CHRONIQUE

Le budget de l'équilibre

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Carlos Leitao a rencontré la presse mercredi à la veille de son budget, sauf qu'au lieu des souliers neufs qu'il doit porter selon la tradition, il avait ses vieilles chaussures et de nouveaux lacets rouges, symboles d'un budget déficitaire.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Pour l'ensemble des contribuables québécois, le budget que déposera jeudi après-midi le ministre des Finances Carlos Leitão en sera un de petite séduction. Petite, parce qu'il n'a assurément pas encore les moyens de se montrer très généreux à leur endroit. «Les verdoyantes prairies» qu'avait évoquées à l'époque Bernard Landry pour décrire les conséquences de l'équilibre budgétaire qu'il venait d'atteindre, n'ont jamais été qu'une vue de l'esprit.

Pour faire un peu plaisir aux Québécois et leur démontrer que la gestion «rigoureuse» de son gouvernement, que tout le monde appelle l'austérité, est la bonne chose à faire, le ministre devrait annoncer une abolition progressive de l'impopulaire taxe santé qui coûte 400 $ par année aux familles québécoises. Son budget ne devrait par ailleurs pas contenir de hausses d'impôt ou de taxes.

Ce sera un peu de fard pour tenter de masquer le fait qu'il est venu puiser profondément dans les poches des contribuables par le biais des municipalités, des commissions scolaires et le relèvement d'un certain nombre de droits, ce qui avait ponctionné les familles québécoises en moyenne de 1300 $ en 2014. Ajoutez à cela les nouvelles hausses tarifaires d'Hydro-Québec qui entreront en vigueur le premier avril et qui gonfleront fortement le prochain dividende qui sera versé à l'État et on peut facilement conclure que le contribuable québécois a déjà suffisamment donné. L'égorger davantage, ce serait le condamner à l'asphyxie, tuer la poule.

Le ministre des Finances se doit politiquement d'envoyer au moins un petit signal positif aux contribuables. Même s'il est à quatre ans de son prochain rendez-vous électoral, le gouvernement se doit de se rapprocher de citoyens qui ont commencé à prendre leurs distances avec lui. Les plus récents sondages nous ont fait découvrir qu'il avait beaucoup baissé dans l'estime des Québécois et que l'appui de ces derniers à ses mesures d'austérité s'était brutalement effrité.

Or, pour que l'équilibre budgétaire en 2015-2016 soit bel et bien au rendez-vous, il lui faudra compresser dans les faits d'énormes dépenses, principalement en santé et en éducation, mais aussi ouvrir un front avec l'ensemble des salariés de l'État, ce qui devrait impliquer des réductions d'effectifs, probablement un gel des salaires, des conditions générales de travail amoindries et une moins forte contribution de sa part à leurs régimes de retraite. Sans un endossement moral suffisamment fort de la population, la démarche gouvernementale sera douloureuse pour lui et le prix politique à payer, élevé.

Avec une croissance des dépenses promise de 0,7%, soit moins que l'inflation, c'est forcément dans les conditions de travail de l'ensemble des employés de l'État, plus que dans la réorganisation des services, qu'il lui sera possible d'aller chercher les économies nécessaires.

Il lui faudra aussi que l'économie québécoise redécolle vraiment et que la création d'emplois soit au rendez-vous. Le seul «effet libéral» a été jusqu'à présent plus qu'insuffisant à faire redémarrer cette économie, comme on s'en était pété les bretelles.

Il faudra voir sur quelle base de croissance économique le ministre Leitão a fait reposer ses prévisions, l'euphorie étant souvent bien tentante dans ce cas. On devrait s'appuyer entre autres sur la stratégie maritime, un plan nord revisité et un certain nombre d'autres mesures pour asseoir la future vigueur économique du Québec. Mais c'est surtout l'actuelle faiblesse du prix du pétrole et un dollar canadien déprécié qui favorisent les exportations québécoises et qui expliquent la récente embellie des finances du gouvernement. Contre toute attente, depuis quelque temps, les rentrées d'argent dans le trésor public ont été supérieures aux dépenses gouvernementales. On est parvenu à l'équilibre des comptes avant même que les compressions à venir ne soient appliquées.

On peut penser que le ministre, même s'il a besoin de bonnes prédictions dans le comportement de l'économie, n'insistera pas trop là-dessus. Car l'application de ses politiques d'austérité perdrait de leur nécessité, de leur pertinence.

Le budget, personne n'en doute, car le gouvernement s'est complètement peinturé avec cet engagement, sera équilibré. Si le budget l'est, il faudra que la société, elle, n'en soit pas déséquilibrée.

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