Régions: petite séduction imposée

Les cinq candidats à la chefferie du Parti... (Photo Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Les cinq candidats à la chefferie du Parti québécois ont déjà croisé le fer à Trois-Rivières, lors du premier débat, le 11 mars.

Photo Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Il n'y a rien comme une campagne électorale pour voir les régions émerger comme l'essence du Québec, gagner en importance et entendre les politiciens exprimer leurs immenses sensibilités à leur endroit.

On a pu le vérifier une fois de plus lors de la dernière campagne électorale québécoise. Les chefs venaient tellement souvent en Mauricie et au Centre-du-Québec qu'on craignait que cela finisse par un accident entre leurs autobus de campagne.

C'est vrai pour une campagne provinciale ou fédérale, mais ça l'est aussi pour une course au leadership d'un parti. Celle en cours du Parti québécois n'y échappe pas. On a pu le constater dimanche après-midi lors du débat, même s'il était non officiel, tenu à Saguenay. On avait pu aussi observer l'intérêt pour les régions des aspirants-chefs péquistes lors du débat, officiel celui-là, qui a eu lieu en mars au Cégep de Trois-Rivières.

Il faut dire que l'accueil en région pour les débats de la course péquiste est plutôt enthousiaste. Ils étaient plus de 400 militants à être venus écouter les candidats à Trois-Rivières et on a même atteint les 900 en fin de semaine au Cégep de Jonquière. Il est vrai qu'au Sag-Lac, il n'y a pas que les bleuets qui sont bleus. Il s'y est toujours trouvé là un des plus solides fonds souverainistes du Québec. Mais surtout, il y avait bien sûr parmi les candidats, Alexandre Cloutier, député de la circonscription de Lac-Saint-Jean, évidemment le chouchouté de la foule.

Quand on débat en région, il faut bien faire le plus de clins d'oeil possible pour plaire à l'assistance et racler un maximum de votes le jour du scrutin. La rencontre de Jonquière n'y a pas échappé. On a témoigné de préoccupations régionales et sorti rapidement quelques idées du chapeau pour annoncer que ces régions du Québec, «on les a tellement à coeur»... Les médias ont donc titré presque à l'unisson lundi matin que les régions avaient été au coeur des échanges du débat péquiste.

Elles l'avaient été, mais que quelques minutes, ce qui avait peut-être paru énorme aux yeux des journalistes et reporters nationaux. Car l'analyste François Saint-Gelais, du Quotidien, coiffait plutôt sa chronique du titre L'oubli des régions.

Certes, Alexandre Cloutier, devant son monde, a bien sonné le grelot régional un peu plus fort que les autres en proposant que les frais de scolarité soient remboursés aux jeunes qui viendront s'installer dans une région pour y fonder une famille. Une mesure concrète qui apparaît bien intéressante. À Trois-Rivières, Martine Ouellet avait repris son intention, dévoilée quelques jours plus tôt à Shawinigan, de créer une nouvelle Société québécoise des eaux qui y serait basée, «compte tenu de la place de la Mauricie dans l'histoire économique et hydrique du Québec.»

Pour le reste, tout le monde s'entend pour s'apitoyer, mais ça ne reste toujours que le temps d'un préambule, sur les régions qui déclinent et vieillissent et qui semblent toujours extraterrestres sur les plans économique et démographiques par rapport à Montréal et Québec. Les compréhensions et les promesses de changer les choses fusent. Mais cela ne dure toujours que le temps d'un débat de chefs ou d'une conférence de presse électorale. L'idée de Bernard Drainville d'un fonds des régions, administré par les régions, avec des instances régionales restaurées, fortes, est loin d'être mauvaise. Sauf qu'on ne sait plus trop combien de fois on a entendu une telle proposition.

Quand il a occupé le pouvoir, le Parti québécois n'a jamais accepté de corriger une injustice historique en Mauricie en acceptant de verser à la région des redevances pour les richesses hydroélectriques que le Québec en retire depuis 50 ans sans y laisser un sou. Même si tout ce monde est d'accord, en paroles, pour que les richesses naturelles des régions leur profitent.

Durant la dernière campagne, le chef libéral Philippe Couillard s'émouvait dans nos bureaux du Nouvelliste de la beauté des paysages le long de la rivière Saint-Maurice, lui-même candidat en région, dans Roberval.

Faut-il s'étonner malgré cela que toutes les grandes réorganisations administratives introduites pour balancer les comptes de l'État semblent toucher avant tout des effectifs en région... là où on a justement besoin d'emplois stables et de qualité pour éviter la dévitalisation et le vieillissement des populations?

Ce n'est pas avec des paysages vierges et bucoliques, parce qu'il ne s'y passe plus grand-chose, qu'on peut remettre à niveau nos régions et les rajeunir. C'est avec de bonnes jobs, pour la femme et l'homme, avec des perspectives de carrière en région.

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