CHRONIQUE

Un délice pour les péquistes

La compétition au Parti québécois a véritablement pris... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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La compétition au Parti québécois a véritablement pris son envol lors de ce premier débat officiel, animé et relevé, opposant les cinq candidats péquistes.

Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Il aurait presque fallu réserver la salle J.-Antonio-Thompson.

Si on disait du débat de Trois-Rivières, parce qu'il était le premier d'une série de cinq organisés par le Parti québécois pour sa course au leadership, qu'il était celui où il appartenait aux candidats d'y faire leur bonne première impression, c'est peut-être le débat lui-même qui l'aura dégagée.

Il s'y est présenté plus de militants que ce que permettaient les capacités de la salle, et même si on avait aussi prévu une projection du débat dans une salle adjacente, au cas où, il a quand même fallu rajouter beaucoup de chaises pour accommoder tout le monde. Ce qui était déjà une bonne surprise. Mais surtout, les échanges ont été intéressants, parce que de bon niveau. Pour les amateurs de politique, c'était une très bonne soirée, mais pour les péquistes, un véritable délice. Il faut dire que tous les candidats savaient très bien à quel auditoire de convaincus ils s'adressaient et ce qui serait pour ceux-ci de la musique à leurs oreilles.

C'est à qui parviendrait à faire la plus grande et émotive affirmation indépendantiste alors que le Canada faisait cause commune. Dans son cas, on a rivalisé fort pour lui trouver les pires travers pour le Québec.

On pouvait pourtant craindre dans les premières minutes de l'engagement que le débat ne lève pas tellement les adversaires semblaient vouloir distribuer les gentillesses les uns envers les autres. Ça n'a heureusement pas duré. Dans ce genre d'exercice, il faut qu'il y ait un peu de sport, que quelqu'un tente d'enfoncer l'autre dans la bande. On peut même espérer qu'il se donne un ou deux petits coups vicieux.

C'est Bernard Drainville qui a finalement lancé ces hostilités contre Pierre Karl Péladeau en lui demandant comment il pourrait réaliser tout ce qu'il promet de faire pour le Québec, s'il ne tient pas un référendum dans un premier mandat. Il l'a questionné avec insistance, reprenant sa question à trois reprises, avant de conclure, sur un ton faussement fraternel: «Tu n'as pas répondu à ma question, Pierre Karl». La manoeuvre, qu'on devine très calculée, avait produit ses effets et l'assistance est devenue un peu moins feutrée. Ce n'était pas autrement sans danger que le fixe s'installe car, même si on trouvait un peu de jeunes dans la salle, l'assemblée était massivement constituée de souverainistes de la première heure. Le spectacle était heureusement enfin lancé.

Par la suite, tous les autres candidats ont tenté de placer PKP en porte-à-faux ou en contradiction avec ses professions de foi actuelles, entre autres de social-démocrate convaincu et d'allié des travailleurs. C'était prévisible compte tenu de l'avance extravagante qu'il détient, dans l'opinion publique, sur ses adversaires.

Même s'il a été la cible privilégiée, dans les circonstances, on peut dire qu'il s'en est assez bien tiré, en dépit de quelques cafouillages sur la loi anti-scabs ou sur des intérêts off-shore qu'auraient détenus dans le passé des entreprises du groupe Québecor. «Je ne dirige plus Québecor», ce n'est pas suffisant pour justifier son refus de répondre.

Malgré de véritables efforts pour y arriver, PKP n'est pas encore le meilleur tribun du groupe. Mais il a quand même eu droit à plusieurs reprises à de chaleureux applaudissements de l'assistance. D'ailleurs, à cet égard, tous les candidats ont connu à un moment où l'autre ces petits moments de gloire. On ne peut pas dire que les militants présents étaient fanatiquement et exclusivement branchés sur leur favori. Même Pierre Céré, le négligé, a eu droit aux siens, même si le seul candidat qu'il attaque soit Pierre Karl Péladeau, qui avait pourtant beaucoup de partisans dans la salle.

D'autre part, à défaut de parvenir à déboulonner PKP dès le premier débat, il fallait au moins aux candidats tenter de s'imposer comme le meilleur deuxième, donc celui qui fera la lutte finale, s'il y avait un second tour pour le choix du chef, le débat d'hier ne l'a pas fait naître.

Bernard Drainville a sûrement présenté les élans oratoires les plus solides, comme s'il s'agissait de discours à la nation. Cela a compensé dans son cas pour une tête toujours un peu trop sérieuse avec un sens de l'humour égaré quelque part. Ce qui n'a pas été le cas d'Alexandre Cloutier, qui serait la figure montante, qui s'est appliqué toute la soirée à faire friendly avec la salle. Quant à Martine Ouellet, «la militante», comme l'a ironisé à son endroit PKP, on voit qu'elle a un vieux fond social-démocrate péquiste qu'elle cherche à mettre en évidence.

On ne peut dire si les candidats ont tous aimé leur expérience de mecredi soir, mais cela ne faisait pas de doute des militants, qui ont pu avoir l'impression de revivre une grande soirée d'autrefois.

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