CHRONIQUE

L'histoire pour une poignée de dollars

Le marche-à-terre est une des pièces maîtresses de...

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Le marche-à-terre est une des pièces maîtresses de la collection Robert-Lionel-Séguin.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Si l'Université du Québec à Trois-Rivières n'avait pas fait l'acquisition en 1983 de l'impressionnante collection de l'ethnologue Robert-Lionel Séguin, le Musée québécois de culture populaire n'existerait probablement pas.

C'est assez triste de constater que loin d'être considérée comme un joyau du patrimoine québécois, la collection semble être devenue un encombrement tant pour le Musée que pour l'université.

C'est Gilles Boulet, le recteur-fondateur de l'UQTR et l'ardent défenseur de la venue d'un musée à Trois-Rivières, dont il sera le premier directeur général, qui doit dans son au-delà se gratter d'incrédulité devant l'évolution du dossier. Le Musée ne veut plus de ces 22 000 artéfacts, en fait 60 000 quand on y ajoute les autres collections associées et l'UQTR ne veut pas la reprendre.

La raison, de part et d'autre, c'est l'argent. Le budget du musée de Trois-Rivières n'a pas bougé depuis dix ans. Or, le remisage et l'entretien des artéfacts de la collection Séguin lui revient à 140 000 $ par année. On commence à devoir racler les fonds de tiroirs pour arriver dans le budget. Il faut dire que depuis son ouverture en 1996, on a toujours eu l'impression que le musée de Trois-Rivières, dont personne ne voulait à l'époque dans le monde muséal à Québec sous prétexte qu'il était en région et que ça ne pouvait pas être viable, a toujours semblé souffrir d'indigence financière.

La bataille de Gilles Boulet et de son équipe pour forcer le jeu avait été épique. Il avait fallu une implication vigoureuse de l'ex-ministre Lise Bacon qui y avait dû y mettre tout son poids politique pour qu'on accepte enfin, le dos au mur, la création de ce qu'on appelait alors le Musée des arts et traditions populaires, ce qui décrivait bien ce qu'il allait contenir.

Le grand argument était justement la possession de cette incroyable collection qu'il devenait impérieux de mettre en valeur. C'est elle qui allait justifier la construction d'un musée. Elle était la preuve qu'on avait déjà ce qu'il fallait pour jeter les bases d'un musée d'envergure.

Ce sont les sensibilités de l'homme qui la dirigeait, mais aussi de l'époque, qui avaient convaincu l'université d'acheter la précieuse collection, témoin du passé québécois, afin d'en éviter l'éparpillement. C'est avec ce même esprit que l'UQTR en était arrivée un jour à offrir d'héberger sur son campus le vieux moulin à vent de la commune, en dégradation sur son emplacement du port de Trois-Rivières. Il n'avait plus sa place au milieu des silos, des wagons, des camions, des grues et des montagnes de produits de toutes sortes qu'on empilait dans son voisinage.

Il fallait à tout prix mettre à l'abri ce précieux témoin du passé et c'est encore une fois l'université qui avait tendu la main pour le rescaper, en attendant le jour où on pourrait le remettre en pleine valeur.

L'UQTR se retrouve prise avec le moulin, sans argent pour en faire quoi que ce soit et le musée veut lui retourner la collection Séguin, même s'il pouvait la conserver pour 1 $. L'université n'a jamais eu besoin pour elle d'un vieux moulin et de la collection, même prodigieuse, d'un ethnologue. Ce sont des gestes de simple responsabilité sociale qui avaient été posés.

Pour le musée, le problème, c'est que la réserve dont il disposait pour entreposer ses artéfacts est pleine et qu'il lui faudra en plus dégager les lieux dans quelques années. Mais aussi, que 140 000 $, ça pèse maintenant trop lourd dans son budget. La vérité, c'est peut-être avant tout que depuis qu'il est devenu Musée québécois de culture populaire, l'imposante collection Séguin ne lui sert plus à grand chose. Les expositions qu'on tient au musée et qui remportent du succès n'ont rien à voir avec les objets du passé.

Ces «vieilleries» ont beau restituer la vie de nos ancêtres, nous montrer d'où l'on vient, elles ne font plus recettes. Ça n'intéresse plus vraiment le monde.

C'est quand même cynique que cette riche collection Séguin, sans laquelle il n'y aurait jamais eu de musée, doive être considérée comme... plus de son temps.

Sans intérêt pour notre histoire, serions-nous devenus un peuple sans histoire?

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