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Hydro-Québec: hold-up étatique

Quelqu'un pourra-t-il nous expliquer? (Photothèque La Presse)

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Quelqu'un pourra-t-il nous expliquer?

Après des profits faramineux, en hausse de 15 %, en raison d'un début d'hiver anormalement froid en 2014, Hydro-Québec se voit autoriser à augmenter une fois de plus, au-delà de l'inflation, les tarifs d'électricité des résidences des Québécois.

La nouvelle hausse entrera en vigueur le premier avril. À se demander si ce n'est pas le comble du sarcasme. Parce que la société d'État va en attraper des poissons ce jour-là. Par millions...

En trois ans, la facture d'Hydro-Québec va avoir grimpé de 10 %. C'est d'ailleurs un peu plus que cela, car les excédents annuels de revenus, qui devaient autrefois en partie être affectés en rabattement sur l'augmentation de tarifs de l'année suivante, sont maintenant confisqués pour être remis en totalité au gouvernement. Depuis 2008, il y a eu pour 1,3 milliard $, conséquence de l'inexactitude des prévisions d'Hydro-Québec. Des «erreurs» de calcul qui, par un étrange hasard, sont commises chaque année depuis que ces fonds excédentaires doivent être versés au gouvernement. Quelqu'un pourrait-il aller jusqu'à croire que c'est planifié? Comme nos villes, qui doivent obligatoirement adopter des budgets équilibrés, mais qui se retrouvent toujours avec des surplus... que leurs dirigeants peuvent dépenser à leur guise, sans avoir à consulter leurs contribuables pour les faire approuver. Quand on en engrange assez, on peut en effet éviter un règlement d'emprunt qui forcerait un registre des électeurs sur un projet contesté.

Autrement dit, chaque année on taxe un peu plus que nécessaire les contribuables en affirmant avoir gratté à grosses cuillères d'acier les fonds de chaudrons, s'être serré la ceinture au point de s'en étouffer, avoir grugé jusqu'à l'os dans les dépenses, afin de contenir à son minimum la malheureuse hausse de taxe qu'on doit leur imposer... qui atteint au moins toujours l'indice du coût de la vie et plus souvent qu'autrement, la déborde un peu.

Hydro-Québec a compris le truc, l'applique avec efficacité, et ce n'est pas la Régie de l'énergie, qui accepte toutes ces savantes manipulations de chiffres, qui puisse encore constituer un rempart contre les abus tarifaires. Au contraire, la Régie donne de plus en plus l'apparence de ne servir que de caution à l'insatiable gloutonnerie de la société d'État.

Il faut imaginer l'argent qui va rentrer dans ses coffres pour l'année en cours. Janvier et février 2015 ont été encore plus froids que l'an dernier. Ces revenus ne sont donc pas compris dans les profits de 3,38 milliards $ dégagés en 2014. Or, l'an dernier, Hydro-Québec avait pu hausser ses tarifs de 4,3 %. Le pactole va être considérable. En plus, Hydro-Québec profite d'un taux de change nettement plus favorable que l'an dernier et elle peut vendre plus cher ses kilowattheures en Nouvelle-Angleterre, où les prix de l'énergie sont en croissance, parce que là aussi, on a grelotté un peu plus que dans les années passées. On peut même oublier ces nouveaux compteurs «très, très» intelligents, qui ne calculent pas comme les anciens, et qui sont toujours, comme par hasard encore, favorables au vendeur.

Il y a là un ensemble de facteurs qui, s'ils avaient été pris en compte dans les prévisions, auraient normalement dû générer, au moins un bien modeste ajustement tarifaire, à défaut d'un gel.

Le plus choquant peut-être, c'est que les organisateurs d'événements sont prévenus qu'en raison des temps difficiles et de «l'austérité» qui leur est imposée, les sociétés d'État vont devoir réduire leurs commandites, ce qui comprend Hydro-Québec. Plusieurs organisations dans la région ont déjà fait part de leurs inquiétudes. Sans compter que ça n'a jamais vraiment été la grande générosité à leur égard. Ce n'est pas parce qu'il y a un chapelet de centrales hydroélectriques extrêmement rentables installées sur la rivière Saint-Maurice que les contributions d'Hydro-Québec ont été plus généreuses qu'ailleurs.

Là où on peut se réjouir, peut-être, c'est qu'avec cette nouvelle augmentation, le chèque de 500 000 $ qu'on fera à Thierry Vandal, parce qu'il ne finit pas son mandat, ne va pas rebondir.

Non seulement on vide les poches courtes des citoyens, dont les salaires, lorsqu'ils sont maintenus, sont plafonnés en deçà de l'inflation, mais on ne laissera même pas tomber quelques piécettes pour qu'au moins, ils se changent les idées. Du pain et des jeux? Il n'y aura bientôt ni l'un ni l'autre.

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