CHRONIQUE

L'improbable printemps érable

Une manifestation a rapidement été interrompue par les... (Photo: La Presse)

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Une manifestation a rapidement été interrompue par les policiers lundi à Montréal.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Si la première journée de grève étudiante de lundi devait être celle qui donne le ton à ce nouveau printemps érable qu'on nous prédisait, on peut déjà constater que la montée de sève contestataire risque d'être tardive et courte.

On avait beau affirmer qu'il y avait hier 65 000 étudiants en grève, cela s'est résumé dans les faits à 64 500 en congé et à entre 400 ou 500 qui ont écoeuré à Montréal quelques représentants des médias avant de se faire un peu poivrer et disperser, à peine 20 minutes après le début de leur manif, par la police de Montréal. À l'Université Laval, malgré 10 000 étudiants présumément en grève, il n'y a eu qu'une poignée de convaincus qui sont venus invectiver ou se faire invectiver par des étudiants qui désiraient malgré eux assister à leurs cours.

Si les étudiants voulaient établir leur rapport de force avec cette première démonstration, c'est un échec total. On peut bien avoir décrit le débrayage d'hier comme une grève sociale, dans l'espoir évident de mettre le plus de monde possible dans le coup. La vérité est qu'il n'y a eu aucun ralliement en leur faveur. Il était assez prévisible qu'il en soit ainsi car malgré la grogne généralisée que devraient entraîner les compressions gouvernementales, aucun grand syndicat n'a voulu jusqu'ici se compromettre avec ce mouvement étudiant et les partis d'opposition, qui ont généralement intérêt à brasser les tisons de n'importe quelle contestation à l'endroit du gouvernement, regardent plutôt ailleurs en sifflotant d'innocence.

Si la participation civile, à l'exception de quelques fauteurs de troubles patentés qui s'infiltrent dans toutes les manifestations où le service d'ordre, quand il y en a un, ne les expulse pas, allait d'évidence être dérisoire, cette première journée de grève devait aussi être révélatrice de la capacité des associations étudiantes grévistes à mobiliser leurs membres. Il faut quand même prêcher par l'exemple. Il faut bien réaliser, à lumière de cette première expérience, que les convictions étudiantes pour combattre «l'austérité» et lutter contre les hydrocarbures, sans doute sincères, ne sont quand même pas très profondes. Du moins, pas jusqu'à en payer un certain prix, ne serait-ce qu'un peu de temps de manif.

Si malgré leurs votes de grève, les étudiants ne voient pas la nécessité ou la pertinence d'être cohérents par le biais d'une implication bien visible, en investissant la rue ou en dressant des lignes de piquetage, même gentilles ou symboliques, imaginez comment la population en général peut se sentir peu concernée. Déjà qu'en 2012, il était difficile d'appuyer les étudiants sur la base de leur revendication pour des frais de scolarité qui étaient déjà les plus bas du Canada. Ils sont encore plus difficiles à suivre cette fois-ci.

On invoquera peut-être qu'il faisait un peu froid hier pour protester dans la rue. C'était un moindre effort à côté de celui qu'avaient accepté de consentir les «indignés» d'Occupons Montréal, qui avaient affronté un automne glacial, couchés sous des tentes ou des abris de fortune, souvent sans chauffage, au Square Victoria.

On verra dans les prochains jours et les semaines à venir comment la contestation étudiante va évoluer, mais ça annonce une triste débandade. Il y aura peut-être un sursaut pour la grève annoncée du 2 avril. Une journée de boycott des cours, ça ne compromet pas une session, ça déculpabilise, ça présume le party et ça commence bien un long congé pascal.

En 2012, les étudiants des collèges de Trois-Rivières et de Shawinigan, comme ceux de l'université, avaient été peu emballés par le mouvement de grève. On ne sent pas davantage de mobilisation cette année. Quand on les a interpellés jusqu'ici, les présidents des trois AGE sont demeurés tièdes sur leurs intentions.

Le Cégep de Trois-Rivières tiendra une assemblée générale jeudi et l'AGE de l'UQTR, qui a finalement reçu une pétition contenant au moins cent signatures, aura la sienne vendredi. Au Cégep de Shawinigan, on devra d'abord décider à quelle association on choisit de s'accréditer. Si c'était à l'ASSÉ, ce serait déjà un bon signal.

Mais en ce moment, personne n'attise le feu. La tête des étudiants est ailleurs, peut-être même à leurs études.

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