Tiédeur étudiante, malgré une martyre

Naomie Tremblay-Trudeau a été blessée au visage par... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Naomie Tremblay-Trudeau a été blessée au visage par un projectile d'un fusil à poudre irritante tiré par un policier.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

C'est aujourd'hui que les étudiants du Cégep de Trois-Rivières devront se prononcer sur le boycottage de leurs cours durant la journée du 2 avril, jour de grande grève générale autoproclamée par l'ASSÉ, la fédération étudiante la plus militante et la plus activiste du Québec.

Dans les faits, c'est aujourd'hui que les étudiants du Cégep doivent reprendre leur vote de jeudi dernier parce qu'il avait été entaché par des irrégularités. Un certain nombre d'entre eux avait voté à plus d'une reprise. Quand il a découvert la tricherie, l'AGECTR n'a eu d'autre choix que d'annuler le vote et de fixer une nouvelle date pour le tenir.

On doit féliciter les dirigeants de l'association étudiante de leur vigilance et de la sagesse de leur décision. On doit par contre s'interroger sur l'éthique et la moralité de ces étudiants qui ont cherché à modifier le résultat des urnes en faveur de leur volonté. On ne croyait plus qu'une telle chose soit possible, du moins, pas dans un milieu éducatif où s'installent et parfois se cristallisent les valeurs de demain de notre société.

L'histoire des votes truqués nous semblait bien être celle d'une autre époque au Québec. On ne fera pas de procès d'intention en présumant que ces passeux modernes de télégraphes viennent forcément d'un groupe plutôt que de l'autre.

On pourrait normalement déduire que cela vient forcément des plus militants, des plus mobilisés, ce qui pointerait les porteurs de carrés rouges, qui salivent parfois à en baver à l'idée d'attirer tout le monde dans la rue pour vivre des montées de fièvre à agiter des pancartes, scander des insultes, barber les policiers et parfois même, à agir pour que tout dérape afin de pouvoir dire glorieusement, «j'étais là».

Il est facile de penser que «l'enthousiasme des urnes», qui s'est manifesté jeudi, vienne de ce côté. Il faudrait quand même se méfier d'une telle certitude, car rien ne dit que la détermination des opposants à toute grève et même à un débrayage d'une seule journée, comme on le proposait, ne soit pas aussi et même plus élevée au collège de Trois-Rivières.

La surprenante participation à ce vote raté, de près d'un millier de collégiens, est loin de signifier une volonté majoritaire évidente d'intégrer le mouvement contestataire de Montréal et de Québec. On verra bien aujourd'hui. Mais il faut quand même se rappeler que la mobilisation pour descendre dans la rue avait été beaucoup plus intense en 2012 et qu'au Cégep de Trois-Rivières, le vote de grève avait malgré tout été rejeté.

Le résultat avait été serré, il est vrai. Le débat avait été vif entre les étudiants, beaucoup plus aigre que doux. Il faut dire que les étudiants du secteur professionnel étaient massivement opposés à tout moyen de pression qui risquait de retarder ou de compromettre leur session, plusieurs d'entre eux étant déjà inscrits à des stages de fin d'année ou attendus sur le marché du travail. La distribution d'invectives de part et d'autre avait été généreuse.

Par contre, le débrayage de deux jours avait été autorisé à l'UQTR, mais de justesse. Or, on l'a vu vendredi, la grève «sociale» autoproclamée par l'ASSÉ a été rejetée par plus de 60 % des 1155 étudiants qui ont assisté à l'assemblée générale convoquée par leur AGE. Et, ce qui était nouveau cette fois-ci, avant même la tenue du vote, une pétition de 1121 noms avait été déposée au bureau de la rectrice Nadia Ghazzali pour lui demander de prendre toutes les mesures requises pour que les cours ne soient pas suspendus ou perturbés, peu importe le résultat du vote qui allaient venir.

Si cela indique un certain état d'esprit de la part des étudiants de Trois-Rivières, il serait surprenant, dans un tel contexte et compte tenu de l'expérience passée, que ceux du Cégep de Trois-Rivières se votent une journée de congé pour jeudi, même si elle aurait l'avantage d'allonger d'une journée le long congé pascal. Car on sait bien que pour la majorité, les étudiants en grève préfèrent vaquer à leurs propres petites affaires que d'aller manifester.

Cela, même si les cégépiens du Québec comptent maintenant dans leurs rangs une martyre des manifs en Naomie Tremblay-Trudeau, qui a brandi son ecchymose au menton comme un trophée de guerre. L'émotion générale n'est pas très élevée. Comme la sève des érables, qui s'annonce courte ce printemps.

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