Aidons Bombardier, sauf que...

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) L'annonce jeudi matin de la suppression de 1750 emplois par le groupe Bombardier, dont un millier au Québec à son usine de Dorval, a eu l'effet d'une violente secousse sismique.

C'est en de tels termes que les principaux analystes économiques se sont empressés de commenter la nouvelle et on a tout de suite vu des membres du gouvernement, premier ministre Philippe Couillard en tête, s'émouvoir et sympathiser avec l'entreprise et ses employés éventuellement licenciés.

On peut comprendre ces réactions, quand on connaît l'importance qu'a toujours occupée Bombardier dans l'imaginaire collectif industriel du Québec. C'est un des plus grands fleurons industriels, qui se bat à travers le monde dans ce marché hautement technologique qu'est celui des avions d'affaires, mais aussi durement concurrentiel, et où il est malgré tout parvenu à être dominant. C'est une des grandes vitrines internationales du génie québécois.

On s'est surtout beaucoup ému de la perte d'un millier d'emplois qu'on a qualifiés de qualité. Et tout de suite, on a évoqué la nécessité que les gouvernements interviennent et apportent leur aide financière pour aider l'entreprise à se tenir à flot et à recréer les emplois dont elle est contrainte pour l'instant de se délester.

On ne peut, comme tout le monde, qu'éprouver de l'empathie devant une telle situation. L'économie de la région de Montréal en sera durement éprouvée. On sait de quoi on parle car on en a ici une bonne idée parce qu'on a subi il y a moins de trois ans un tel choc avec la fermeture brutale de la centrale nucléaire Gentilly 2.

L'arrêt des travaux de remise à niveau de la centrale, qui auraient prolongé de trente ans sa mise en exploitation, a fait perdre 800 emplois à long terme, aussi qualifiés de qualité, comparables à ceux de Bombardier à son usine de Dorval.

On veut bien accepter que c'est un «séisme» à Montréal, comme on l'a dit. On peut cependant regretter qu'on n'ait pas en 2012 manifesté le même élan national de compassion quand il a été décidé de fermer Gentilly-2. Au contraire, dans bien des milieux, on a plutôt applaudi, et plus chaudement qu'autrement, à cette décision gouvernementale. Car la centrale n'a pas été fermée par des forces obscures et étrangères, en raison d'un marché international implacable en trop faible croissance, mais par notre gouvernement.

Huit cents emplois, dans l'agglomération de Trois-Rivières-Bécancour, qui en compte actuellement 72 400, cela représentait une dramatique saignée de 9 % dans la force de travail. À Montréal, où l'on dénombre un peu plus de 2 millions de personnes au travail, l'impact négatif sur l'emploi des suppressions à venir de Bombardier équivaudra à 0,05 % du marché du travail.

Est-ce qu'on peut admettre que la douleur n'est pas la même? Mais Montréal, c'est Montréal. Alors que les régions... c'est comme des colonies. C'est loin, loin, loin. Pour compenser son choix, le gouvernement du Québec a créé pour la Mauricie et le Centre-du-Québec un fonds compensatoire de reconversion économique de 200 millions $, étalé sur cinq ans. Est-ce que Québec pourrait proposer quelque chose de semblable pour la région de Montréal, même s'il n'est pas responsable des ennuis de Bombardier et que les pertes d'emploi annoncées ne pourront signifier un effondrement de l'économie métropolitaine?

Le gouvernement fédéral, qui ne s'est évidemment jamais senti concerné par la fermeture de Gentilly et de ses douloureuses conséquences sur l'économie régionale, pas plus qu'il n'a exprimé de sensibilité pour les 2000 victimes de la pyrrhotite, devrait aussi aller au secours de Bombardier. Il l'a déjà fait dans le passé et il serait assez gênant, quoique la gêne ne l'embarrasse pas, de ne pas intervenir pour préserver une industrie aéronautique forte au Québec quand il s'est précipité pour soutenir l'industrie de l'automobile en Ontario, en devenant même actionnaire de GM.

Personne ne va s'opposer à ce que nos gouvernements soutiennent Bombardier. On pense qu'ils ont le devoir de le faire. Ne serait-ce que parce que to big to fail. Sans compter que beaucoup plus d'emplois seront perdus chez les fournisseurs et sous-traitants, dont un certain nombre sont en région. Qu'on pense à des entreprises de Shawinigan comme Delastek, Placeteco ou Kongsberg qui font régulièrement affaire avec Bombardier. Heureusement, dans le cas de Delastek, présentement en conflit de travail, le gros contrat de 100 millions $ obtenu en janvier de Bombardier ne provenait pas de la division aéronautique, mais de celle des Produits récréatifs.

Autrement, l'entreprise de Valcourt n'a jamais installé de production dans la région. Ce qui explique pourquoi il y avait eu beaucoup de résistance à ce que le tronçon nord de l'autoroute 55 puisse s'appeler l'autoroute J.-Armand-Bombardier, plutôt que de l'Énergie, comme c'est le cas.

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