CHRONIQUE

Moins de conseillers: vraies ou fausses économies?

Le maire de Trois-Rivières Yves Lévesque.... (Photo: Sylvain Mayer)

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Le maire de Trois-Rivières Yves Lévesque.

Photo: Sylvain Mayer

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

L'idée est relancée. Elle n'a pas pour autant encore été vraiment débattue autour de la table du conseil municipal par les principaux intéressés, les conseillers municipaux, mais elle vient d'être remise sur le tapis par le maire Yves Lévesque: réduire le nombre des conseillers municipaux de seize à treize, ou peut-être à douze.

Même si l'analyse de cette avenue a été confiée au conseiller municipal René Goyette, on sent bien que c'est le maire qui prépare les esprits en ce sens.

Lorsque dans une ville, on évoque l'avantage de réduire la taille du conseil municipal, c'est toujours le maire qui pousse le plus fort là-dessus. C'est que les maires pensent qu'en réduisant le nombre de conseillers, ces derniers vont être davantage occupés dans leurs secteurs ou leurs districts, ou à siéger sur plus de comités ou de groupes de travail, ce qui devrait leur laisser comme maire plus de latitude dans l'exercice du pouvoir global.

Ils en déduisent que la gouvernance de leur ville s'en trouverait nettement améliorée, convaincus, qu'ils sont comme maire, d'être l'étalon du mieux-être municipal, le phare décisionnel à partir duquel les citoyens veulent s'éclairer. S'ils n'ont pas tort, cela reste tout de même à être démontré. Admettons que sur le plan démocratique, c'est loin d'être une évidence.

L'autre point majeur qui est toujours avancé, ce sont les économies qu'une réduction du nombre des conseillers municipaux permettrait de réaliser. Des économies dont on fait toujours reluire qu'elles se traduiraient forcément en fabuleuses baisses de taxes. C'est là un point qui touche une grande sensibilité chez des contribuables qui se plaignent à chaque année, à la réception du compte de taxes municipales, d'être carrément égorgés.

Avec la réduction de trois élus au conseil municipal de Trois-Rivières, peut-être quatre à la limite, on se demande bien comment on en arrive à parler maintenant d'économies annuelles de 250 000$.

Il n'y a pas deux mois, le conseiller Goyette évaluait plutôt que ces économies varieraient entre 60 000 $ et 100 000 $. Un conseiller municipal gagne un peu plus de 40 000 $, en salaires et allocations. Même avec les avantages sociaux dont ils peuvent profiter, il faudrait qu'il en disparaisse au moins cinq pour qu'on fasse les comptes. Il est vrai que les conseillers qui siègent à l'exécutif reçoivent une prime additionnelle. Mais les nominations à l'exécutif relèvent du maire.

Il faut donc être plutôt gentil avec son maire si on espère y siéger, et si tel est le cas, y demeurer. Autrement, on en est exclu ou on est mis out. On comprend que l'exécutif, c'est une prérogative dont un maire veut rarement se passer car elle conforte son rapport de force à la tête de la ville.

Bien sûr, on peut se dire que, dans le contexte actuel, il n'y a pas de petites économies. Mais il ne faut pas trop s'illusionner non plus. Pour que la masse salariale des conseillers municipaux diminue pour la peine, il faudra que le salaire des conseillers et leurs allocations, ne soient pas augmentés pour compenser la charge de travail accrue dont ceux qui restent hériteront et l'augmentation du temps qu'il leur faudra désormais consacrer à représenter plus de citoyens.

Cela fait un temps, mais pas toujours très longtemps. Il ne faudrait pas non plus qu'on doive ajouter du personnel en soutien à ces super-conseillers. Ce qu'on gagnerait d'un côté, on le perdrait de l'autre.

On peut aussi redouter quelques effets pervers. Si le travail du conseiller municipal devient plus lourd et nécessite beaucoup plus de temps de travail, cela deviendra une fonction à plein temps, ce qui éliminera beaucoup de bonnes candidatures, car il deviendra difficile pour certains de tout concilier, travail professionnel, charge municipale... et famille. Comment concevoir aussi que si c'est du plein temps, la rémunération pourra effectivement rester relativement modeste?

Le risque, on le comprend, ce serait bien sûr d'éloigner bon nombre de candidatures, les plus jeunes en particulier. Conseiller municipal, ça ne devrait pas être qu'un job que ne peut occuper qu'un rentier. Il faut, en principe, que toutes les sensibilités de la population puissent être exprimées dans un parlement municipal.

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