Un budget sans pyrrhotite?

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) C'est le nom, mais sans doute en plus la couleur bleue de la semelle et des lacets qui ont séduit le ministre fédéral des Finances Joe Oliver, en s'achetant pour la présentation cet après-midi de son premier budget, des espadrilles New Balance.

Ça va peut-être jurer un peu sur le parquet de la Chambre des communes des souliers de course avec un habit foncé de ministre, peut-être rayé en plus à la verticale.

Le ministre veut envoyer comme message qu'il est vite dans ses espadrilles, malgré ses plus que 70 ans bien sonnés et que New Balance (Nouvel Équilibre) correspond parfaitement au budget équilibré, un an avant le temps, qu'il va déposer.

Même si ça détonne, pour des milliers de Canadiens, ces belles espadrilles demeureront un luxe qu'ils ne pourront jamais s'offrir, et pas davantage après les nananes budgétaires préélectoraux, comme une majoration du plafond des CELI, que son budget devrait contenir. Des New Balance, c'est, au minimum, dans les plus cheapettes, 139 $, mais celles qu'il a choisies, ça ressemble pas mal plus au haut-de-gamme de la marque et c'est au-delà de 200 $ la paire... avant taxes.

On sait que le budget du ministre sera théoriquement en équilibre budgétaire. Il l'a clairement indiqué à plusieurs reprises depuis quelques jours et il aurait accumulé, contre toute attente, un douteux petit surplus de deux ou trois milliards qu'il va s'empresser de convertir en douceurs électorales.

On s'étonne quand même qu'il en soit ainsi quand on sait que la chute du prix du pétrole a entraîné des pertes de revenus considérables dans les finances fédérales qui n'ont pas vraiment encore été compensées par des exportations à la hausse, malgré la faiblesse du dollar canadien, de la part des manufacturiers de l'est du pays, principalement d'Ontario et du Québec.

Ce qui a été reconnu par le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen S. Poloz, qui n'était pas loin de la «crise bacon» en constatant les performances anémiques de l'économie canadienne. Mais à moins de six mois des élections fédérales, le ministre a tout intérêt à porter des grosses lunettes roses, même si ça ne s'harmonise pas trop bien avec des espadrilles noires émaillées d'un bleu conservateur.

Il reste que même s'il comporte des déductions fiscales pour les particuliers ou des chèques aux familles qui arriveront en juillet, un budget fédéral, ça laisse toujours une majorité de citoyens dans l'indifférence.

Celui d'aujourd'hui sera malgré tout difficile à avaler dans la région et principalement à Trois-Rivières parce qu'il aurait pu contenir une aide financière fédérale aux victimes de la pyrrhotite.

Le président de la Coalition, Yvon Boivin avait démontré il y a quelques mois un certain espoir qu'il en soit ainsi. Il avait en effet laissé entendre qu'à la suite de discussions qu'il avait eues, il pouvait s'attendre à ce que le gouvernement fédéral lui communique en avril de bonnes nouvelles. C'est plutôt une fin de non recevoir brutale qui lui a été transmise la semaine dernière, par téléphone, par des représentants de deux ministères, dont celui de l'Emploi et du Développement social.

Une catastrophe économique d'une telle envergure, un véritable séisme social, ça ne concernerait pas le fédéral. Ce serait une juridiction provinciale. On ne savait pas qu'un malheur qui frappe une communauté, c'est provincial. On le découvre avec ahurissement.

Il est vrai que lorsque le président Boivin avait fait état d'une possible ouverture du fédéral dans le dossier, il était encore fortement question d'une candidature conservatrice du maire Yves Lévesque, en prévision des élections générales de l'automne. Or, on le sait, Lévesque pressait les envoyés du Parti conservateur, dont le ministre Denis Lebel, de lui offrir un minimum de garanties qu'il pourrait s'étirer le cou dans ce dossier et faire au moins quelques promesses, même vagues, qui iraient dans le bon sens.

Maintenant que la chose est entendue concernant une candidature conservatrice de Lévesque, la réplique du gouvernement ne s'est pas faite attendre. C'est, on veut rien savoir.

Rien pour aider le baseballeur devenu avocat, Dominique Therrien. À peine avait-il fait connaître son intention de prendre l'avion depuis Vancouver pour être candidat conservateur dans Trois-Rivières qu'on lui coupait l'herbe électorale sous le pied en faisant savoir que pour son gouvernement préféré, la pyrrhotite, c'est «no way». Mais peut-être qu'on va en découvrir de la pyrrhotite dans le budget.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer