Les roitelets de village réhabilités?

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) Le ministre de l'Économie du Québec, Jacques Daoust s'est finalement excusé en fin de journée mercredi à Paris auprès des «rois de village», ces entrepreneurs connus dans leur région parce qu'ils y exploitent, souvent de longue date, une entreprise.

Peut-être à l'issue d'un cocktail sur les tapis moelleux et sous les belles dorures d'un palace de Paris, car après les croissants du petit-déjeuner, le ministre avait repris sans vraiment les nuancer, les propos controversés et choquants qu'il avait tenus en début de semaine.

Mercredi matin, pour lui, la «vraie création de richesse», c'était les exportations et les investissements des sociétés étrangères. Alors que l'activité économique générée par les échanges commerciaux entre entrepreneurs québécois, c'était... il ne l'a pas dit, mais on peut soupçonner le fond de sa pensée là-dessus et que ç'aurait pu être gras comme métaphore. C'est pourquoi il préfère les salons de Davos, Paris et de Chine, «pour aller chercher de l'argent neuf de l'extérieur», la «vraie source de richesse».

On peut comprendre à la limite qu'un ministre puisse échapper une bêtise ou tenir des propos qui vont au-delà de sa pensée et qui seraient mal interprétés. Mais il lui a décidément fallu beaucoup de temps avant de réaliser l'énormité de ses commentaires à l'égard des entrepreneurs en région, ces «roitelets» de l'arrière-pays, qui auraient un ego hypertrophié. Même si cela peut parfois être le cas, cela fait méprisant de le dire tout haut et surtout, de généraliser. De toute façon, ils sont loin d'avoir l'exclusivité de la prétention. On en a souvent rencontré de grands chefs d'entreprise fendants dans les grandes villes, qui reniflent les «régionaux» avec une hautaine condescendance comme s'ils n'étaient toujours que des ruraux qui traînent à leurs pieds un peu de boue et de fumier du matin.  

On peut penser qu'une fois de plus, c'est le premier ministre Philippe Couillard qui a dû donner à son ministre un coup de règle sur les doigts et le forcer à aller s'excuser. C'est fou le nombre de ministres que le chef libéral a senti le besoin de corriger, en si peu de temps. Comme préfet de discipline, il risque de finir par rompre sa baguette ou développer un tennis elbow.

Pour se redonner belle figure, Jacques Daoust a dû reconnaître que le Québec comptait beaucoup d'entrepreneurs «à succès» dans les régions. «Il faut compter sur ces gens-là pour notre développement économique et ça commence d'abord par les régions.»

Pour rendre sa profession de foi crédible, il a d'ailleurs cité l'installation de CGI à Shawinigan, un dossier dans lequel il était effectivement personnellement intervenu auprès du fondateur et président exécutif, Serge Godin. L'exemple était d'autant approprié que Godin a fondé son entreprise il y a une quarantaine d'années dans le sous-sol de sa maison, à Saguenay. CGI compte aujourd'hui 70 000 employés répartis dans une quarantaine de pays.

L'entreprise a bien profité à quelques reprises d'un coup de pouce gouvernemental et ça a été le cas pour le centre d'excellence qui sera implanté ce printemps à Shawinigan et qui profitera de compréhensifs rabais fiscaux et d'une accommodante subvention aux salaires.

CGI, ce n'est évidemment pas tout à fait ce genre de canard boiteux que le ministre Daoust juge qu'il ne faut pas soutenir, dirigé par un roi de village. «Quelqu'un qui, dans son milieu, a beaucoup de notoriété. Dans une municipalité de 2000 personnes, si vous avez 100, 150 employés, vous êtes quelqu'un d'important... Et quand cette entreprise s'éteint, ça fait mal... Ça fait surtout mal à l'ego en région.» À Montréal tout autant.

C'est vrai que l'État n'a pas à intervenir chaque fois qu'une entreprise est menacée de fermeture. Certaines peuvent effectivement être mal administrées, être dépassées sur le plan technologique ou chercher à survivre dans un marché qui n'existe plus.

Mais il arrive aussi que beaucoup d'entre elles traversent simplement une conjoncture difficile ou éprouvent des problèmes liés causés par une croissance trop rapide. L'aide ponctuelle de l'État, même sous forme de subvention, n'est pas forcément contre-indiquée.

Que serait devenue Bombardier sans de telles interventions? Ce n'était pas au départ, comme CGI et beaucoup d'autres fleurons québécois, qu'une gazelle régionale?

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