PKP: un dopage encore faible

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) Même si les militants du Parti québécois voudraient s'en doper beaucoup, les résultats d'un premier coup de sonde par la firme Léger Marketing après l'élection de leur nouveau chef Pierre Karl Péladeau laissent paraître que leur buzz n'est pas aussi élevé dans la population qu'ils le ressentent.

Bien sûr, après le démoralisant échec électoral de l'an passé et des sondages démobilisants à répétition depuis, d'apprendre que s'il y avait eu des élections générales au Québec au cours du week-end, le Parti québécois aurait légèrement coiffé les libéraux de Philippe Couillard, c'est un bon euphorisant.

Il faut cependant admettre qu'avec 34 % des intentions de vote contre 32 % aux libéraux, ça reste un peu court. C'est par rapport aux anciens chefs portés à la tête du PQ, comme Pauline Marois ou André Boisclair, et même à d'autres formations politiques comme François Legault, à la CAQ, un élan de départ qui impose la modestie.

Mais comme le sondage a été mené dans les heures qui ont suivi l'élection du nouveau chef péquiste, il se peut que le plein de popularité n'ait pas encore été fait. Bien que la victoire de PKP a été loin de constituer une surprise, que c'est une personnalité publique déjà largement connue des Québécois et à laquelle la course à la direction de son parti a apporté une très grande visibilité additionnelle.

On ne peut pas dire qu'il persiste une grosse part d'inconnu ou de mystère dans le personnage, tant sur le plan de son passé d'homme d'affaires, de son tempérament ou de ses idées politiques, au moins en ce qui a trait à son désir de réaliser l'indépendance du Québec. S'il n'a pas joui, de prime abord, d'une poussée d'affection aussi forte que celle qui est généralement réservée à leur arrivée aux nouveaux chefs de parti, les militants péquistes, sans être justifiés de trop célébrer, peuvent quand même trouver dans ce sondage plusieurs points de réjouissances et d'encouragement.

D'abord, avec 34 % des intentions de vote et une CAQ en régression à 20 %, cela aurait été suffisant pour déloger les libéraux et reprendre un pouvoir, presque majoritaire. Cela aurait aussi été suffisant pour «rembleuir» la Mauricie. Selon le site de projections

«Si la tendance se maintient», Champlain, Maskinongé, Saint-Maurice et Trois-Rivières seraient redevenues péquistes. Seule Julie Boulet, dans Laviolette, comme ce fut souvent son lot dans le passé, aurait réussi une fois de plus à préserver son siège et Donald Martel aurait gardé sa circonscription de Nicolet-Bécancour, mais à l'intérieur d'un gang caquiste décimé.

Sauf que si en politique, six mois c'est une éternité, on n'ose imaginer ce que peut représenter trois ans et demi avant les prochaines élections provinciales. Tous les scénarios demeurent vraisemblables.

Ce premier sondage permet surtout de dégager une première tendance de l'électorat. Le Parti québécois a regagné des appuis au détriment des libéraux et de la CAQ. L'appel au ralliement des forces souverainistes n'a pas été entendu, du moins pas encore, dans les rangs de Québec solidaire, qui résiste avec 10 % des intentions de vote. C'est quand même là que réside un déterminant dixième de l'électorat souverainiste. Mais on comprend qu'il sera difficile à ces militants de se laisser séduire par le discours économique aux sensibilités de libre entreprise de Péladeau.

Par contre, la CAQ, comme on le soupçonnait, est déjà attaquée dans ses flancs. La première bataille du nouveau chef péquiste ne sera pas la lointaine échéance électorale, mais de parvenir à constituer entre-temps la plus crédible et presque unique force d'opposition aux libéraux. Il ne faut pas trop s'inquiéter avec PKP pour le Parti libéral du Québec, qui dispose de la base électorale la plus stable. En vingt ans, le Parti québécois a cependant graduellement perdu près de 700 000 électeurs ce qui correspond à peu près aux gains de la Coalition avenir Québec. On voit que c'est à Québec solidaire, mais surtout à la CAQ que sont allés se réfugier les blasés du PQ.

Le nouveau chef peut quand même se réjouir de profiter d'un momentané état de grâce. Car outre sur les questions de santé, Pierre Karl Péladeau inspire en ce moment plus confiance que Philippe Couillard dans tous les autres domaines, même dans sa capacité à réduire l'écart entre les riches et les pauvres, ce qui est étonnant. Une gauche sans doute un peu caviar, mais il y en a (de la gauche) dans la perception que se fait la population du nouveau chef péquiste. Et en politique, c'est la perception qui compte.

Il faudra attendre aux élections fédérales de l'automne pour mesurer l'effet PKP sur les troupes souverainistes. Si l'espoir est vraiment ranimé, il leur sera difficile de ne pas chercher à mettre la table avec un vote bloquiste fortement reconstitué.

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