De Tilly: vision ou mirage?

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) S'il affiche tous les titres, tous les mérites et tous les hommages qui sont venus à un moment ou l'autre émailler sa longue carrière professionnelle, il va peut-être manquer de murs pour les y accueillir dans le bureau du nouveau directeur général d'Innovation et développement économique de Trois-Rivières, Mario De Tilly.

En présentant hier matin à la presse celui qui sera désormais le grand patron du bras de développement économique de la ville, le maire Yves Lévesque n'était pas peu fier de sa prise.

Après avoir précisé que l'ingérence des élus dans les départements et les différents services de la ville était «la pire des affaires», le maire Lévesque s'est empressé dans le même souffle de raconter qu'il s'était lui-même transformé en «chasseur de têtes» et que c'est lui, grâce à des contacts, qui avait finalement relancé Mario De Tilly et convaincu d'accepter la succession d'Yves Marchand, qui prend sa retraite après avoir dirigé l'organisme depuis sa mise sur pied en 2002.

«J'ai demandé s'il y en avait un qui sortait du lot et c'est son nom qu'on m'a mentionné», a expliqué Yves Lévesque, qui s'était fait dire qu'il lui serait cependant difficile d'attirer Mario De Tilly à Trois-Rivières.

Mais sans le savoir, le maire avait probablement tombé au meilleur moment qui soit pour lui faire une offre qui soit acceptée. C'est que Développement économique Longueil, l'équivalent d'IDÉ Trois-Rivières, dont il assumait la direction générale depuis seulement le printemps 2014, avait été aboli le 31 décembre. Mario De Tilly n'avait pas caché dans Médiasud.ca sa frustration de perdre son emploi après seulement neuf mois, sans compter que c'est par le biais d'un communiqué laconique qu'il avait appris la fermeture de l'organisme.

Autrement, il aurait été extrêmement difficile pour le maire de Trois-Rivières de faire une offre salariale qui aurait pu rivaliser avec ce que touchait Mario De Tilly à Longueuil. Disons que ça dépassait le quart de million $, ce qui aurait été nettement au-dessus de... l'acceptabilité sociale du milieu trifluvien. Il y aurait eu quelques crises d'apoplexie et des hurlements au scandale.

D'autant que le choix du nouveau directeur d'IDÉ Trois-Rivières n'a pas été sans provoquer un certain niveau de mécontentement dans la ville et la région. Pour la simple raison que toutes les candidatures soumises pour occuper le poste qui émanaient de Trois-Rivières ou de la région ont été écartées, on pourrait dire du revers de la main, sans autres considérations. Et, compte tenu de la fermeture des CRÉ ou de la réduction des effectifs dans les CLD, il y en avait des gens spécialisés dans le développement économique, et même venant d'IDÉ Trois-Rivières, intéressés par la fonction.

Mais dès le départ, Yves Lévesque s'était convaincu qu'il fallait dénicher un nouveau directeur qui viendrait impérieusement de l'extérieur, avec une expertise différente de celles qu'on pouvait trouver dans la région, afin d'avoir une vision renouvelée du développement économique. C'est un secret de polichinelle qu'il souhaitait d'abord et avant tout recruter Martin Dupont, le directeur de la Société de développement économique de Drummondville.

Il en avait déjà rêvé en 2002 et comme en 2002, il a essuyé un refus. L'histoire ne dit pas si cette fois-ci, Drummondville a dû encore une fois bonifier le salaire de son commissaire industriel pour ne pas qu'il tombe dans les filets du maire de Trois-Rivières. Un maraudage qui peut expliquer pourquoi il n'y avait pas d'atomes crochus entre Yves Lévesque et l'ancienne mairesse de Drummondville, Francine Ruest-Jutras et pourquoi il n'y en a pas davantage avec l'actuel maire Alexandre Cusson.

Il a donc fallu à Yves Lévesque scruter d'autres horizons et c'est là que le nom de Mario De Tilly lui a été suggéré. L'homme a surtout fait sa marque à la tête du CLD Les Maskoutains, qu'il dirigeait depuis 22 ans et d'une société apparentée, la Cité de la biotechnologie, dont il avait été l'instigateur et qui était dirigée par son épouse. Les deux organismes étaient reliés et leur gouvernance avait fait depuis dès 2013 l'objet de beaucoup de questionnement donnant lieu à une analyse commandée à l'Institut de gouvernance des organismes publics et privés puis à une autre de la firme Raymnond Chabot Grant Thornton.

Rassurons-nous. Si on a bien identifié des façons de faire à corriger, on n'a pas relevé de malversations. On serait tenté d'ajouter: Ouf!

À la nomination d'Yves Marchand, Le Nouvelliste avait titré: «Héro ou martyr?». «Je ne fus finalement ni l'un ni l'autre», a commenté hier le principal intéressé. Pour Mario De Tilly, on pourrait peut-être se demander: «vision ou mirage?» La réponse est à suivre.

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