CHRONIQUE

Ingénieurs de Gentilly-2: plutôt les payer à ne rien faire?

Gentilly-2.... (Photo Archives: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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Gentilly-2.

Photo Archives: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

On pourrait espérer qu'à force de frapper sur ce même gros clou, le député caquiste de Nicolet-Bécancour, Donald Martel finira bien par l'enfoncer. On veut le croire, Tout le monde dans la région le souhaite très fort.

Mais on peut en même temps se demander si c'est avec un marteau qu'il pourra y arriver. Car devant l'indifférence signifiée jusqu'ici par Hydro-Québec, c'est plutôt avec une masse que devrait attaquer le député Martel.

Il est revenu encore une fois mercredi matin à la charge en présentant une motion à l'Assemblée nationale pour que la société d'État établisse sur le territoire de Bécancour un centre d'expertise en ingénierie. La motion a été accueillie à l'unanimité des parlementaires. Le problème, c'est que ça risque encore une fois de ne rien changer. Il est facile de se proclamer pour la vertu et de ne pas s'en préoccuper dans l'instant d'ensuite.

Le gouvernement, même si c'est le précédent, ne s'était pas enfargé dans les fleurs du tapis pour décréter la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2. On ne voit pas pourquoi l'actuel gouvernement serait impuissant à contraindre Hydro-Québec, ne serait-ce qu'en bon sens économique, à créer un tel centre d'expertise. Il reste encore sur le site de la centrale en déclassement 74 ingénieurs confinés dans des roulottes à ne strictement rien faire.

On se scandalise dans certains milieux de cette situation, parce qu'il y a là pour Hydro-Québec une dépense aussi importante qu'inutile. Le scandale, c'est que pendant ce temps, la société d'État confie en externe des travaux d'ingénierie à des firmes indépendantes, souvent même à d'anciens ingénieurs retraités. On pourra se défendre qu'Hydro-Québec n'a pas le choix, puisqu'en vertu de leur convention de travail, elle ne peut forcer ces ingénieurs à occuper un poste permanent au-delà d'un rayon de 45 kilomètres. Mais cela ne peut excuser son recours à de la sous-traitance.

C'est plus facile de payer en double et peut-être même au-delà que de faire preuve d'un peu de créativité et d'un minimum de sens pratique en utilisant les ressources disponibles à l'interne. Il est vrai que pour cela, il faudrait admettre que l'idée proposée par le Syndicat professionnel des ingénieurs d'Hydro-Québec lors de la commission parlementaire qui avait fait suite à la fermeture de la centrale était brillante et qu'Hydro-Québec, ne serait-ce que par équité sociale pour les dégâts causés à la communauté par sa décision, y donne suite.

La suggestion des ingénieurs d'Hydro-Québec avait d'ailleurs été chaudement reçue par tous les parlementaires qui siégeaient à la commission, un des rares cas d'unanimité. Il y avait à ce moment-là 150 ingénieurs qui travaillaient à Gentilly qu'on allait devoir reclasser. Pour faire passer leur mauvaise pilule, les hauts-dirigeants d'Hydro-Québec, Thierry Vandal en tête, avaient promis de favoriser la région, et particulièrement Bécancour, dans leurs nouveaux projets. Malgré les pressions venues par la suite du milieu socio-économique et les relances multiples du député Martel, jamais Hydro-Québec n'a encore levé le petit doigt pour favoriser la région, en quoi que ce soit.

Au contraire, c'est à Drummondville qu'elle a installé son Centre de transfert de données en invoquant des règles sorties d'on ne sait où, si ce n'est qu'elles avaient comme conséquence d'éliminer, «comme par hasard», Bécancour et Trois-Rivières comme sites potentiels d'accueil du projet.

Pendant ce temps, on s'est empressé de démolir les bureaux administratifs de la centrale, en très bon état et qui auraient parfaitement pu convenir pour y installer le centre d'expertise en ingénierie. On s'est aussi dépêché de brader les unités mobiles récentes dont on disposait sur place, ce qui a fait le bonheur des repreneurs, pour leur en substituer de nouvelles, mais louées, afin d'y faire jouer aux cartes ou jongler ses 74 ingénieurs déclassés comme leur centrale.

C'est un comportement très irrationnel et une attitude irresponsable de la part d'Hydro-Québec qui ne surprend plus grand monde. Mais que ce soit pour payer des primes de départ colossales et des retraites dorées à ses hauts-dirigeants, même s'ils quittent en cours de mandat, comme ce fut le cas récemment avec Thierry Vandal, ça n'a pas d'importance. «Money is no object». L'argent n'est pas un problème quand on n'a qu'à hausser les tarifs pour que l'argent rentre et que les bénéfices apparaissent.

Hydro-Québec ne se sent aucune obligation morale de compensation pour la fermeture inopinée, sur la base de chiffres tronqués, dans un rapport que personne n'a osé signé, de la centrale.

Avantageux ou pas, non polluant ou pas, on ne voulait plus du nucléaire, point final. Le seul cadeau d'Hydro-Québec à Bécancour, ce ne sera finalement que les déchets nucléaires produits pendant 30 ans qui vont devoir patienter à Gentilly pendant encore cinquante ans, avant qu'on puisse en disposer.

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