L'inconfort assassin de la rectrice

Nadia Ghazzali... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Nadia Ghazzali

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Il faut bien admettre que la rectrice de l'Université du Québec à Trois-Rivières, Nadia Ghazzali, se retrouve aujourd'hui dans la situation la plus inconfortable que l'on puisse concevoir.

Elle a pu prendre connaissance du rapport préliminaire de la vérificatrice générale du Québec sur la gestion et la gouvernance de l'université, dont elle est la première répondante, sans pouvoir le commenter pour l'instant de quelque façon que ce soit. Ce qui n'empêche pas qu'alentour, chacun puisse y aller de ses impressions sur ce qu'il peut contenir qui lui serait défavorable.

Répliquer aux inexactitudes, comme elle le suggère, qui peuvent en être répandues, pour diverses raisons ou simplement par présomption, la forcerait à briser son obligation de réserve, ce qui ne ferait qu'alourdir les critiques qui sont diffusées à son endroit.

L'Unité permanente anticorruption a-t-elle débarqué à l'UQTR il y a presque un an sans se manifester par la suite, sans exécuter de perquisitions ni même réclamer de documents complémentaires, cela pourrait normalement laisser comprendre que c'est parce qu'il n'y avait finalement pas matière à poursuites. La rectrice Ghazzali avait à peine tenté de l'interpréter ainsi, pour s'enlever au moins cette épine du pied, qu'on lui rappelait à l'UPAC qu'un dossier n'est jamais fermé et que même s'il n'y a pas eu de mouvements additionnels de sa part, on ne pouvait pas en conclure pour autant qu'il n'y en aurait pas éventuellement.

La rectrice n'a donc eu d'autre choix encore là que le mutisme et comme rien ne peut être dissipé par elle ou par l'UPAC, toutes les hypothèses, même les plus sombres, restent permises et dans certains cas, encouragées par ceux qui nourrissent de la rancoeur à son endroit, et comme on le sait, il y en a.

Elle est convoquée par la présidente de l'Université du Québec, Sylvie Beauchamp. La teneur des échanges est sous le sceau de la confidentialité. Par éthique professionnelle, la rectrice ne peut en dévoiler quoi que ce soit et Mme Beauchamp, dans le même esprit, a décliné l'invitation du conseil d'administration de l'UQTR de venir expliquer pour quelles raisons elle l'avait convoquée.

Un néant qui stimule encore une fois toutes les présomptions qu'on veut bien entretenir. N'empêche que cette fois, quelques échos de la discussion seraient parvenus à des journalistes qui ont fait état de bris de confiance à l'endroit de la rectrice, qu'on aurait même invitée diplomatiquement à quitter d'elle-même ses fonctions. Mme Ghazzali a plutôt répliqué qu'elle était toujours rectrice de l'UQTR et qu'elle entendait compléter son mandat qui se terminera dans deux ans.

Sauf que cette fois, si des journalistes ont été mis au parfum du dossier, c'est qu'on assiste à du coulage calculé de renseignements sensibles. Et si c'est le cas, il devient difficile de ne pas en déduire qu'on est en train de préparer les esprits pour pousser la rectrice et peut-être d'autres de ses proches collaborateurs, vers la sortie.

Sur le plan politique, on ne lui constate pas beaucoup d'appuis. La députée d'Arthabaska, Sylvie Roy, marraine de la Mauricie pour la CAQ, mais qui jouit surtout d'un solide réseau de relations à Trois-Rivières, où elle a déjà pratiqué le droit, a multiplié les interventions à l'Assemblée nationale. Ce ne fut jamais pour défendre la rectrice ou l'actuelle haute direction de l'UQTR. Au contraire, la députée réclame la mise en tutelle de l'UQTR.

On ne peut pas dire par ailleurs que le ministre de l'Éducation a cherché à calmer le jeu. Il a plutôt prévenu qu'il allait agir «rapidement» après le dépôt officiel de la vérificatrice générale en rappelant que le Conseil des ministres a autorité pour révoquer le mandat d'un recteur de l'Université du Québec. S'il n'a pas pris connaissance du rapport préliminaire de la VG, le moins qu'on puisse dire c'est que pour lui, la cause est quand même déjà entendue.

Même s'il serait surprenant qu'on puisse faire état de malversations, de fraudes ou de quoi que ce soit de cette nature, on relève toujours dans les rapports de la vérification générale du Québec des manquements à quelque chose, des erreurs d'appréciation, des façons de faire discutables ou à revoir. Autant de poignées auxquelles peuvent s'accrocher ceux qui s'impatientent de lancer des hauts-cris.

Dans le cas de l'UQTR, certains contrats accordés à des professionnels pour le futur pavillon du campus de Drummondville, qui ont semblé un peu trop profilés aux yeux de certains en faveur de firmes de la place, pourraient se révéler le noeud gordien.

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