Beau Poison d'avril!

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) Cela fait peu de doute. Pour une très vaste majorité de Québécois, ce sera ce mercredi la journée du grand Poison d'avril. Il n'y a pas de faute d'orthographe. On parle bien de poison.

D'abord parce que c'est aujourd'hui que notre vorace société d'État, pour nourrir notre insatiable gouvernement, fera entrer en vigueur sa hausse de tarif de 2,9%, trois fois supérieure au taux d'inflation. Ce n'est pas ce qu'on peut vraiment appeler une farce. En tout cas, elle ne fait rire personne.

D'autre part, c'est la journée où entre en vigueur la réorganisation du nouveau réseau de la santé et que 530 000 employés du secteur public se retrouvent avec des conventions collectives expirées.

Si ce n'est pas une journée historique, qui peut aussi être considérée comme toxique pour quelques millions de Québécois, autant dire qu'il n'y en aura jamais.

Quand on pense que déjà l'an passé, les abonnés d'Hydro-Québec avaient dû subir ce même premier avril une augmentation de 3,9%, on peut se demander si on n'est pas engagé dans un processus savamment programmé d'appauvrissement collectif. Qui peut prétendre avoir reçu des augmentations de salaire aussi fortes que les deux dernières hausses tarifaires d'Hydro-Québec, qui nage maintenant avec exubérance dans les profits?

C'est d'autant plus choquant que les deux derniers hivers, dont l'actuel qui s'est présenté avant son temps et qui n'a pas encore compris qu'à ce temps-ci de l'année, il est censé être expiré, ont de loin été parmi les plus froids qu'on ait connus depuis on ne sait même plus quand. La vertigineuse hausse tarifaire de l'an passé va donc avoir en plus profité de ces températures anormalement glaciales, ce qui fera grimper d'aplomb nos prochains comptes d'Hydro-Québec, avec en plus les lectures de ces nouveaux compteurs qui savent, semble-t-il, mieux compter les kilowatts que les anciens.

Tout un Poison d'avril. C'est peut-être pour cela que dans le réseau de la santé, on parlait plutôt hier de grande journée de deuil. Parce que rentre en vigueur la loi 10 qui abolit les Agences de santé et des services sociaux pour leur substituer de super-centres de santé et de services sociaux. Ce que l'on en sait pour l'instant, c'est que 600 employés des anciennes agences, soit près du tiers des effectifs, seront expédiés au chômage.

Pour le reste, il n'y a pas grand-monde qui sait comment ça va marcher. On peut penser que les survivants se demanderont à compter de ce matin quelles sont leurs nouvelles responsabilités, si le bureau sera plaisant, si on va s'entendre avec ses nouvelles compagnes ou compagnons de travail, si le nouveau supérieur direct sera vivable... Il n'y aura que des si. Avant que la machine puisse être rodée et fonctionne tant bien que mal, il faudra compter plusieurs mois. En attendant, tout ce monde sera dans l'incertitude et l'insécurité la plus totale, et tous ceux qui dépendent de ces grands chapeaux régionaux encore davantage.

Dans le milieu de la santé, tout le monde est dans l'expectative. Dans la région, des infirmières des centres hospitaliers de Shawinigan, Nicolet et Drummondville l'ont fait savoir hier en manifestant sur leur heure de dîner. Mais le «deuil national» qu'elles voulaient exprimer s'était aussi étendu aux employés de la fonction publique. À l'édifice Capitanal, plusieurs fonctionnaires avaient revêtu des vêtements noirs pour marquer leurs sombres sentiments.

C'est que pour tout le monde, les conventions de travail ont pris fin. Bien sûr, à compter d'aujourd'hui, elles se prolongeront jusqu'à la signature des nouvelles. Mais avec une proposition d'augmentation de 0% (pas mal moins que les hausses d'Hydro-Québec) pour au moins la première année, quand le gouvernement va les rentrer de force à l'automne par décret, quand ils auront déclenché la grande grève qu'ils préparent, la rétroactivité ne sera pas forte.

D'autant qu'en plus, quand les compressions d'effectifs qui découleront des commandes du budget Leitão seront appliquées, plusieurs d'entre eux ne seront même plus là pour aller dans la rue tapocher sur des casseroles.

Ce premier avril annonce bien du travail pour les fonctionnaires fédéraux de l'assurance-emploi.

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