De teinté politique à apolitique

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) Il n'y avait rien de plus prévisible qu'il y aurait un remaniement majeur à la direction du Fonds de diversification économique mis sur pied par l'ancien gouvernement péquiste au lendemain de la fermeture de la centrale Gentilly-2 pour tenter de compenser les ravages économiques que cette décision allait causer.

La question qui se posait n'était pas de savoir si cela aurait lieu, mais quand? En fait, s'il y a une surprise, c'est que le nouveau gouvernement libéral ait mis un peu plus d'un an avant d'y arriver.

Même si le mot a été évoqué, il serait quand même injuste de parler de purge. La première mouture péquiste avait bien sûr laissé une impression justifiée qu'on y avait avant tout placé des alliés politiques sûrs. Cela s'était reflété dans les deux coprésidents, Jean-Guy Paré, un ancien député péquiste et l'homme d'affaires Réjean Hardy, dont les sympathies péquistes, même plutôt discrètes, étaient connues. Mais à leur défense, il se trouvait que les deux hommes présidaient à ce moment-là leur centre local de développement respectif de Bécancour et de Trois-Rivières, ce qui correspondait au territoire prioritairement visé par le Fonds de développement.

Il était donc un peu normal qu'on les place à la tête du comité de diversification.

La coloration péquiste de la direction du Fonds est davantage venue d'autres nominations comme l'ex-député de Nicolet, Michel Morin ou même de Pierre-André Julien, professeur en économie à l'UQTR, souverainiste affirmé, mais dont l'expertise pouvait tout de même s'avérer précieuse pour un tel fonds d'investissement.

Le coup de balai que vient de donner le ministre régional Jean-Denis Girard n'est quand même pas allé dans tous les coins car quatre industriels, tant de la rive sud que de la rive nord, mais il est vrai sans couleur politique affichée, sont demeurés en fonctions.

Le nouveau comité mis en place par les libéraux ne comportera désormais que des entrepreneurs, dix au total. Le gouvernement cherche ainsi à appliquer sa propre signature au Fonds de diversification en lui donnant cette fois une image de comité apolitique.

Il peut y avoir des avantages à confier le Fonds à des entrepreneurs de la région en ce sens qu'ils pourront le faire mieux connaître dans le réseau entrepreneurial de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Ce n'est pas une «bibite» disait hier matin à la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières, Alain Lemieux, de l'entreprise Epsilia de Trois-Rivières, alors qu'il rendait compte aux côtés de deux autres dirigeants d'entreprises, de son expérience heureuse de financement avec le Fonds. Il n'y a là rien de traumatisant et l'exercice peut même se révéler plus productif qu'on ne le croit et pas seulement sur le plan du financement.

Par contre, le fait qu'un tel fonds spécial dédié aux entreprises des deux régions ne soit dirigé que par des entrepreneurs pourrait laisser craindre que des projets soient bloqués en raison de conflits d'intérêts advenant qu'une demande de financement provienne d'un concurrent d'affaires à un membre du comité. Sans compter que pour étayer un dossier de demande de financement, il faut jouer à livres ouverts. Il faut, comme on dit, se déculotter devant le prêteur, ce que personne ne voudrait faire devant un concurrent.

Il faut quand même savoir que lorsqu'une demande d'accès au Fonds de diversification est déposée, elle est d'abord acheminée pour une première analyse au ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Exportation et au bout du compte, ce sont les fonctionnaires d'Investissement Québec dans la région qui en font l'examen final et qui approuvent, font modifier et refusent un projet. C'est donc avec ces derniers qu'ont lieu les échanges de renseignements sensibles.

On n'ira pas jusqu'à dire que le comité qu'on appelle maintenant de «démarcheurs économiques», à l'instar de l'ancien, soit symbolique. Il lui appartient en dernier recours d'approuver ou pas la recommandation d'Investissement Québec. Sur à peu près 180 dossiers qui avaient reçu jusqu'ici son approbation, un seul avait été rejeté par l'ancien comité de direction. On ne voit pas pourquoi il en serait désormais autrement.

Ça peut faire un peu beaucoup «rubber stamp», mais c'est comme ça et c'est probablement tant mieux qu'il en soit ainsi. Ça élimine le favoritisme ou le copinage, politique ou pas.

Même si les chiffres apparaissent ronflants, avec 50 millions $ sur 200 autorisés sur cinq ans et 1300 emplois présumément créés, le Fonds n'a pas vraiment compensé dans les faits les pertes de la centrale nucléaire. Du moins, pas encore.

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