CHRONIQUE

L'annus horribilis de Comsep

L'année 2015 en est une pénible pour Comsep.... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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L'année 2015 en est une pénible pour Comsep.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

C'est comme si la maison brûlait une seconde fois. À cette différence que le feu ne l'a pas embrasée d'un seul coup. De la fumée s'échappe d'un peu partout de la Maison de la Solidarité, parce qu'on y a multiplié les fagots. Il faut inlassablement courir à gauche et à droite pour les éteindre. Mais il y en a toujours un nouveau qui surgit, qu'on n'avait, comme les autres, pas vu s'allumer.

En 2004, le bâtiment ancien qui abritait Comsep sur le boulevard du Saint-Maurice à Trois-Rivières a brûlé en une nuit. Aujourd'hui, la Maison de la solidarité, sur la rue Saint-François-Xavier, dans laquelle l'organisme communautaire s'est réinstallé, n'est pas la proie de flammes visibles. C'est plutôt les services que Comsep y rend à la population la plus démunie de notre communauté qu'on brûle à petits feux. C'est plus sournois, moins visible, mais tout autant destructeur.

Au point que l'organisme, qui était toujours parvenu à éviter les campagnes publiques de collecte de fonds vient de s'y résigner, le couteau sur la gorge, pour tenter d'éponger un déficit de 47 000 $ qui pourrait atteindre 75 000 $ en 2015-16.

«Une année catastrophique», commentera la coordonnatrice Sylvie Tardif. Annus Horribilis!

Encore faut-il savoir que pour éviter que le déficit ne soit pas plus élevé, c'est à coups de coupes dans tout, de réduction d'heures de travail, de non remplacement de membres du personnel, mais inévitablement aussi de réductions de services, qu'il a fallu frapper pour y arriver. Et, si rien ne change, la manche à venir, si on veut équilibrer les prévisions de dépenses et de revenus pour la nouvelle année financière, qui commence dans un mois, sera beaucoup plus rude encore. On a passé en revue tous les postes budgétaires, dans leurs moindres détails, pour voir ce qui pourrait être retranché sans causer de dégâts. «On nous réplique de faire plus avec moins. Mais de faire moins avec moins encore», s'est désespérée l'autre coordonnatrice, Marie-Josée Tardif. La question qui s'est souvent posée ces derniers temps, c'est quelle est la facture dont on pourrait retarder le paiement.

Il était difficile de parer les coups car, et plusieurs s'en rappellent, le premier ministre Philippe Couillard avait publiquement assuré que les mesures «d'austérité» qu'imposerait son gouvernement épargneraient les plus vulnérables de notre société. On ne pouvait qu'applaudir à ce qui apparaissait comme un minimum de compréhension et de compassion. On pourrait ajouter de conscience sociale responsable. Le député de Trois-Rivières et ministre régional, Jean-Denis Girard, enhardi par de telles intentions exprimées par son chef avait lui aussi promis que le secteur communautaire ne serait pas touché.

Les deux hommes auraient intérêt à faire une visite des locaux de Comsep. La liste était longue hier des aides financières habituelles réduites ou abolies, des programmes de toutes sortes revus à la baisse ou retouchés d'une manière telle qu'ils ne s'appliquent maintenant qu'à peu de personnes. Ils y découvriraient des locaux de plus en plus silencieux, jusque-là fréquentés par plein de monde aux moyens courts, à qui on venait en aide de multiples façons, selon les besoins de chacun, qui sont très variés, on s'en doute.

Quand bien même on voudrait sensibiliser le gouvernement à la situation, on ne répond plus aux sonnettes d'alarme à Québec. Outre le ministre Girard, qui reste impuissant, il est devenu impossible de rencontrer un ministre responsable d'un dossier qui touche Comsep, pas même un attaché politique. Quand on refuse de voir les ravages qu'on cause, on peut se convaincre moralement qu'il n'y en a pas.

Non seulement Comsep a été et sera sévèrement affecté par les compressions gouvernementales qui le frappent de tous bords, mais les revenus de location d'une partie de ses locaux à d'autres organismes sont aussi en chute libre, parce qu'eux aussi condamnés à l'indigence publique ou simplement parce qu'ils ont été carrément éliminés, comme le Forum jeunesse Mauricie peut en être un.

On servira du spaghetti jeudi midi, sans façon, à la bonne franquette, pour ramasser des fonds de survie. Puis vendredi, à différentes intersections de la ville, des bénévoles tendront des petites banques dans l'espoir de les remplir de dons.

Quand on pense que la Mauricie, les statistiques nous le rappellent, est l'une, souvent même la plus dépendante de l'aide sociale des régions du Québec, donc la plus pauvre et que la «rigueur» gouvernementale pousse beaucoup d'autres gens vers le chômage et la nécessité, on devrait comprendre qu'il faut resserrer l'ultime filet social, celui du bas, celui que des organismes comme Comsep pouvaient encore tendre, même si c'était à bout de bras épuisés. Pas en écartiller les mailles.

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