Pas de colisée, peut-être pas de CERAS

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) Le projet d'un colisée de 5000 places sur le campus de l'Université du Québec à Trois-Rivières, on pouvait le constater à vue, battait sérieusement de l'aile. On peut comprendre qu'avec les résultats de la consultation de l'Intersyndicale des personnels menée auprès des professeurs, des employés de soutien, des chargés de cours et du personnel professionnel, l'oiseau est maintenant complètement déplumé.

S'il y a une commune entente dans les quatre regroupements syndicaux sondés, c'est qu'on ne veut, très majoritairement, rien savoir d'un tel projet. C'est à 72 % qu'on s'est dit défavorable, mais surtout très défavorable, à la construction de cet amphithéâtre. Évidemment, dans les considérants qui précédaient la question, on prenait un peu pour acquis que le Centre d'excellence régional académique et sportif qui y était rattaché, pourrait être quand même réalisé.

Il aurait en effet été difficile à la communauté universitaire de rejeter l'important volet académique du projet. On s'est donc raccroché à la volonté déjà exprimée par la direction de l'université de passer à son plan B, c'est-à-dire de mener quand même à terme le projet de CERAS, avec des installations plus modestes, advenant son retrait du dossier de colisée ou de son abandon par la Ville de Trois-Rivières au profit du District 55, qui semble déjà de toute façon avoir complètement séduit le maire Yves Lévesque.

C'est vrai que la rectrice Nadia Ghazzali a réitéré en quelques occasions une telle volonté. Mais on n'a pas entendu le président du conseil d'administration de l'UQTR, Yves Tousignant, exprimer une telle intention avec beaucoup de conviction. Au contraire, il admettait cet automne que ce plan B lui apparaissait encore très embryonnaire, rappelant que l'université avait déjà possédé son équipe de football, que ça avait coûté cher et que ça ne s'était pas révélé très productif, comprendre avantageux, pour l'institution.

Ce qui faisait la force du CERAS, dans sa forme originale, c'est qu'on disposait de la subvention promise à la ville de 26,8 millions $ pour la partie colisée, que la Fondation de l'UQTR allongeait 6 millions $ additionnels et qu'avec les ententes de location avec la Ville de Trois-Rivières et celles avec les deux collèges et la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, l'université pouvait prétendre construire le complexe et surtout l'opérer à coûts nuls. Malgré tous ses efforts, la direction de l'UQTR n'est jamais parvenue à rallier sa communauté derrière son projet.

On pourrait dire que tous les prétextes ont été bons pour signifier son opposition à cet investissement. Les stationnements qui débordent déjà et qui pourraient devenir encore plus problématiques, les arbres qu'on allait devoir couper, même si on offrait d'en replanter autant, tout y est passé. Mais surtout, le contexte de compressions budgétaires «sans précédent dans les annales universitaires québécoises» aurait angoissé au plus haut point les employés de l'université. Il est vrai qu'avec des coupes dans le budget de fonctionnement qui atteindront 7,5 millions $ en 2014-15, qui forcent à tout revoir et à tout comprimer, il a pu s'installer dans la place une insécurité généralisée.

Que les budgets d'immobilisation et de fonctionnement ne soient pas communicants, donc en principe sans rapport, n'a pas suffi à apaiser les craintes sur le campus.

Il y a toutefois lieu de se demander si le projet de l'amphithéâtre sportif n'a pas avant tout servi de prétexte à l'opposition même pas larvée qui s'est manifestée à l'université à l'endroit de la nouvelle direction, pour lui créer un embêtement majeur de plus.

D'ailleurs, la députée caquiste d'Arthabaska a réclamé à quelques reprises à l'Assemblée nationale la mise en tutelle de l'UQTR sans qu'il y ait de réaction de solidarité de la part de la même Intersyndicale à l'endroit de cette direction.

La seule promesse d'un CERAS, avec chaires de recherche et enseignement spécialisé, rattaché au projet de colisée, aurait normalement dû soulever l'enthousiasme de la communauté universitaire, car cela était susceptible de lui apporter certaines garanties d'avenir.

Il suffit de regarder la baisse marquée des inscriptions dans la plupart des collèges du Québec, dont celui de Trois-Rivières, pour comprendre que cela va se refléter dans les années qui viennent sur la clientèle universitaire. Les universités vont se battre pour préserver leurs effectifs étudiants, et il n'est pas dit que l'UQTR, qui est la plus grosse des petites universités, mais aussi la plus petite des grosses, sera en mesure de livrer bataille, sans nouveau projet pédagogique de niche, aux grandes universités.

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