la satisfaction des municipalités avant la fin du mois de juin.

On comprend que malgré les belles paroles du premier ministre Philippe Couillard, toujours maître dans l'art d'enrober de mots conciliants des promesses qui seront longues à être tenues, les municipalités du Québec sont encore loin de se faire concéder de Québec de nouvelles règles pour une fiscalité progressive à long terme. Il a suffi d'un sec «c'est déraisonnable» du ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, pour que l'état d'esprit gouvernemental soit clair. L'idée d'obtenir en leur faveur l'équivalent d'un point de taxation de l'actuelle TVQ, qui faisait plein de bon sens et d'équité, rejetée sur le champ par le gouvernement doit bien avoir ouvert les yeux aux élus municipaux. S'ils veulent les ouvrir.

Car en ce moment, on voit bien des récriminations à profusion sortir du congrès de Montréal, une rhétorique d'abondance, mais si les langues se font aller, on n'entend pas le bruit des sabres qu'on aiguise dans les rangs municipaux en vue d'un affrontement à finir avec le gouvernement. Le premier ministre a promis un partenariat d'égal à égal et le dépôt à l'automne 2016 d'un projet de loi qui reconnaîtrait aux municipalités le statut de gouvernement de proximité qu'elles réclament. De quoi induire une somnolence légère chez les élus municipaux.

Pendant ce temps, on a déjà fait sauter au congrès le «dead line» de fin juin qu'on avait voulu imposer au gouvernement pour la conclusion du nouveau pacte fiscal. Si les choses vont bien, ça pourrait se régler avant la fin du mois d'août. De quoi en principe justifier Yves Lévesque de passer aux actes.

Sauf qu'à la différence de l'automne, on n'entend pas de maires partager publiquement ses sommations à l'UMQ et il est toujours le seul à y avoir siégé à rabais. Trois-Rivières, par contre, n'est plus représentée au sein du conseil d'administration.

S'il claquait la porte à la fin du congrès, la file ne serait pas longue derrière lui. On va s'occuper de lui susurrer dans les oreilles que «Yves, tu as bien raison, mais on a besoin de toi, de ta solidarité».

Sans compter qu'avec un surplus déclaré de 14,25 millions $, c'est assez embêtant de crier que le pacte fiscal a mis sa ville dans le trou.

Et puis l'opération séduction avait déjà été amorcée il y a un mois par la présidente de l'UMQ, Suzanne Roy, lors de son passage à Trois-Rivières. Elle avait fait un éloge presque dithyrambique du maire Lévesque. Jeudi, à l'assemblée générale du caucus des grandes villes, il votait en faveur d'une résolution qui la félicitait pour son discours d'ouverture et l'appuyait pour sa seconde année de mandat. Trois-Rivières va rester dans l'UMQ... et payer sa cotisation.

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