CGI: on ne touche pas du bois, c'est vrai

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) S'il lui arrive de revenir à Shawinigan, dans deux ou trois ans tout au plus, le satirique Sugar Sammy sera contraint de modifier son répertoire de gags crunchies sur la ville.

Il y a tout lieu de croire qu'il ne reconnaîtra plus cette 5e Rue qui l'avait tant inspiré pour son dernier spectacle, pas tellement parce qu'elle s'appellera alors la rue Jean-Chrétien, mais parce qu'elle sera grouillante d'activités et remplie d'une «faune» bigarrée qui lui donnera l'impression de se retrouver en territoire cosmopolite.

Il y croisera bien sûr encore quelques personnes âgées tirées par la laisse de leur petit chien, mais l'allure générale de la clientèle urbaine sera radicalement changée.

C'est ce à quoi il faut s'attendre avec l'installation en plein centre-ville de la firme CGI, dont on inaugurait les bureaux hier matin.

«Les sceptiques sont confondus», s'est fièrement exclamé le ministre de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations, Jacques Daoust. Il y avait en effet du scepticisme en octobre, au lendemain de l'annonce de l'implantation d'un cinquième centre international d'excellence au Québec, mais le 30e de CGI dans le monde. La promesse qu'on pourrait y embaucher jusqu'à 300 employés avait laissé dubitatifs bien des analystes, même si c'était le premier ministre en personne, Philippe Couillard, qui avait procédé à l'annonce, accompagné du président de CGI, Serge Godin et du ministre Daoust.

«Qui viendra travailler à Shawinigan?», avait même demandé un journaliste de la presse nationale, traduisant un doute élevé sur la capacité d'une ville comme Shawinigan d'attirer des travailleurs de niveau, mais trahissant surtout ce qui avait été perçu comme un certain mépris de sa part à l'endroit de la ville. Ce qui avait bien sûr provoqué bien des irritations. C'est un peu à cela que répondait hier le ministre Daoust, quand il a parlé des sceptiques, une formule que s'est empressé de reprendre le maire Michel Angers.

Il n'y a pas encore 300 employés à Shawinigan. En fait, il n'y en a qu'une vingtaine. Il s'en ajoutera une quinzaine d'autres dès le mois de mai et on pense en compter une cinquantaine à la fin de l'année. Le centre CGI de Shawinigan grossira au fur et à mesure des contrats. Il y en a déjà en cours d'exécution au Québec, au Canada, mais aussi aux États-Unis et même en Europe. Une progression qui devrait être à l'image de ce qui s'est passé à Saguenay et à Sherbrooke où CGI fait aujourd'hui travailler 700 personnes, plus que les prévisions de départ.

Il fait peu de doute que CGI y croit car ses bureaux de la Place du Marché sont déjà parfaitement aménagés pour recevoir plus d'une centaine d'employés et lorsque les besoins s'en feront sentir, les possibilités d'agrandissement sont déjà prévues. Tout le monde a reconnu que CGI avait agi avec beaucoup de rapidité. Sans dire que l'annonce d'octobre dernier avait été improvisée, elle était totalement inattendue car le tout s'était réglé en seulement trois semaines. CGI, c'était la réponse du nouveau gouvernement du Québec à l'immense cri désespéré qu'avait lancé Shawinigan en apprenant la fermeture de l'usine Laurentide. Des milliers de Shawiniganais étaient descendus dans la rue pour exprimer leur désarroi et le maire Angers réclamait une aide exceptionnelle d'urgence de 20 millions $ pour relancer son économie,

Un message qui s'était rendu car au caucus du gouvernement dans Charlevoix, le premier ministre avait exposé la situation critique de Shawinigan. Le ministre Jacques Daoust avait répondu avec son Groupe tactique d'intervention économique, un genre de Swat économique. Il avait surtout relancé son vieil ami Godin qui caressait le projet d'un nouveau centre d'excellence au Québec.

Québec n'a pas manqué de générosité à l'endroit de CGI, car il a consenti un crédit d'impôt de 6 % du salaire, jusqu'à 25 000 $ par année, par emploi, pendant 13 ans. Ce qui pourrait représenter au total 98 millions $. Comme cela s'est fait ailleurs. Par contre, CGI profitera en surplus de 18 millions $ provenant du Fonds de diversification économique.

Shawinigan sera transformée, mais c'est la Pointe-à-Bernard qui deviendra méconnaissable. Un jeune propriétaire immobilier, qui avait acquis quelques propriétés à logements dans le secteur, était au bord du découragement, il y a à peine quelques mois. La clientèle locative était rare et, en plus, de qualité déclinante. Sa confiance dans l'avenir de sa ville qui l'avait incité à investir dans l'immobilier s'était effondrée.

Il y a trois semaines, il était fou de joie quand un jeune couple péruvien s'est présenté pour lui louer un logement. Il en a depuis loué deux autres à des Péruviens et un quatrième à une petite famille de Brésiliens. Toutes des personnes qui travaillent chez CGI.

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