CHRONIQUE

Le frileux PQ de PKP

Pierre Karl Péladeau... (Photo Sylvain Mayer, Archives Le Nouvelliste)

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Pierre Karl Péladeau

Photo Sylvain Mayer, Archives Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Pour reprendre une formule qu'il utilise, on peut se demander si Pierre Karl Péladeau ne deviendra pas le «faux nez» du Parti québécois.

Ce qui est sûr, c'est que le premier ministre Philippe Couillard comme le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, doivent commencer à rêver la nuit de le voir devenir chef du Parti québécois afin de l'avoir comme adversaire aux prochaines élections.

L'aspirant chef du PQ, on ne peut plus l'ignorer, a la faculté hautement développée de se mettre le pied dans la bouche. Ce n'est pas le genre à se tourner la langue sept fois avant de parler. Il aligne les impairs à une vitesse fulgurante. À côté de lui, l'ex-ministre de la Santé Yves Bolduc ferait pâle figure.

Ce n'est pas qu'il ait tort de penser qu'avec «la démographie et avec l'immigration», comme il l'a clamé mercredi à la fin d'un débat à l'Université Laval, le PQ n'a plus 25 ans devant lui pour réaliser la souveraineté. Parce qu'à chaque année, l'afflux ethnique du Québec ferait perdre à son parti l'équivalent d'un comté. Le Québec accueille effectivement autour de 50 000 immigrants chaque année, soit l'équivalent de la population d'une ville comme Shawinigan et plus que le nombre d'électeurs de n'importe quelle circonscription de la Mauricie, même après la cannibalisation annoncée du comté de Saint-Maurice.

PKP a eu beau chercher à nuancer par la suite son propos, l'impression qui en restera c'est que le Parti québécois a toujours en lui ce vieux réflexe de se replier dans son «nous» frileux et qu'il ne s'en débarrassera pas. L'autre, celui qui arrive, qui vient d'ailleurs, c'est le danger, la menace. C'est comme si c'était dans les gênes du PQ, dans son ADN, de penser comme cela. Ce n'est pourtant pas la vision qu'en avait René Lévesque quand il disait que sont Québécois tous ceux qui veulent vivre au Québec.

Même si ce n'était pas le fond réel de sa pensée, du moins il faut l'espérer, l'analyse que fait Péladeau de la démographie et de l'immigration envoie comme message, si ce n'est la volonté, c'est à tout le moins l'incapacité du Parti québécois à rallier à sa cause indépendantiste ceux qui ne sont pas des «pures laines».

Ce n'est pas avec des «dépêchons-nous avant qu'ils n'arrivent» que le Parti québécois fera la preuve que c'est un parti rassembleur, le parti de tous les Québécois, peu importe leurs fortunes et leurs origines.

Jacques Parizeau avait eu la même remarque déplacée en 1995 quand il avait attribué la défaite référendaire aux forces de l'argent et au vote ethnique. C'est vrai que le fédéral, avec son «love-in», avait contourné les dépenses autorisées du clan du Non et que lorsqu'un groupe de même origine vote à plus de 90 % dans le même sens, c'est ce qu'on peut appeler un vote ethnique. Mais le propos de Parizeau dégageait beaucoup plus de la frustration et de la rancoeur qu'il ne donnait l'idée d'une analyse fine et froide du vote qui venait d'être exprimé.

La déclaration de Parizeau comme celle de Péladeau partent du même esprit. Mais loin de contribuer à élargir les bases du mouvement souverainiste, qui en aurait grandement besoin s'il espère parvenir un jour à faire aboutir son grand projet de pays, elles confortent dans leur méfiance ceux qui ne veulent y voir qu'un mouvement sectaire. On comprend l'empressement jeudi matin de Philippe Couillard à accuser le PQ de «nationalisme ethnique». Il tourne le fer dans la plaie, conscient que plus les Québécois d'origine étrangère ne se sentiront pas concernés par le PQ, plus il en éloigne aussi les libéraux d'esprit, plus il marginalise cet adversaire.

Qu'on le veuille ou non au PQ, c'est une perception qui persiste. Cette apparence de manque d'ouverture à ce qui n'est pas de sa flanelle, qu'on veut en plus tenir coupable de ses impuissances indépendantistes, c'est peut-être ce qui explique que chez les jeunes électeurs, le Parti québécois suscite aujourd'hui peu d'intérêt et que le projet souverainiste les laisse indifférents.

On l'a vu avec le Bloc, on a pu le soupçonner avec le résultat des dernières élections québécoises et on le constate avec son membership stagnant malgré une campagne au leadership, le PQ se recroqueville vers sa base pure et dure.

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