La prière: tant pis pour les Tartuffe!

Le maire de Saguenay, Jean Tremblay.... (Photothèque Le Quotidien)

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Le maire de Saguenay, Jean Tremblay.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Avec ce jugement unanime de la Cour suprême du Canada qui interdit désormais au maire Jean Tremblay de Saguenay de réciter sa prière aux assemblées de son conseil municipal, on devrait en avoir enfin fini avec cette croisade pharisienne qui cherchait à faire perdurer dans l'espace public un esprit qui n'a plus cours dans notre société.

La Cour suprême a tranché que la récitation de la prière en ouverture aux séances d'un conseil municipal contrevenait au principe de neutralité de l'État en matière religieuse. Cela, peut-on croire, correspond parfaitement à l'opinion d'une majorité de citoyens qui tient à cette séparation entre la pratique religieuse et l'exercice du service public.

Les instances de l'État, et cela comprend bien sûr les conseils municipaux, doivent respecter la pluralité confessionnelle des citoyens qu'elles desservent en s'assurant de préserver la neutralité religieuse de leurs actes ainsi que de l'environnement dans lequel ils les pratiquent. Un hôtel de ville, ce n'est pas un temple religieux.

Ce que le jugement de la Cour suprême signifie à Jean Tremblay et à tous les maires tentés de l'imiter, c'est qu'il peut bien s'imbiber d'onctions ou d'eau bénite si cela lui fait du bien. Qu'il peut bien transformer son sous-sol en sanctuaire, y tenir des lampions allumés autour de colonnades de statues, cela le regarde totalement, mais qu'il n'a pas à faire transpirer son odeur de sainteté à l'hôtel de ville, où il a le devoir de représenter tous les citoyens de sa ville, sans préjugé sur leurs obédiences religieuses, qu'ils en aient ou pas, et surtout sans jouer au convertisseur d'âmes. C'est un maire, pas un missionnaire.

Jean Tremblay est peut-être plus dévot que la grande moyenne, c'était devenu une grande hypocrisie de voir tous ces élus qui persistaient à vouloir se signer et prier dans leur hôtel de ville quand ils ne le faisaient jamais plus chez eux et qu'on ne pouvait pas les considérer par ailleurs comme des «rongeux de balustres», parce qu'on ne les voyait jamais dans les églises, sauf lors de grands événements, parce que s'y retrouvaient là beaucoup d'électeurs.

Respectons la pratique religieuse chez ceux qui en ont des convictions, mais chassons de nos espaces publics ceux qui tentent de détourner ceux-ci de leur mission sociale, surtout si ce sont des élus.

À Trois-Rivières, Yves Lévesque, par science politique, avait bien tenté de maintenir la prière à l'hôtel de ville. Avouons que c'était une vraie farce. Le texte de la «prière» demandait au Seigneur de faire d'eux (les élus) de bons gestionnaires, de leur donner de la sagesse et de la compréhension et que l'assemblée soit menée dans la sérénité et le bien-être de tout le monde.

Alors que des contribuables enragés venaient s'y plaindre de leurs comptes de taxes, que presque chaque assemblée était investie par des groupes de contribuables en colère contre quelque chose et qu'autour de la table, les débats se faisaient hargneux. C'était décidément une prière bien inutile car jamais exaucée. Peut-être que ce Seigneur qu'on implorait faisait volontairement la sourde oreille, préférant ne pas se mêler de ces affaires civiles, ou jugeant qu'on n'avait pas à se servir de lui pour se justifier de décisions bien discutables. Pour certains, une confession aurait été plus appropriée qu'une prière.

À l'une de ces réunions, Louise Hubert, qui avait porté plainte au Tribunal des droits de la personne, s'était, dans le plus bel esprit de charité chrétienne de ceux qui défendaient le maintien de la prière, faite traiter de «son of a bitch», de «vache», de «face de cul»... et de bien pire.

À la Commission Bouchard-Taylor qui lui demandait son opinion sur cette question de la prière à l'hôtel de ville de Trois-Rivières, Mgr Martin Veillette, alors évêque de Trois-Rivières, avait répondu qu'en ce qui le concerne, «il ne mourrait pas en martyr pour ça».

C'est quand même étrange que des maires comme Jean Tremblay aient voulu mener une grande croisade religieuse avec laquelle les princes de l'Église ont toujours pris leurs distances.

On peut comprendre qu'un certain nombre de Québécois aient voulu voir dans cette prière aux assemblées municipales «une tradition», comme s'il s'agissait d'un acte identitaire et dans ces crucifix qui surplombent encore certaines salles de délibération, une trace de leur histoire. Alors même qu'on ferme leurs églises, qu'on en déboulonne les statues sans ne plus savoir qu'en faire et qu'on en brade tout le mobilier. Allez comprendre...

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