CHRONIQUE

Bécancour: un malaise de 30 ans

Alexandre Cusson... (Imacom, Frédéric Côté)

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Alexandre Cusson

Imacom, Frédéric Côté

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Le maire de Drummondville, Alexandre Cusson, a raison quand il invite Bécancour à «se brancher» sur son appartenance régionale et il est rassurant, encore que cette décision ne lui appartient pas, de prévenir qu'il respecterait la décision qui sera prise.

Si jamais Bécancour, qui a entrepris un flirt public avec Trois-Rivières pour former ce qui pourrait s'appeler la ZEN, zone économique naturelle, réclamait d'être détachée de la région du Centre du Québec (17) pour intégrer la Mauricie (région 04), on ne voit pas très bien quelle sorte d'opposition pourrait y faire le maire de Drummondville.

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, a exprimé en quelques occasions l'inconfort qu'il ressent à évoluer dans une région où sa ville et sa population y trouvent rarement leur profit ou leur avantage. Celui de Drummondville a exprimé le sien à l'endroit de Bécancour et on peut le comprendre. Les intérêts socioéconomiques du Centre-du-Québec, en particulier dans toute la partie située au sud de l'autoroute 20, ne se confondent pas vraiment avec ceux de Bécancour, mais aussi avec un large territoire situé au nord de la 20 et plus particulièrement dans la partie riveraine du Saint-Laurent.

Mais cela ne l'autorisait pas à parler d'attitude nombriliste de la part du maire Dubois, qu'il s'est appliqué à fortement savonner devant sa chambre de commerce. Cela manquait de classe et traduisait un égo surdimensionné assez surprenant de la part d'un homme qui vient à peine d'arriver à la tête de sa ville. Traiter avec un dédain et un mépris innommable la Mauricie de région en déclin n'a fait qu'illustrer davantage un naturel que l'on perçoit chez lui de prétentieux. Ce n'est de toute évidence pas la modestie qui l'étouffe.

C'est vrai que dans l'ensemble, les affaires vont plutôt bien à Drummondville. Le mérite n'en revient cependant pas encore au maire Cusson. C'est le travail du passé qui a produit les résultats d'aujourd'hui.

On avait plutôt connu dans le passé certains tiraillements, mais c'était avec Trois-Rivières. L'ex-maire Guy LeBlanc, auquel on opposait certains succès économiques de Drummondville, avait osé se demander tout haut «si on irait vivre à Drummondville», ce qui avait profondément irrité la mairesse de l'endroit, Francine Ruest Jutras, qui avait répliqué en susurrant que Trois-Rivières était une ville qui n'était pas très propre. Elle avait dit «sale».

Celle-ci avait aussi très mal digéré que son responsable du développement économique, Martin Dupont, soit courtisé quelques années plus tard par Yves Lévesque, ce qui l'avait contrainte à bonifier les conditions de rémunération de son commissaire industriel. On comprend peut-être pourquoi la mairesse de Drummondville, dans un mémoire à la commission parlementaire sur la fermeture de Gentilly 2, demandait que la rive nord, mais c'était surtout Trois-Rivières qui était visée, ne soit pas admissible au fonds compensatoire de diversification économique, même si 75 % des travailleurs de la centrale et des sous-traitants habitaient Trois-Rivières. Une mauvaise foi mesquine parmi d'autres.

Peut-être va-t-on de nouveau s'énerver si on apprend que le maire de Trois-Rivières n'a toujours pas renoncé à séduire Martin Dupont.

L'inconfort de Bécancour dans le Centre-du-Québec existe depuis 1987, quand l'ancienne région Mauricie-Bois-Francs-Drummond a été scindée en deux, le fleuve servant commodément et très arbitrairement de séparateur. On peut comprendre que des villes comme Victoriaville et Drummondville ne se sentaient pas à l'aise dans cette vaste région dominée par Trois-Rivières et qu'on ait réclamé d'en former une nouvelle qui s'appellerait le Centre-du-Québec, alors qu'à Trois-Rivières on se proclamait le «Coeur du Québec».

Sauf qu'à Bécancour, on avait alors signifié de grandes réserves, qui étaient aussi partagées par Nicolet, à quitter Trois-Rivières et la région 04. Il s'était formé dans ce sens une alliance officieuse entre les maires des deux villes, Maurice Richard et Daniel MacMahon, qui est tombée quand le maire de Nicolet changea discrètement son fusil d'épaule après avoir obtenu la garantie qu'on logerait dans sa villes quelques services gouvernementaux. Bécancour, à qui aucun avantage de ce genre n'avait été réservé, s'était sentie trahie. Devenue isolée, Bécancour avait perdu tout rapport de force.

Un malaise qui a été toujours été camouflé et que l'actuel maire Dubois n'a fait que ramener dans l'espace public. Au fédéral, sur le plan économique, la région métropolitaine de recensement de Trois-Rivières a toujours englobé Bécancour. Doit-on se demander pourquoi?

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