Ce Québec au-dessus de ses affaires?

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Le  projet de port pétrolier à Cacouna a été abandonné.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Ça n'était pas un béluga d'avril, même si la nouvelle a filtré le 1er avril.

La société TransCanada aurait finalement renoncé à construire un port pétrolier à Cacouna. Les bélugas, qui avaient voté une grève illimitée, selon un canular que projetait de lancer Nature Québec, pourront donc continuer à distraire les touristes de l'estuaire en faisant briller furtivement leur dos au soleil et en propulsant des jets d'eau avec les bruits de quelqu'un qui éternue fort.

Non seulement TransCanada a abandonné son projet à Cacouna, mais a aussi laissé tomber toutes les autres hypothèses de remplacement. On ne construira pas de port au Québec. Ce sera direct Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. C'est les perchaudes de Bécancour qui doivent être soulagées. Le parc industriel étant doté d'un port en eau profonde, l'endroit aurait pu convenir en substitution. Il est clair que les perchaudes auraient sombré en dépression à entendre le bruit des hélices des pétroliers et qu'avec comme conséquence une libido effondrée, elles ne se seraient plus reproduites. Et s'il y a du pétrole, il y a forcément une fuite de pétrole à prévoir. Les battures de Gentilly l'ont échappé belle. Quel engluement a-t-on évité à nos canards, nos outardes et à nos belles oies blanches, qui auraient changé de couleur!

Car il n'y a qu'un seul scénario qui puisse tenir et c'est celui du pire.

Les opposants au projet ont évidemment sauté de joie en apprenant cette nouvelle et après avoir réussi à faire échec à la construction de ce terminal, se sont empressés de faire valoir que puisqu'il n'y avait plus de port dans le dossier, il n'y avait plus d'intérêt à laisser TransCanada allonger un oléoduc qui traversera la terre sacrée du Québec.

La SSJB de la Mauricie avait justement convoqué la presse pour mardi afin de faire connaître et d'expliquer sa position concernant le passage en Mauricie de l'Oléoduc Énergie Est. Est-ce qu'il y a quelqu'un qui doute un seul instant de quelle pourrait être cette position? On ne va quand même pas percer le secret de la SSJB.

Oléoduc Énergie Est et la construction du port, c'était 12 milliards $ de retombées économiques. S'il y a un État ou une province en Amérique du Nord qui est présentement au-dessus de ses affaires sur le plan économique et qui n'a pas besoin d'investissements qui ne soient pas ultra-verts, tout le monde en conviendra, c'est bien le Québec.

On se demande bien pourquoi on manifeste sans arrêt depuis quelque temps et qu'encore mercredi, il aurait fallu un bon boulier pour faire le calcul de toutes les manifs de protestation qui ont eu lieu à la grandeur du Québec pour dénoncer les compressions gouvernementales et ce qu'on appelle plus globalement, «l'austérité».

Qu'on regarde à droite ou à gauche, partout on entend des complaintes d'employés du gouvernement clamant que leurs conditions de travail n'auront plus de sens et qui nous préviennent que les services à la population ne pourront plus être rendus comme ils l'étaient.

L'aide gouvernementale et de ses grandes sociétés, comme pour les commandites d'événements, sera tronquée et même abandonnée dans bien des cas. Les élèves ne pourront plus apprendre, les bambins ne seront plus nourris dans les CPE, les vieillards vont rôtir dans leurs couches, les routes vont rester trouées, les malades vont rester malades, les pauvres n'auront même plus de chaudrons pour taper dessus... Il y a tellement de cris désespérés, qui malheureusement sont souvent fondés, qui fusent en même temps de partout, qu'on ne parvient plus à les différencier les uns des autres. Ça devient un tintamarre tellement général, un immense melting pot de protestations, qu'on n'entend plus rien. Qu'on ne sait plus sur quoi ou sur quel groupe s'affliger. Le risque à l'indifférence et à l'insensibilité se répand.

Tout cela parce que les finances de l'État sont en très mauvais état et qu'il faut impérieusement équilibrer les comptes publics, alors que nos taxes et impôts sont déjà à l'extrême limite.

Au Québec, on a appris à dépenser, mais pas à générer de revenus. Continuons à trouver victoire dans tout projet économique qu'on fait avorter, si telle est notre destinée. Mais il ne faudrait pas que ce soit les mêmes qui applaudissent à ces pertes économiques qui pestent contre les compressions budgétaires. Ce ne serait plus So, So, So, mais sot, sot, sot.

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