CHRONIQUE

On n'en parlera pas jusqu'à Pâques

Pour protester contre l'austérité et le budget Leitão,... (Photo: La Presse Canadienne)

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Pour protester contre l'austérité et le budget Leitão, un groupe de personnes a manifesté jeudi, en transportant un cercueil dans les rues de Québec.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

«L'avenir n'est pas à prévoir, mais à rendre possible».

Peut-être qu'au lieu de citer Antoine de Saint-Exupéry, le ministre québécois des Finances, Carlos Leitão aurait été mieux inspiré de se référer à René Lévesque.

«Si je vous ai bien compris, vous nous dites...», pas à une prochaine fois, mais à 2017.

Si les Québécois rêvaient d'un début de bonheur fiscal, il leur faudra de toute évidence patienter jusqu'à l'an prochain pour que s'amorcent des années qu'on nous prédit meilleures. Certes, le budget 2015-16 ne comporte pas de hausses de taxes, d'impôts ou tarifaires, du moins pas pour l'instant, comme nous l'avait assuré le ministre. Mais comme il n'y a même pas non plus un début d'allégement en ce sens, comme on s'y attendait avec la taxe santé, ils vont devoir se présenter au travail ce matin en se disant que l'année sera dure et que le mieux qu'ils peuvent faire, c'est de continuer de besogner très fort encore pour acquitter leurs obligations fiscales qui avaient été alourdies par le même ministre l'an passé.

En fait, ce que tout le monde a compris, c'est qu'il ne faut une fois de plus rien attendre du gouvernement, pour qui la grande priorité reste l'équilibre de ses finances, peu importe ce qu'il en coûtera en douleurs sociales et en réduction de services.

Il faut en effet se croiser les doigts pour croire que les soins de santé resteront accessibles et de qualité et que l'éducation sera de niveau, après les compressions majeures qui seront infligées dans ces deux ministères.

Le problème est que si le gouvernement sait apparemment où il s'en va en matière de contrôle des finances publiques, ce qui est loin d'être inutile, il ne semble pas savoir par contre où ses politiques vont nous mener.

Tout va être beau à compter de 2017 et dans les années suivantes. On s'en reparlera l'an prochain. C'est le nouveau truc des ministres des Finances de toujours reporter à beaucoup plus loin les avantages que les contribuables peuvent espérer obtenir. C'est curieux, mais quand on arrive dans ces années, la situation a toujours changé et les belles promesses de cet avenir merveilleux ne sont jamais livrées. C'est à cet égard, toujours le jour de la marmotte.

Bien sûr, plus on approchera des prochaines élections générales, plus on peut s'attendre à se faire gâter un peu. Il faut cependant pour cela faire un acte de foi, car jeudi, la distribution des «candies» a été mesquine. L'appareil de l'État devrait subir une incroyable cure minceur, mais cela n'a encore rien apporté aux citoyens et à cette classe moyenne, devenue on le sait très moyenne, et qui risque bien de l'être juste un peu plus dans l'année qui vient.

C'est un budget qui sert le leitmotiv financier gouvernemental, sa propagande de grand gestionnaire, mais les attentes citoyennes sont aussi ailleurs. On n'a pas vu par exemple comment le gouvernement entend redonner de la vigueur à l'économie, relancer les emplois, stimuler les régions.

Le ministre semble miser la croissance économique du Québec sur le seul élan qui a récemment été donné par le baisse des prix pétroliers et par celle du dollar canadien, des facteurs qui lui sont étrangers. C'est ce petit sursaut qui lui a permis d'autoriser une croissance des dépenses de l'État de 1,2% alors qu'on avait fait circuler qu'elle ne monterait pas plus de 0,7% C'est quand même un exploit par rapport aux dernières années, où on avait perdu là-dessus le contrôle du volant.

On se serait malgré tout attendu à ce qu'on anticipe que les lourdes compressions gouvernementales annoncées vont forcément plomber une partie de l'économie du Québec et qu'il fallait en conséquence mettre immédiatement de l'avant des mesures alternatives pour s'assurer que le secteur privé prenne effectivement la relève.

Ce n'est finalement qu'un budget de transition, mais de transition vers quoi? C'est un budget plate, que les Québécois ne vont pas commenter longtemps et qui ne fera pas l'objet de discussions familiales passionnées autour du jambon ou du gigot de Pâques.

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