La mosquée sur Saint-Marc-L'Éclatée

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) Le Centre culturel musulman de Shawinigan ne devrait pas détonner sur l'avenue Saint-Marc, en sandwich entre l'Église Ambassadeur pour Christ Inc. et l'Ordre fraternel des Castors (?).

Non pas tant en raison de ses deux voisins, dont il partagera avec au moins l'un d'entre eux l'interprétation d'un livre saint, même si ce n'est pas tout à fait le même, mais parce que cette «mosquée» sera située dans Saint-Marc et sur l'avenue Saint-Marc.

L'endroit est sans nul doute beaucoup mieux indiqué pour leurs incantations que n'auraient pu l'être un local perdu au fond d'un parc industriel qui inspirait méfiance en raison de la discrétion qu'il procurait ou au centre-ville, à proximité d'une 5e qui cherche à s'actualiser en lieu de divertissement.

Saint-Marc, c'est le quartier populaire de Shawinigan où vit semble-t-il sans trop de conflits, des citoyens de toutes classes et de tous genres. On dit que si un jour, Shawinigan devait être propulsée dans une grande ère de prospérité, Saint-Marc, ça deviendrait comme le Plateau Mont-Royal, une petite Rive Gauche, où se concentreraient artistes, jeunes professionnels, extravagants... On n'en est pas là.

Mais il faut reconnaître que l'avenue Saint-Marc est la plus indéfinissable de Shawinigan, la plus bigarrée, là où les esprits les plus éloignés les uns des autres s'y côtoient au quotidien sans formalité. Oui, il y a beaucoup de locaux à louer et la rue fait kitch. Il n'y règne aucune harmonie architecturale. Les marges de recul varient d'un immeuble à l'autre, les hauteurs des bâtiments sont sans le début d'une uniformité, tous les matériaux de recouvrement s'y retrouvent comme toutes les couleurs, le plus chic et le plus moderne peut s'y accoter sur le plus délabré.

C'est une rue en constante transformation, à moitié dévitalisée et tout autant en modernité. On y trouve de tout, comme dans un immense bazar... Tiens, on se rapproche. Des commerces y tiennent pignon sur rue depuis des lustres, comme le Shawinigan Delicatissen ou la Taverne Moderne (très ancienne). Des restaurants comme le Pasta Grill de la Cité ont belle mine même si une file d'affamés se forme tous les jours de l'autre côté de la rue, à la tablée populaire du Centre Roland-Bertrand. Des places plutôt glamour, comme la Boutique Lemieux, ne semblent pas du tout souffrir de la concurrence des friperies, magasins d'usagés et autres brocantes étalés de part et d'autre de la rue sur Saint-Marc. L'Urgent Comptant n'est pas moins utile que l'imposante caisse populaire et beaucoup de cliniques et de bureaux de professionnels s'y sont établis sans se soucier de l'image marketing que pourrait envoyer la présence de l'Armée du Salut.

Tout le monde y fait ses affaires et va prendre son café au même Tim Horton. L'avenue Saint-Marc, c'est du cosmopolitisme, si ce n'est ethnique, au moins de l'esprit. Tous les genres s'y côtoient et on n'entend pas dire que cela crée des frictions. On y vit dans une surprenante et probablement nécessaire acceptabilité sociale élargie. Hier midi, sur son vélo, roulant dans la slush, un jeune homme cherchait désespérément à retracer le propriétaire d'une berline dont il avait retrouvé les clés sur un trottoir.

On ne se surprendra donc pas que les journalistes qui sont allés en début de semaine interroger des résidents, des passants ou des commerçants de l'avenue Saint-Marc se soient systématiquement faits répondre qu'il n'y avait aucun problème à ce que des musulmans y aient loué un local pour le transformer en lieu de prière.

Les responsables du Centre culturel musulman pourraient bien installer quelques arabesques sur la façade du local que ça se perdrait dans cette rue éclatée. Ils sont en général, hommes et femmes, habillés à l'occidental. Mais s'il arrivait que les musulmanes s'y présentent avec un foulard sur la tête ou un hijab, elles risqueraient de passer inaperçues. Même le port d'un jilbab pourrait ne pas attirer l'attention. On pourrait penser qu'en bas de la burka, ce sera le règne de l'indifférence.

Sur Saint-Marc, on en a vu depuis toujours de tous les mondes et de tous les niveaux. Ce n'est pas qu'on se fout de l'autre, mais, par nécessité peut-être, on le respecte dans ce qu'il est, pauvre ou riche, brillant ou demeuré, fringué ou en haillons, beau ou laid...

C'est Saint-Marc.

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