Lévesque-Tremblay: colégionnaires?

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) Yves Lévesque et Jean Tremblay, même combat? Si on répond dans l'affirmative, on pourra rajouter: «Qui l'aurait cru?»

Même si les deux hommes sont à la tête de villes de dimensions comparables, capitales de deux régions qui ont beaucoup de traits communs, on ne leur avait pourtant jamais soupçonné d'atomes crochus. En tout cas, on n'a pas souvenir de les avoir vus se tenir par le cou.

Il est vrai qu'ils doivent se rejoindre quelque part car ils auraient très bien pu se retrouver dans le même parti politique comme candidats pour le Parti conservateur. Le maire de Saguenay a mis fin il y a moins d'une semaine à son suspense en laissant savoir qu'après bien des hésitations, il préférait demeurer à la tête de sa ville. Le maire de Trois-Rivières laisse encore courir cette possibilité, mais plus le temps passe et plus son intérêt semble chez lui aussi se dissiper.

Ce sont deux politiciens populistes, dominants dans des villes qui ont pu pour eux prendre allure de royaumes, qui s'enflamment facilement, qui ne connaissent pas la langue de bois, qui s'échappent, et qui ne maîtrisent pas toujours les contours de leurs propos.

Après la sortie intempestive du maire Tremblay sur Greenpeace, dont il menace de faire passer les représentants par la fenêtre s'ils se présentent à son bureau de l'hôtel de ville pour «dialoguer», probablement qu'au PC, on s'est dit qu'on l'avait échappé belle. C'est le modèle «loose cannon», qui n'obéit qu'à ses impulsions et dont les paroles peuvent être volontairement incendiaires. Yves Lévesque n'est pas loin d'être de la même trempe.

Sauf que dans le cas de Greenpeace, ce dernier s'est retenu. Il n'est pas allé jusqu'à les traiter de «terroristes», mais il s'est quand même rendu jusqu'à «extrémistes» pour décrire les gens de Greenpeace et tous les écolos activistes (ou opposants à la fluoration de l'eau) qui se manifestent avec habileté dans les médias et avec fracas à toutes les audiences du BAPE.

Yves Lévesque aurait pu cette fois se lâcher lousse, car derrière ses excès fumants de langage, le maire de Saguenay a été un révélateur d'un sentiment de plus en plus répandu à l'endroit de tous ces «nonistes» qui s'opposent au moindre projet industriel qui menace selon leurs perceptions de voir le jour dans les régions du Québec. Il y a eu bien sûr cette réflexion malheureuse sur «les intellectuels de ce monde» qu'il a appelés comme à rejeter dans le Saguenay (ici on dirait dans le fleuve) et qu'il a maladroitement associés à Greenpeace. Tremblay a tenté de nuancer cette remarque en disant qu'il visait seulement les représentants de Geenpeace avec «leurs gros diplômes». Mais on peut penser qu'il avait aussi en tête ces bien-pensants plateauistes qui se conçoivent comme les phares de la pensée québécoise et qui décrètent avec condescendance ce qui est bien ou mal pour les régions, surtout s'il s'y manifeste quelques spasmes environnementaux.

Il faut prendre conscience de la situation critique que vit l'industrie forestière du Sag-Lac, à travers Produits forestiers Résolu, mais pas seulement avec cette forestière, en raison de la guerre à finir qu'y livre Greenpeace. Si la sortie de Jean Tremblay a fait le tour du Québec, c'est parce qu'il y a mis un excès de langage. Cela a fait un peu-beaucoup coloré et folklorique, à l'image de la perception que l'on veut entretenir des «ruraux».

Mais ce n'est que là qu'il s'est distingué. Car les cris d'alarme contre les conséquences des interventions de Greenpeace ont été lancés avant lui par beaucoup d'entrepreneurs, d'élus et de représentants de travailleurs sans être entendus.

Tout ce que l'on a voulu retenir jusqu'ici, c'est la prétendue noblesse de la cause que défend Greenpeace à propos de la zone boréale qu'on scalperait de sa forêt, du caribou forestier faussement en danger et d'une mésentente, ou plutôt d'un défaut d'entente, avec une société autochtone. De «l'écoterrorisme», selon les représentants des travailleurs.

Les mots pour dénoncer l'activisme des écolos, qui parviennent à bloquer tous les projets, gagnent en violence dans les régions. Ça ne pourrait être qu'un prélude. Aux nombreuses audiences tenues jusqu'ici par le BAPE à Bécancour, pour des projets industriels d'envergure auxquels on tente constamment de faire échec, il y a beaucoup plus de gens favorables dans la salle que les opposants chroniques. «La tension monte et il ne serait pas surprenant qu'un jour, on en vienne aux coups», s'est inquiété l'autre jour un intervenant qui par son travail, a suivi de près toutes ces audiences. On en est rendu là.

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